Monthly Archives: février 2016

Courriers d’Orléans (août…

Le 27 janvier

…Je comprends très bien ce sentiment d’impuissance des proches, je l’ai vécu durant plus de 8 ans quand j’étais « femme de taulard ». Mais tu sais, vos courriers où vous me racontez des nouvelles de dehors, m’aident beaucoup au quotidien.
Et puis, demain, j’ai un UVF de 6 heures avec mes parents ! On va se faire des crèpes à gogo, j’ai cantiné bien plus que nécessaire et ils vont repartir avec un grand carton de bouffe.
C’est chouette que vous soyez arrivés à mettre en place cette journée sur l’enfermement. Je ne connais pas le film « Enfermés vivants », il date de quand, il raconte quoi ? C’est super que Georges Courtois puisse venir pour le débat du soir. Je vous souhaite une discussion riche et productive.

Depuis plusieurs mois, je suis en correspondance avec un parisien théatreux, P. Il veut faire une pièce de theâtre à partir de mes textes qu’il a lu dans L’Envolée ou sur le blog. On a pas mal échangé et son projet a évolué. Le personnage principal sera joué par lui (donc pas une nana), ce qui sera plus générique. Il y aura pas mal de monologues (des extraits de mes lettres, mais aussi d’autres taulardes) et qqs dialogues avec des marionettes. le héros s’appellera Camille : un petit hommage aux zadistes de NDDL. Il m’a envoyé le texte mais il est pour l’instant en lecture à la direction du CPOS… Je ne désespère pas de le récupérer avant ma sortie.

…Aujourd’hui, vous devez être devant le tribunal d’Avignon pour soutenir cet « affreux raciste ! » de prof de FAC [un universitaire qui passe en procès accusé  d’avoir tenu des propos racistes alors qu’il a ironiquement repris une expression de Valls afin de contester sa venue]. Comment ça s’est passé ? Encore une plaidoirie fleuve ? Quelle sanction est tombée ? Il y avait du monde au rassemblement ? Pas trop de flics, du moins en tenue ?
…Ici, je fume plus que dehors et ils savent me faire chier en me privant de feu au mitard, ce qui me rend nerveuse. Alors, pour me dépanner quand c’est une équipe de merde, les infirmières m’ont filé des pastilles de nicotine à sucer et c’est assez efficace.

… »Une vie de forçat » c’est instructif, mais comme ce n’était pas un récit à la 1ère personne on avait plus de mal à s’identifier et à compatir/partager la lutte. Des récits de bagne, j’étais habituée à des trucs plus revendicatifs, plus durs. Tant mieux pour lui s’il a renconbtré un toubib correct, mais il ne faut pas oublier que même s’ils s’en défendent, le médical bosse pour l’AP à l’époque comme maintenant…
…Ne t’inquiètes pas trop pour moi : j’ai la peau dure et de bons potes !

Le mercredi 20 janvier,

Salut !

Quand je suis arrivée le 11 août (à Orléans) c’était directement au mitard. Ma réputation m’avait précédée et les matonnes étaient stressées d’accueillir une « folle violente ». Le surnombre [de surveillants] était constant, il a duré trois semaines, c’est-à-dire même après ma sortie du QD (quartier disciplicaire). Les filles aussi avaient été mises au courant et étaient sur la réserve, un peu apeurées, avec moi. Mais, petit à petit, grâce à mes sorties systématiques en promenade et aux activités, la peur a disparu, tant chez les filles que chez les matonnes. Les filles appréciaient que je fasse « la grosse voix » quand l’AP (administration pénitentiaire) se moquait d’elles, que je sois solidaire, et les surveillantes, un peu lâches, s’amusaient que je fasse chier leurs chefs qu’elles n’apprécient pas.

Mais la direction m’avait à l’oeil et ne laissait rien passer. Le premier conflit (une lettre écrite par moi et signée par quinze filles pour demander la levée du QI -quartier d’isolement- de l’une d’entre nous) m’a valu six jours de [mitard avec] sursis et une première manipulation des voisines. Je ne suis pas rentrée dans le lard des quatre qui se sont désistées, je savais que c’était « des victimes » et ça a renforcé mon image de « fille bien ». Ceci dit, la direction me mettait des bâtons dans les roues : pas de réponses à mes courriers, refus de parloir prolongé, refus d’activités, suspension du téléphone inter-prisons… Ça a commencé à bien chauffer avec le bricard et l’officier QF (quartier femmes), les CRI (comptes-rendus d’incidents) s’accumulaient et ça les énervait que j’arrive à les contrer (convocation trop tardive à la commission de discipline, ou dossier incomplet ou différent du leur).

Bref, le 12 décembre, suite à une provocation visant à m’interdire le sport, je me suis retrouvée au mitard. Ils ont voulu m’y laisser en chien et les voisines ont fait un tel raffut que j’ai eu mes affaires (et la gamelle) à 21h30 ! Ils ont essayé de censurer le courrier interne, mais là aussi je les ai contrés juridiquement. Alors ils ont mis la pression aux filles individuellement (« Si tu parles à Ribailly en allant à l’infirmerie, tu auras un CRI », « Penses à ta sortie, à tes enfants, ne traînes pas avec cette emmerdeuse »). Mais elles ont tenu bon, m’assurant qu’elles attendaient ma sortie 26 jours plus tard. Alors le bricard a monté un guet-apens au moment de Noël et la violence est montée en flèche. Ils n’ouvraient plus qu’équipés avec les casques et boucliers, je n’avais plus qu’une promenade à l’aube et contre une fouille, je n’avais plus d’allumettes pour les clopes… Ils savaient que ça ne me ferait pas peur mais espéraient, comme à Épinal, que les filles se diraient : « Si les surveillantes, qui sont parfois gentilles avec nous, prennent de telles mesures pour Christine, c’est qu’elle doit être devenue folle et dangereuse ». Mais on s’était vues assez longtemps en bâtiment pour que ça ne prenne pas. Alors, comme à Vivonne, ils ont lâché les vannes des CRI : 10 prétoires pour 25 filles début janvier. Là, ça a été efficace car aucune n’a envie de perdre des CRP (crédit de réduction de peine) : deux m’écrivent encore mais personne ne répond plus quand je parle aux fenêtres.

Le 6 janvier, c’était la fin du QD. Alors je suis allée au QI : logique ! Le débat contradictoire obligatoire a eu lieu le 8 au soir. La directrice a décidé que j’y resterais tant qu’elle le voudrait (et jusqu’au 6 avril sans aucun problème administratif). Ils ont quand même levé la mesure du « room service en habits de robocops ».

Le 7 et 8 j’étais en garde à vue au comico d’Orléans. En fait, sept matons avaient déposé plainte pour « violences et insultes ». Ça ne m’a pas étonnée, j’avais lu quelques CRI. Mais ce qui était bizarre, c’est qu’ils me ressortaient certaines de mes lettres, vieilles d’octobre ou novembre (notamment une où je qualifiais la JAP de « s……e » quand j’ai appris que, non contente de refuser la condi, elle exigeait une expertise psy pour retarder la prochaine demande). Le dossier était super épais et ils avaient déjà pris rendez-vous avec un expert psy en prévision de la comparution immédiate du lendemain. Je l’ai faite reporter pour que mon avocat habituel soit là et ce sera le 12 février à 14h à Orléans.

Le 9, donc, j’étais de retour au QI et il n’y avait plus le bouclier et les casques à l’ouverture des portes (mais toujours un surnombre d’agents). J’avais à nouveau deux promenades par jour, même si la cour n’avait pas changé. En plus j’avais une voisine au QD et c’était plutôt sympa pour discuter le soir. Mais le bricard a tenu à chercher à nouveau la merde le 12 et le 13 il y avait à nouveau les robocops dans la matinée (vite arrêté par l’officier). Hier j’ai revu l’OPJ (officier de police judiciaire) au parloir : une nouvelle plainte à ajouter au dossier le 12.

Le 15 j’avais une CDD (commission de discipline) pour les « violences » de Noël. Sans surprise, j’ai pris trente jours [de mitard]. Mais la dirlo suintait tellement le mépris, la commise d’office était si nulle, les surveillants si nombreux dans le couloir que j’ai craqué. Je gueulais et chialais en même temps et ils n’ont pas tardé à me virer du prétoire. En fait je n’avais qu’une peur : qu’ils profitent que je sois au QD pour supprimer l’UVF (Unité de Vie Familiale) programmée avec mes parents le 28 janvier, pour 6 heures. J’ai du leur faire pitié (c’est vrai que je ne les ai pas habitués à ce style de comportement de ma part) et ils m’ont assuré qu’il serait maintenu.

Donc là, pour l’instant, ça va. Je suis au mitard mais j’en ai une telle habitude (530 jours + 80 jours de QI en 38 mois!) que ça ne me gêne pas : je bouquine, j’écris, je me repose, j’attends l’UVF et les procès (le 12 février à Orléans et le 15 mars à Poitiers). Je sais que le 13 février, je retournerai au QI et qu’ainsi je pourrai téléphoner tous les jours (la seule vraie différence avec le QD). J’attends, comme eux, un transfert que la DI (direction inter-régionale) n’est pas pressée d’autoriser.

Voilà, fin du récit « Saran ou Vivonne 2.0. »

Christine

21 décembre

Comme tu suis les infos sur le blog, tu sais que la condi a été refusée (et en plus une expertise psy a été ordonnée qui doit être revenue au JAP le 15 février).
Tu sais aussi que j’ai pris 1 an de plus à Evry, même si je ne l’ai toujours pas signé officiellement. Jeudi 17, je devais être extraite sur Valence (toute une journée à mater le paysage depuis le fourgon) pour négocier une confusion de peines avec le JAP. Mais le greffe de la taule, bien que j’ai signé cette convocation le 2 décembre, a « oublié » d’organiser l’extraction avec la gendarmerie. Heureusement, Nagel, l’avocat lyonnais qui était sur place, a pu organiser une vidéo-conférence à l’heure du RDV. Mais le son et l’image étaient pourris, je n’ai pas compris la moitié de ce qu’il se disait…
Par contre le délibéré, qui n’a pris que 3 minutes, ça je l’ai bien compris : refus.
Pas original !
On reposera une 3ème demande avec David, la seule question étant : est ce qu’on attend la sanction de Poitiers ou non ?
En plus de ça, je suis au mitard depuis les samedi 12 et jusqu’au mercredi 6 janvier au matin.
ça faisait un moment qu’ils en avaient envie, mais j’étais arrivée à les contrer sur des fautes de procédure. Là, ils ont organisé un guet-apens, en fait depuis quatre mois que je suis à Saran, je suis arrivée à faire comprendre aux surveillantes que je vois quotidiennement à la MAF que mon dossier de « folle violente » était bidon. Elles se « vengeaient », même par procuration de leurs chefs en me laissant m’engueuler avec eux à chacune de leurs crises d’autorité, la direction a donc décidé d’en rajouter une couche dans l’autoritarisme : interdiction du parloir prolongé le 18/11, interdiction d’école ou d’activités (même une que je préparais avec d’autres filles depuis un trimestre en vue d’un spectacle le 16/12, suppression non justifiée du téléphone avec J., pas de réponses à mes courriers, etc… Là, on attend tous que la Direction Inter Régionale autorise un transfert disciplinaire, mais ils ne sont pas pressés : il n’y a guère que les taules de PACA par lesquelles je ne suis pas passée et ça… ça ressemblerait trop à du respect pour mes proches !
Il y a quand même une « bonne » nouvelle : l’UVF demandé pour janvier a été accepté avec mes parents. Bon, on aurait pu prétendre à 24 h et on a 6h ; ils nous laissent à la date de 6ème choix (le dernier), mais quand même… Je n’arrive pas à comprendre : comptent-ils me le faire sauter d’ici là, grâce à d’autres CRI bidons ? Espèrent-ils que le transfert aura lieu d’ici là ? Veulent-ils essayer la carotte après le bâton ?

Mercredi 16 décembre, 4h du mat’

Salut !

Bon, comme tu le sais, je suis au mitard depuis samedi 15h30. Le prétoire a eu lieu lundi [14/12] à 17h, j’ai pris 26 jours, jusqu’au mercredi 6 janvier au matin. Comme l’an dernier, je passerai Noël et le jour de l’an à l’abri des émissions mièvres de la télé en cette période de « fêtes ».

J’avais raconté à M […] comment l’ambiance était pourrie par le choix de la direction et de l’officier MAF. Depuis, ils avaient inventé deux CRI pour violences mais j’étais arrivée à les contrer au prétoire sur des fautes de procédure. Mais à force de faire de la formation, je n’avais plus de billes pour leur mettre le nez dedans…

Samedi, je devais aller au sport mais eux ne voulaient pas. Je savais que ça allait merder à 14h30 et j’avais prévenu la surveillante que je devais voir un briscard avant. Ils ont préféré laisser pourrir et ont fait leur crise d’autorité dans la cellule, à l’abri des caméras. Bonne organisation ! J’ai envoyé tout le dossier à l’avocat. Ce qui est chiant, c’est qu’un briscard, dépêché du QH [Quartier Homme] pour venir faire les gros bras, a décidé de porter plainte pour violence (alors que je ne l’ai pas touché!) et insultes (ça, je confirme, c’est « un lâche, une petite merde »). On verra s’il met sa menace à exécution ou non, si le proc’ le suit ou pas… […]

Tout le week-end, ils ont essayé de me faire la misère. Ainsi, samedi à 18h15, je n’avais toujours pas mon tabac réclamé depuis 15h30. Quand la briscarde est venue pour la gamelle, elle m’a dit : « Vous allez avoir vos affaires. Mettez vous assise, face au mur, les mains en évidence et on vous les dépose ». Bien sur, j’ai refusé de m’humilier. Elle est donc repartie. Je suis arrivée à déclencher l’alarme incendie et ils ont un peu paniqué. J’ai laissé rentrer les pompiers inutiles (il n’y avait aucun feu) pour qu’ils me prennent la tension, mais je n’ai toujours pas eu ce à quoi j’avais droit. Les filles se sont mises à taper sur les barreaux, à les relancer à l’interphone. A 21h30, le briscard de nuit est rentré seul dans la cellule (même s’ils étaient 6 en soutien dans le couloir) et on a discuté correctement. J’ai eu 2 bouquins, de quoi me laver, le tabac, une couverture et le repas. Mais il a fallu attendre hier 16h pour que j’ai enfin toutes mes affaires, j’ai aussi pu parler à l’avocat. Bon, comme ça je tiendrai les 3 semaines à venir… Ici, à la différence de Strasbourg, Épinal ou Metz, il y a bien 2 promenades par jour et avec la radio QD [Quartier Disciplinaire], je capte l’émission de RCF le dimanche midi. Les surveillantes MAF, elles, savent bien que je ne suis pas dangereuse et essaient d’être correctes malgré leurs ordres à la con (et illégaux).

[…] lundi, [la prof de théâtre-vidéo] est venue pour rien : j’étais au mitard, X a un stage d’une semaine de sculpture et Y a préféré aller au terrain de foot. C’est ça quand on décide de mettre toutes les activités en même temps…

Aujourd’hui, il y a la représentation des lectures à haute voix qu’on a travaillé depuis un trimestre à l’activité « autour du livre ». Avant même le prétoire, j’avais un mot du SPIP culturel [Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation] : « oui, tu es bien participante à l’activité. Non, tu ne pourras pas participer à la représentation par choix de la direction AP [Administration Pénitentiaire] ». Ça m’a sciée ! C’est vraiment pourri de leur part ! J’avais bien compris qu’ils m’interdisait toutes les activités mixtes (conférences, concerts, spectacles) mais je ne pensais pas qu’ils oseraient m’interdire celle où j’étais actrice… C’est du mépris total car je m’implique depuis 3 mois dans le choix des textes et dans l’élocution. En plus, il y a des textes où on se donnait la réplique à 2 : c’est donc du mépris pour tout le groupe que je désorganise par mon absence.

Tu vois l’ambiance avec la direction quoi…

Bref, je n’ai guère d’espoir [d’avoir un parloir de 2h] le 23… J’espère juste qu’ils ne feront pas chier avec le colis de Noël qu’ils auront préparé. […] Quant à l’UVF [Unité de Vie Familiale] au mois de janvier, je n’y crois pas non plus . La CPU [Commissions Pluridisciplinaires Uniques] est demain, j’espère me tromper !

[…]

Demain, à cette heure-là, je pense que je serais déjà au greffe en train d’attendre les gendarmes pour la virée à Valence. [L’avocat de Lyon] m’a dit qu’il y avait 6h par l’autoroute. Pfft 12h de camion dans la journée ça va faire beaucoup… Mais je ne vais pas bouder une « sortie » ! Je croise juste les doigts pour que les gendarmes ne soient pas plus cons que lors des 2 dernières extractions. De toutes façons, je te raconterai… [Le 17 décembre, Christine devait être extraite pour comparaître à Valence suite à la demande de confusion de peines]

[…]

A la différence de Vivonne, le mitard est bien chauffé ici. Il y a aussi la douche dedans pour éviter à l’AP des mouvements. Par contre, il n’y a pas de trappe dans la grille qu’ils doivent ouvrir pour la gamelle. J’ai une meilleure vue qu’en cellule, même si la fenêtre ne s’entrouvre qu’à peine.

Bon, voilà, je ne sais plus trop quoi te raconter pour le moment, alors je vais reprendre mon bouquin. Pour l’instant je lis « Itinéraire d’un salaud ordinaire » de Didier Daeninckx, envoyé par des camarades bergers… C’est pas mal du tout… Je n’ai pas du tout accroché sur « Apocalypse bébé » de Virginie Despentes, qui était quand même moins pire que « Vernon subutex ». […]

Allez, porte toi bien, prend soin de toi et des copains. A bientôt.

Samedi 12/12

…Tu as peut être eu l’info par les copains, la sentence d’Evry est tombée : 1 an ferme, ce que demandait le proc. Les copains est l’avocat sont abasourdis, moi ça ne m’étonne pas, je connais la justice. On hésite à faire appel, on a 1 mois pour décider, alors autant attendre de connaitre les motivations du juge pour voir si c’est jouable…
Il y a quand même une bonne nouvelle. Le 17, jeudi, je suis de virée à Valence. Ma 2ème demande de confusion de peines va enfin être étudiée, 18 mois après avoir été posée. Mon avocat lyonnais, Nagel, sera présent. Je n’ai guère d’espoir que ça marche, mais ça me fera une sortie : 12h de camion AIR pour admirer le paysage… Et puis malheureusement, il y aura de quoi en reposer une 3ème…
A l’approche de Noël, il y a beaucoup de libérations, y compris les prévenues en attente de procès. La plupart  sortent sous bracelet électronique. C’est la 1ère année que je le vois aussi nettement : 6 sorties en 10 jours sur 30 nanas à la MAF ! Mais bon, pour moi, ce n’est toujours pas à l’ordre du jour… Il faut déjà que j’attende l’expertise psy (officiellement au plus tard le 15 février) pour reposer une condi.
Tu as bien  de la chance si  ta campagne est épargnée par les patrouilles de gendarmes avec des famas ! M. ma pote, a été sidérée de voir un pont enjambant un minuscule affluent de la Durance à 10 km de Sisteron gardé par 3 uniformes en armes. En rigolant, elle m’a dit au téléphone : « Reste en taule ! C’est le seul endroit où les flics ne peuvent pas entrer sans autorisation. Je suis sure que tu en vois moins que nous dehors ! »…

Lettre + Échange de courrier interne entre Christine et la direction du CP d’Orléans-Saran :

27.11.2015
Salut !

J’ai un peu traîné à répondre à ton courrier car j’attendais la réponse officielle de la JAP à ma demande de condi.

Je l’ai eue qu’hier. Sans surprise, vu l’ambiance le 10 novembre, elle a été refusée. Mais l’originalité est qu’elle ordonne une expertise psy avant que je puisse en poser une nouvelle. Eh oui, refuser l’autoritarisme, surtout en prison, est preuve d’une déviance pathologique! Brejnev ne disait pas autre chose quand il envoyait les dissidents au goulag…Je ne m’inquiète pas du résultat de cette expertise car, même si les conclusion sont mensongères, ça ne pourra pas m’envoyer de nouveau en HP. Au pire, ça leur premettra de refuser la prochaine demande et ils n’ont pas eu besoin de ça jusqu’à maintenant…En fait, c’est surtout une combine pour faire traîner car les experts sont débordés par les demandes bidons et c’est long.

Le procès à Evry s’est bien passé, l’escorte ne cherchait pas la merde. Mais il y avait beaucoup moins de monde qu’à Poitiers dans la salle, juste 8 personnes dont ma mère, accompagnée par (…) et (…). Sans surprise, le proc’ a demandé 1 an. Le délibéré sera le 8 décembre, là aussi il faut attendre. (…) m’a dit au téléphone qu’il y avait un compte-rendu sur le blog.

(…)

Pour moi, l’ambiance a évoluée depuis notre dernière lettre. Avec les filles c’est toujours correct même si je n’ai pas de vraie pote et que ça me manque. Avec les surveillantes que je vois au quotidien, ça s’est beaucoup calmé : au bout de 3 mois, elles ont compris que je n’était pas violente et que je pouvais leur parler normalement si elles ne se foutaient pas de ma gueule. Mais avec les chefs c’est de pire en pire. D’abord ils m’ont privé de téléphone avec (…, enfermé dans une autre prison) et ont refusé de s’en expliquer ; puis, par 3 fois, ils ont essayer de provoquer un CRI à 30 jours en étant violent ; puis ils ont été ignoble lors de ma dernière demande de condi ; ils ont même refusé un double parloir à ma mère qui ne vient qu’une fois par mois ; ils ne répondent jamais à mes courriers, font des crises d’autorité à la con, mettent les filles en garde contre moi…Pour illustrer ça je te joins un des échanges écrits (ils sont rare) que j’ai eu avec la directrice (cet échange est retranscrit suite à cette lettre). Je suis presque sure qu’ils vont refuser l’UVF qu’on va demander pour janvier avec mes parents. Bref, on revient aux usages habituels et ça me fais chier puisque j’étais arrivée à me faire comprendre des bleues de base (celle qui cherchaient la merde au début, comme leurs collègues syndiquées à FO à Épinal).

(…)

Christine

Échange de courrier interne entre Christine et la direction du CP d’Orléans-Saran :

Lettre de Christine :

POUR LA DIRECTION (reçu le 18 novembre 2015-CP Orléans-Saran)

Même si mes relations avec les surveillantes n’ont jamais été aussi peu conflictuelle depuis 3 ans, les provocations de la hiérarchie s’enchaînent : opposition à la condi, violence, mépris de mes proches, CRI bidons…

Toutes les échéances qui faisaient que c’était « pratique » d’être à Orléans sont tombées, UVF, visite médicale à la Pitié Salpetrière, procès à Poitiers et Evry.

Il est donc temps de mettre en place un 15ème transfert avant que ça dégénère comme je vous l’ai déjà dit dans de précédents courriers. Je ne vais pas attendre éternellement dans ce climat de mépris.

Ribailly

Réponse de la Direction (sur le verso de la lettre de Christine, reçu le 26.11) :

Madame,

Vous êtes reçue régulièrement par les chefs de bâtiments. Vous avez toujours eu réponse à vos courriers mais par le biais de l’officier.

Si les réponses apportées ne vous satisfont pas, j’en suis navrée mais ce n’est pas parce que vous n’avez pas les réponses que vous espérez que cela va changer quelque chose.

J’estime que l’officier a suffisamment répondu aux questions que vous me posiez, qui ne nécessitent pas une audience avec la Direction.

Vous devez apprendre à vous satisfaire des réponses que l’on vous apporte.

La Direction n’est pas là pour vous rencontrer au moindre problème que vous vous créez vous même par votre comportement.

Sandrine ARDUCA / Directrice des services pénitentiaires

Dimanche 18/10

Le procès à Poitiers a été reporté au 15 mars 2016. En fait l’avocat a découvert à l’audience qu’à cause d’un problème de photocopieuse, il n’avait eu une convocation que pour la moitié des faits pour lesquels j’étais poursuivie. Il a demandé à ce que les charges qu’il n’avait pas pu étudier soient abandonnées ; Bien sûr le proc’ a refusé mais il a dû accepter un report au nom du droit de la défense. On a eu une suspension de séance pour discuter avec David.

J’étais sceptique car les conditions me semblaient bonnes : escorte pas conne (« seulement » 3 gendarmes), présence des copains, juge unique avec une « bonne » réputation (même si elle s’appelle Facho), un seul maton présent bien qu’ils soient 5 plaignants, un avocat de l’AP qui semblait sénile… Mais David a eu raison de mes réticences en m’expliquant qu’avec un peu de chance ça serait reporté assez loin pour que la condi soit acceptée entre temps et que je comparaisse libre. Ensuite la juge et le proc’ sont partis négocier, ce qui m’a laissé le temps de parler aux copains à travers la vitre du box. Donc on remet ça dans 5 mois, soit plus d’un an après les faits…

La condi a été refusée à la CAP du 1er octobre. Mais il y a un débat contradictoire prévu pour le 10 novembre. David sera présent et j’ai un super dossier (contrat de travail en CDI, attestation d’hébergement…). Ceci dit, je sais qu’il ne faut pas rêver et que je risque bien de passer un 4e Noël en prison…

Le procès d’Evry, qui était prévu en juin, aura lieu le 17 novembre à 9h. J’avais espéré que le dossier soit perdu, mais non, raté… Par contre, la plainte que j’ai déposée moi contre l’AP n’est toujours pas audiencée : original… Là aussi David sera présent et il est plutôt confiant, mais là encore il ne faut pas rêver…

L’UVF avec mes parents s’est bien passé. Mais l’aménagement des UVF dans les taules Bouygues n’a rien à voir avec celui de Rennes où on avait vraiment l’impression d’être dans un gîte. Ici, pas un pet d’herbe et des barreaux aux fenêtres : on sait où on est… ! Ceci dit, j’ai pu faire un gros plat de pates avec des oignons frits, du lard et du fromage, mon plat préféré à la cabane, un truc qui tient au ventre des pâtres. Ça faisait du bien, même s’il manquait le canon avec !

Les soins de mon genou sont en route. Après l’IRM j’ai vu le médecin qui m’a dit qu’il faudra surement opérer… après une nouvelle extraction à l’hosto pour voir un chirurgien… qui ordonnera sûrement une extraction sur l’UHSI de la Pitié Salpétrière. Bref, il ne faut pas être pressée… Mais en attendant, j’ai de la kiné avec une femme sympa qui me propose des exercices à faire en cellule et à la muscu (vélo) et devrait me voir toutes les semaines. J’ai eu un premier RDV vendredi.

Aujourd’hui, la fille qui est au QI depuis un mois, après 12j au QD, devrait enfin revenir en bâtiment. Moi, j’ai eu un prétoire, mais je n’ai pas été au mitard. Ils ont encore 5 CRI en stock et je ne sais pas quand et comment ils les utiliseront… Tout est possible puisque, selon les équipes, c’est parfois détendu et calme, parfois franchement dans la provocation. Par exemple, j’ai pris 6 jours de QD avec sursis pour avoir écrit une lettre au directeur qui a été signée par 14 autres filles pour dire qu’on ne voulait pas que Dounia devienne malade de solitude au QI. Bien sûr, j’ai chargé David de faire un recours à la DI et ça ne peut pas ne pas être annulé, mais quand même, ça te laisse imaginer ce dont ils sont capables. Sans originalité, ils ont fait pression sur les signataires les plus faibles psychologiquement pour qu’elles se désistent et me désignent comme meneuse. Heureusement, aucune n’a menti en disant que je les avais forcé à signer.

Jeudi 2 septembre

J’ai été bien contente de recevoir de tes nouvelles. Mais K. m’avait déjà appris, grâce à un message sur RCF le dimanche (ben ouais, ici il n’y a que les culs-bénis qui s’occupent de nous permettre d’avoir des messages de dehors..) que tu avais fait le déplacement sur Alès…Si la situation n’était pas si merdique je serai fière de t’avoir fourni une excuse pour bouger…
Ici, ça ne se passe pas trop mal. Il n’y a pas de couilles avec les filles même si l’AP avait tout fait pour me coller une sale image avant même mon arrivée (direct au mitard). Mais bon, elles sont totalement institutionnalisées, pas combattives pour un sou, c’est plutôt triste. Avec la matonnerie, ça dépend énormément de l’équipe du jour. Certaines surveillantes cherchent la merde (sur, qu’elles sont encartées à FO !). D’autres plus intelligentes font bien gaffe à rester dans les clous pour éviter les conflits. Il y en même qui essayent le « on est dans le même bateau », je les détrompe mais ne cherche pas le conflit avec elles (elles ne sont pas mauvaises, n’ont juste aucune analyse politique).
Je m’ennuie un peu, moins que dans d’autres taules car on pas mal de promenade (3h/30 maxi jour), quelques activités (vivement la rentrée scolaire), un accès « facile » au sport et à la bibliothèque. Et puis surtout, même si c’est une super carotte entre leurs mains, il y a la possibilité d’UVF pour voir correctement mes parents. On espère passer 6 h ensemble et partager un repas en octobre.
Le 6 octobre, il y a le procès de Poitiers. Je sais que vous êtes mobiliséEs. J’ai confiance en mon avocat parisien. N’empêche le risque de prendre 1 an de plus est réel… Il n’y a toujours pas de date pour le procès d’Evry, mais on se garde bien de les relancer. Avec un peu de chance, la condi aura été acceptée avant de prendre encore du rab… Je n’ai plus d’espoir quant à la confusion, mon avocat lyonnais est aux abonnés absents depuis près d’un an.
Je me suis re-amoché le genou durant l’unique séance de sport où j’ai pu aller. Ca y est, je n’ai plus mal et n’ai plus besoin de béquilles. J’espère que ça sera l’occasion d’avoir enfin un suivi correct. La toubib ne m’a pas l’air pétocharde et elle a demandé un nouvel IRM. Mais bon, il faut bien compter 6 semaines.
Avez-vous sorti, à la CNT, la lettre à vos « camarades » de FO ? Avez-vous eu un retour ?
Est-ce que votre projet de journée autour de la répression carcérale et des luttes de taulardEs avance ? Bien sur, vous pouvez puiser dans tous mes écrits diffusés sur le net !
Je te remercie de ta proposition de m’envoyer des bouquins mais j’ai largement de quoi faire : je lis bien moins que quand je suis au mitard et j’ai un bon stock devant moi (apportés par K. ou envoyés par la poste).
Samedi prochain, je revois G. au parloir. C’est super frustrant car pour l’instant, et pour 15j, il travaille tout près d’ici mais on a le droit qu’à un seul parloir par semaine. Je l’ai vu il y a 5j et je ne le reverrai que le 12 septembre. Le 15, je reverrai ma mère (ça l’oblige à prendre le train et à passer 2 nuits sur place).
(…)

19 aout

Salut,

Aujourd’hui on est le 19 août et je t’écris depuis la MAF d’Orléans où je suis arrivée depuis une semaine.

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Donc, après ce prétoire du 10, j’ai récupéré encore 7 jours de mitard à cause de revendications pour la promenade au QD. Mais ils ont bien veillé à ne pas me permettre de démontrer à mes voisines qu’on avait gagné. En effet, le 11 à 9h, les ERIS étaient là pour le transfert. Bien violent, comme la dernière fois, mais cette fois il y avait 3 heures de route : c’est long avec les serreflex dans le dos…Je te joins le rapport que le CGLPL (Contrôleurs Généraux des Lieux de Privation de Liberté) a fait après sa visite du 3/08 et a envoyé à moi mais aussi à l’OIP que j’avais également branché. Tu as toutes les infos pour comprendre leur perversité.

Ici, je suis donc arrivée direct au QD. C’est une des prison 13000, ces taules Bouyges modernes et tristes à mourir, pleines de caméras et de sas, sans herbe et avec la douche en cellule.

Depuis dimanche, je suis en batiment. A la MAF, on est 25 nanas et il n’y a pas de surpopulation, presque toutes sont seules en cellule. Avec les voisines, ça va, elles n’ont pas été contaminées par la paranoïa de l’AP. Il y a accès au sport facilement et je vais me remettre au rameur. Surtout, la « bonne nouvelle » c’est qu’il y a des UVF. Alors j’espère qu’ils seront un peu résistants et que je pourrai recevoir mes parents correctement avant qu’ils me transfèrent à nouveau…