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Lettres de Nantes – octobre 2016…

Le 31/10

Salut !

Le 17, quand tu me postais ta lettre sur Roanne, je partais avec les ERIS à Nantes. Mais ton courrier a suivi, tout comme mes affaires, à peu près une semaine plus tard (…)

La situation était super tendue au QI de Roanne et j’attendais ce transfert depuis plusieurs mois. J’espérais qu’il allait amener du mieux, mais je n’osais pas trop espérer. En fait, dès que je suis arrivée ici, le QI a été levé et ça a tout changé. Maintenant, je peux à nouveau papoter, jouer au ballon ou aux cartes dans la cour avec les voisines. J’ai accès aux quelques activités, j’ai repris le sport ( et j’en chie grave après des mois d’inactivité).

C’est très loin, Nantes, pour les parents, mais heureusement il y a des UVF alors on en a demandé un pour Noël.

Ici, c’est une MAF et on est 40 nanas. Je n’ai pas trouvé de camarades de la ZAD de NDDL ou des basques, mais il y a quelques nanas sympas. Une demande de repas collectif pour le 1er janvier est même en cours… Dans ces foutues taules bouygues, le combat c’est ça : arriver à limiter l’isolement prévu par ces architectes pervers adeptes des sas à gogo. (…)

J’ai découvert le tricot en taule ( dehors j’étais trop occupée pour ça). Je m’améliore à force de pratiquer seule en cellule. Je ne maîtrise que le point mousse, arrive au jersey et dois bien réfléchir pour les cotes : on est très loin du jacquard et des torsades ! Mais j’arrive à faire de la layette pour les copains qui ont des bébés et j’en suis presque fière. Ma grand-mère tricotait énormément, sans regarder son ouvrage ; j’en suis bien loin mais ça me donne l’illusion de partager quelque chose avec elle, au-delà de la prison et de la mort.

Bon courage à tous, à la prochaine

Toutes pour une, une pour toutes !

Une pour toutes - toutes pour une
C’est sous ce titre que paraîtront dans le N°43 du journal l’Envolée des extraits de témoignages de prisonnières et ex-prisonnières de la Maison d’Arrêt des Femmes de Poitiers-Vivonne.
Suite à la rédaction de revendications collectives en décembre 2014, l’ensemble des signataires de ce texte s’étaient vues infliger menaces et sanctions de la part de l’AP (Administration Pénitentiaire). Pour Christine cela s’était également traduit par des dépôts de plaintes de surveillants. C’est pour apporter leur soutien à Christine lors de son procès au tribunal de Poitiers que trois de ses ex-codétenues ont décidé de rédiger des témoignages qui replacent les faits qui lui sont reprochés dans leur contexte : un contexte de mépris et de surdité de la part de l’AP face aux demandes des détenues, rapidement suivies de menaces et de sanctions pour tenter de museler ces paroles dérangeantes, mais surtout pour tenter de briser la solidarité entre ces détenues. Mais la solidarité a la peau dure…
Ci-dessous se trouvent ces trois témoignages dans leur intégralité. Les prénoms des personnes ont été changés.
Le dernier texte est une retranscription d’un entretien réalisé dans le cadre de l’émission Papillon du 7 décembre 2015 sur Radio Dio.
> Entretien à écouter sur :
https://emissionsradio.rebellyon.info/papillon/autres/itwJessica-Papillon2015-12-07.mp3
Il s’agit d’un entretien avec une ancienne codétenue de Christine qui s’étaient rencontrées lors de leur passage réciproque au Centre Pénitentiaire des Femmes de Rennes.

 


 

Aurélie, septembre 2015, Poitiers
« Nous nous trouvons dans les geôles de la loi parce que l’État a demandé justice, alors ici, plus que n’importe où la justice doit être de rigueur. Et c’est en demandant une application juste des lois et du règlement de l’établissement que Christine s’est exposée à de sévères sanctions.

Alors que nous ne nous demandions que des conditions d’incarcération dignes, comme un abri décent en cours de promenade ou simplement un ballon pour pouvoir y pratiquer une activité sportive, tout est systématiquement refusé ou seulement ignoré. Le Chef de bâtiment se ferme à toutes discussions et ne souhaite clairement résoudre aucun problème.
Nous nous sommes donc concertées et avons posé sur papier les dysfonctionnements constatés à la MAF sans autre objectif que de faire évoluer la situation pacifiquement. Mais pour seule réponse, chacune des prisonnières a été sanctionnée, mise en confinement avec pour motif : « les revendications sont interdites ».
Devrions-nous laisser l’administration pénitentiaire bafouer son propre règlement en procédant à l’application systématique et automatique de la répression. Le ton est monté et lorsque l’une de nous émettait la moindre plainte, les sanctions s’abattaient.

Alors certaines ont finies par se laisser humilier et ont cessé de réclamer justice. Mais d’autres, comme Christine n’ont pas renoncé et se sont donc retrouvées dans le viseur de l’AP.

Par exemple, la loi stipule que les fouilles intégrales doivent être motivées et justifiées. Une fouille lui a été imposée, elle a voulu en connaître le motif avant d’obtempérer. Mais il n’y en avait pas, il s’agissait de pression par l’humiliation.
Face à son refus de soumission, l’AP a décidé de faire usage de la violence. 4 à 6 hommes peuvent être appelés à intervenir, ils sont casqués, portent des boucliers et disposent de bombes lacrymogènes dont ils ont d’ailleurs fait usage. Dispositif impressionnant déployé sur une femme, elle sera conduite au QD sans ménagement.

Au mitard, se voyant refuser le droit de porter des chaussures en plein hiver et parfois même sans vêtements, Christine a été poussée à bout, ce qui déclenchait souvent l’intervention de ces hommes armés. Elle hurlait « Stop, arrêtez », des moyens d’une extrême violence pour arriver à leur fin, ôter sa dignité. L’escalade de la violence n’a plus cessé.

Les courriers internes destinés à celles qui se retrouvaient au QD comme Christine sont rarement transmis puisque la solidarité est l’unique moyen dont on dispose pour lutter contre l’injustice, l’AP met donc tout en œuvre pour l’éradiquer.
La violence et l’inhumanité dont fait preuve l’AP ne nous résignera pas à croire en l’Homme et les droits qui lui sont dus en tant que tel.
Aujourd’hui encore les combats qu’elle a engagé pour la dignité et les droits de celles et ceux que plus personne ne veut entendre se poursuivent. »

 


Magali, septembre 2015, MAF Poitiers-vivonne
« La première fois que Madame Ribailly avait été amenée au Quartier Disciplinaire c’était parce qu’elle avait demandé la justification face à la fouille intégrale que la surveillante prétendait lui imposer. Malgré que la loi préconise que les fouilles intégrales ne doivent être systématiques, ici, elles sont systématiques et jamais personne nous montre la justification pour la fouille.

De toute façon j’ai déjà entendu Monsieur Kabiala affirmer que « puisque c’est moi le chef de bâtiment, c’est moi qui fait la loi ici ».

Dès le début de l’enfermement de M.Ribailly au Quartier Disciplinaire nous avons senti une grande hostilité de la part de l’Administration Pénitentiaire envers elle. Par exemple ils ont voulu interdire le courrier interne avec M.Ribailly. Quand nous l’avons dénoncé auprès de l’OIP et le contrôleur des prisons, la prison avait été obligé de l’autoriser mais il fallait mettre un timbre. Quelques mois après, le contrôleur des prisons avait visité le CP de Vivonne et depuis, nous ne sommes plus obligé(e)s de mettre un timbre dans le courrier interne.

Petit à petit cette hostilité n’a fait qu’augmenter et la tension et la violence sont devenues insupportables. Dans chaque mouvement les surveillants étaient équipés et armés des boucliers, des casques, du gaz lacrymogène etc. J’estime que la force employée par l’Administration Pénitentiaire était totalement disproportionnée et cela ne fait que pousser à bout les personnes.

Je me souviens qu’un jour j’avais du téléphoner à mon père pour lui demander d’appeler chez M.Ribailly afin de les rassurer, de leur dire que leur fille allait bien. M.Ribailly avait demandé de pouvoir téléphoner mais les surveillants refusaient de l’amener au téléphone. Finalement elle a du commencer une grève de la faim pour y accéder.

Face à cette situation de plus en plus insupportable pour nous, six prisonnières avons décidé de montrer notre mécontentement. Nous avons écrit une lettre et à la fin de la promenade nous avons demandé à voir le responsable pour lui donner la lettre. A cause de cette action tout à fait pacifique, le 7 janvier nous sommes toutes passé devant la commission de discipline et nous avons été toutes punies au confinement. Le jour où en France des milliers de personnes manifestaient pour la liberté d’expression, nous étions confinées justement pour avoir exprimé notre opinion. En l’occurrence d’arrêter la violence contre M.Ribailly car la répression ne fait qu’empirer les choses.

Depuis plus de cinq ans que je suis ici, j’ai remarqué que le pilier principal de la prison est la punition. Le système pénitentiaire est basé sur les menaces, l’humiliation et la répression. Ils nous disent que la prison va nous aider à nous réinsérer. Pourtant la plupart des moyens sont destinés à punir les personnes. Il n’y a pas un vrai programme destiné à la réinsertion, juste des petites choses qui ne sont jamais prioritaires.

Par exemple le manque d’activités au Quartier Femme est flagrant. Les responsables de ce quartier au lieu d’essayer de remédier à ce manque, ils passent leur temps à menacer et punir les prisonnières si : a) elles parlent par la fenêtre (nous passons vingt heures par jour enfermées en cellule) ou b) elles osent faire une pétition pour demander l’accès à une salle les jours pluvieux car dans notre très petite promenade il n’y a pas un abri décent.

Pour celles qui avons le sens de la justice, il y a trop souvent derrière ces quatre murs des situations qui sont intolérables. Madame Ribailly n’a fait que défendre la dignité, la justice et l’humanité. Elle a eu pour réponse la violence indigne, injuste et inhumaine de l’Administration Pénitentiaire. »

 


Irina, septembre 2015, MAF de Poitiers-vivonne 
« J’ai connu Christine au CP de Poitiers-Vivonne. La première fois qu’elle a été amenée au Quartier Disciplinaire, c’était parce qu’elle a juste demandé de respecter la loi. Leur loi dit que les fouilles intégrales ne doivent pas être systématiques et qu’elles doivent être justifiées. Mais ici, chaque jour qu’il y a des fouilles de cellule, on a aussi la fouille intégrale. Moi aussi j’ai subi des fouilles intégrales systématiques après chaque parloir. L’Administration pénitentiaires disait que c’était aléatoires mais « bizarrement » c’était toujours mon tour. Ces derniers mois au niveau des parloirs, la situation a un peu changé. Car nous avons dénoncé cette pratique aux contrôleurs des prisons.

Quand une personne ne respecte pas la loi, elle finit en prison. Quand l’AP ne respecte pas sa propre loi, un prisonnier est menacé et est puni seulement pour demander que règlement pénitentiaire soit respecté. Et parfois, elle est même poursuivie en justice, comme c’est le cas de Christine.

La violence utilisée contre Christine a été sans aucun doute abusive. Une personne enfermée dans une cage et désarmée contre je ne sais pas combien de surveillants. Tous équipés de casques, boucliers, gaz lacrymogène… L’AP savait parfaitement que cette attitude ne ferait qu’empirer la situation. J’entendais les surveillants rigoler au retour du QD. Si ils étaient des professionnels, ils auraient fait les choses différemment. Mais non, la seule réponse de l’AP c’est la violence, la menace et la punition.

Face à cette situation, j’ai décidé d’agir. On voulait dénoncer les mesures appliquées par l’AP contre Christine. Et seulement pour avoir écrit une lettre dénonçant cela, nous aussi nous avons été punies.

Malheureusement ce qui s’est passé avec Christine, ce n’est que le reflet d’un système pénitentiaire extrêmement inhumain, injuste et cruel. La prison ne nous traite pas comme des êtres humains et ne cherche pas la réinsertion. C’est pour cela que leur politique est basée sur la punition et la vengeance. »

 


« J’AI RENCONTRÉ CHRISTINE À RENNES »
entretien avec Jessica, décembre 2015

Jessica a été incarcérée pendant trois ans. Libérée depuis peu, elle a raconté dans l’émission Papillon du 17 décembre 2015 les méthodes de l’administration pénitentiaire pour réprimer les prisonnières en les isolant, en les stigmatisant et en les faisant passer pour folles ou dangereuses. A l’extérieur Jessica continue de se bagarrer pour ses amies incarcérées.

> Entretien à écouter sur :
https://emissionsradio.rebellyon.info/papillon/autres/itwJessica-Papillon2015-12-07.mp3

 

Jessica : J’ai rencontré Christine à Rennes, on a fait deux ou trois mois ensemble ; après elle a été transférée. Elle est passée par Poitiers, et moi aussi – mais pas en même temps. Comme Christine, j’étais une détenue assez rebelle. Parce qu’en plus d’être enfermées, on va nous interdire un certain nombre de choses qui peuvent ne pas nous paraître normales, donc on va refuser de se soumettre. Ils veulent qu’on accepte tout au nom de la sécurité. Donc à partir du moment où ils voient qu’on n’est pas des détenues qui disons « oui » à tout, ils vont jouer avec nous, pour nous provoquer. Ça a été ça avec Christine, ça a été ça avec moi, c’est ça avec plein d’autres détenues. […] À Poitiers ils font une fouille à corps après chaque fouille de cellule. C’est chiant de se foutre à poil à chaque fois devant eux. Des fouilles à répétition, comme ça, en sachant qu’ils trouvent rien… Ça fait partie des choses qui m’ont fait péter les plombs. […] Je refuse de me soumettre aux fouilles parce que j’ai pas envie de me mettre à poil tous les quatre matins devant eux. Des fois, en passant sous un portique, je sonnais ; là, c’est moi qui me déshabillais, et ils me mettaient un rapport parce qu’ils disaient que je faisais de l’exhibitionnisme. C’est de l’hypocrisie ! […]

Papillon : Les surveillants ou l’administration voient certaines relations d’un mauvais œil et essaient de casser les amitiés, d’empêcher les gens de se fréquenter.

C’est quelque chose que j’ai connu autant à Poitiers qu’à Rennes. Je fréquentais des personnes, et ça plaisait pas – plus au niveau de la direction. Ils nous mettaient des bâtons dans les roues pour pas qu’on se fréquente. […] Ils veulent choisir avec qui tu dois être, ils veulent faire les choses à ta place. Ou plutôt : ils veulent qu’on soit comme eux ils veulent. Moi j’étais avec des filles qui étaient super solidaires, ils n’appréciaient pas la solidarité entre nous, parce qu’ils voyaient que ça pouvait être dangereux pour eux. C’est pour ça qu’ils n’acceptaient pas ces fréquentations.

Donc tu atterris au centre de détention de Rennes, la plus grande prison pour femmes de France.

Au début ça se passait bien, on me prenait pas trop la tête. […] Après j’ai fréquenté justement une personne avec qui j’étais solidaire, ça ne leur a pas plu, et à partir de là il s’est passé tellement de choses ! Ils ont ouvert un quartier D0… J’ai été la cobaye du truc. A Rennes, ils ont mis ça en place le 1er juin, et j’ai atterri dedans le 1er juin. Personne voyait rien, et en cachette ils m’ont fait la misère. Ça a fini, j’ai mis le feu à ma cellule, j’ai été transférée à Nantes à trois semaines de ma sortie.

Le D0, c’est comme un quartier d’isolement qui ne dit pas son nom ?

C’est ça, c’est un quartier d’isolement. C’est un peu pareil que le mitard, même. On avait

une heure de promenade l’après-midi, une heure le matin. Sinon, enfermées toute la journée. Personne. Quand on sortait, on avait toujours deux ou trois surveillants avec nous -pour faire les 20 mètres qui conduisent en promenade !

Au D0, tu avais des contacts avec les autres prisonnières ?

Non. Enfin si, je parlais par les fenêtres et tout ça. On se débrouillait autrement, mais on avait

interdiction de communiquer avec le reste des détenues. Les promenades étaient confinées, toute seule, spécialement pour ceux qui étaient à l’isolement. Mais c’était mal foutu, hein ! Comme on était des cobayes, ils arrivaient pas encore bien à gérer ! C’était un peu marrant, parce qu’à chaque fois on croisait du monde. Mais le but était qu’on soit bien isolées du reste de la détention, que personne ne voie ce qui se passe…

Il y a beaucoup de fouilles, des fouilles par palpation… Tous les jours. Trois, quatre fois par jour, parce qu’on sort au moins trois ou quatre fois par jour de la cellule. Des fouilles de cellule toutes les semaines. […] Au début, l’isolement devait durer un mois, mais après ça a été prolongé. […]

Quand les gens qui sont en prison racontent ce qu’ils subissent, on a parfois du mal à les croire ; et souvent, les personnels, que ce soient les médecins, les profs, l’administration pénitentiaire, les surveillants… tout le monde essaie de les faire passer pour fous, menteurs ou paranos !

C’est surtout à Rennes que je l’ai ressenti ; au quartier d’isolement, je voyais tout ce qu’ils me faisaient, et quand je passais en commission je leur disais : « Vous me faites ça, ça, ça, c’est pas normal. » Et ils me disaient : « Mais vous êtes complètement parano, vous vous sentez persécutée. » Et à force de me dire ça, je me disais vraiment : « C’est peut-être moi, je sais plus ce que je fais, je sais plus si je gère ce que je fais… » Ils essayaient vraiment de te retourner le cerveau, en fait. […]

On a l’impression qu’il y a pas mal d’isolement à l’intérieur des prisons pour des gens qui ont

des galères, ou qui sont en lutte ou en rébellion : quelles sont les solidarités qui existent, ou que t’aimerais voir ?

A l’intérieur, la solidarité, y en a pas beaucoup, mine de rien. Après c’est normal, la détention a les armes pour te dissuader d’être solidaire. Elles pensent à sortir, je comprends tout à fait. Mais faut aussi garder sa dignité. Je pense que c’est important d’être solidaire : on est tous dans la même galère en prison. Faut qu’on s’entraide. Si y a des gens qui m’entendent : faut vraiment qu’il y ait de la solidarité dans les prisons, arrêtez de vous faire la guerre entre vous.

Et je voudrais faire une dédicace à l’administration pénitentiaire : vous m’avez pas eue, et je suis bien contente ! Et dédicace pour toutes les personnes détenues, gardez la pêche !

 

Courriers d’Orléans (août…

Le 27 janvier

…Je comprends très bien ce sentiment d’impuissance des proches, je l’ai vécu durant plus de 8 ans quand j’étais « femme de taulard ». Mais tu sais, vos courriers où vous me racontez des nouvelles de dehors, m’aident beaucoup au quotidien.
Et puis, demain, j’ai un UVF de 6 heures avec mes parents ! On va se faire des crèpes à gogo, j’ai cantiné bien plus que nécessaire et ils vont repartir avec un grand carton de bouffe.
C’est chouette que vous soyez arrivés à mettre en place cette journée sur l’enfermement. Je ne connais pas le film « Enfermés vivants », il date de quand, il raconte quoi ? C’est super que Georges Courtois puisse venir pour le débat du soir. Je vous souhaite une discussion riche et productive.

Depuis plusieurs mois, je suis en correspondance avec un parisien théatreux, P. Il veut faire une pièce de theâtre à partir de mes textes qu’il a lu dans L’Envolée ou sur le blog. On a pas mal échangé et son projet a évolué. Le personnage principal sera joué par lui (donc pas une nana), ce qui sera plus générique. Il y aura pas mal de monologues (des extraits de mes lettres, mais aussi d’autres taulardes) et qqs dialogues avec des marionettes. le héros s’appellera Camille : un petit hommage aux zadistes de NDDL. Il m’a envoyé le texte mais il est pour l’instant en lecture à la direction du CPOS… Je ne désespère pas de le récupérer avant ma sortie.

…Aujourd’hui, vous devez être devant le tribunal d’Avignon pour soutenir cet « affreux raciste ! » de prof de FAC [un universitaire qui passe en procès accusé  d’avoir tenu des propos racistes alors qu’il a ironiquement repris une expression de Valls afin de contester sa venue]. Comment ça s’est passé ? Encore une plaidoirie fleuve ? Quelle sanction est tombée ? Il y avait du monde au rassemblement ? Pas trop de flics, du moins en tenue ?
…Ici, je fume plus que dehors et ils savent me faire chier en me privant de feu au mitard, ce qui me rend nerveuse. Alors, pour me dépanner quand c’est une équipe de merde, les infirmières m’ont filé des pastilles de nicotine à sucer et c’est assez efficace.

… »Une vie de forçat » c’est instructif, mais comme ce n’était pas un récit à la 1ère personne on avait plus de mal à s’identifier et à compatir/partager la lutte. Des récits de bagne, j’étais habituée à des trucs plus revendicatifs, plus durs. Tant mieux pour lui s’il a renconbtré un toubib correct, mais il ne faut pas oublier que même s’ils s’en défendent, le médical bosse pour l’AP à l’époque comme maintenant…
…Ne t’inquiètes pas trop pour moi : j’ai la peau dure et de bons potes !

Le mercredi 20 janvier,

Salut !

Quand je suis arrivée le 11 août (à Orléans) c’était directement au mitard. Ma réputation m’avait précédée et les matonnes étaient stressées d’accueillir une « folle violente ». Le surnombre [de surveillants] était constant, il a duré trois semaines, c’est-à-dire même après ma sortie du QD (quartier disciplicaire). Les filles aussi avaient été mises au courant et étaient sur la réserve, un peu apeurées, avec moi. Mais, petit à petit, grâce à mes sorties systématiques en promenade et aux activités, la peur a disparu, tant chez les filles que chez les matonnes. Les filles appréciaient que je fasse « la grosse voix » quand l’AP (administration pénitentiaire) se moquait d’elles, que je sois solidaire, et les surveillantes, un peu lâches, s’amusaient que je fasse chier leurs chefs qu’elles n’apprécient pas.

Mais la direction m’avait à l’oeil et ne laissait rien passer. Le premier conflit (une lettre écrite par moi et signée par quinze filles pour demander la levée du QI -quartier d’isolement- de l’une d’entre nous) m’a valu six jours de [mitard avec] sursis et une première manipulation des voisines. Je ne suis pas rentrée dans le lard des quatre qui se sont désistées, je savais que c’était « des victimes » et ça a renforcé mon image de « fille bien ». Ceci dit, la direction me mettait des bâtons dans les roues : pas de réponses à mes courriers, refus de parloir prolongé, refus d’activités, suspension du téléphone inter-prisons… Ça a commencé à bien chauffer avec le bricard et l’officier QF (quartier femmes), les CRI (comptes-rendus d’incidents) s’accumulaient et ça les énervait que j’arrive à les contrer (convocation trop tardive à la commission de discipline, ou dossier incomplet ou différent du leur).

Bref, le 12 décembre, suite à une provocation visant à m’interdire le sport, je me suis retrouvée au mitard. Ils ont voulu m’y laisser en chien et les voisines ont fait un tel raffut que j’ai eu mes affaires (et la gamelle) à 21h30 ! Ils ont essayé de censurer le courrier interne, mais là aussi je les ai contrés juridiquement. Alors ils ont mis la pression aux filles individuellement (« Si tu parles à Ribailly en allant à l’infirmerie, tu auras un CRI », « Penses à ta sortie, à tes enfants, ne traînes pas avec cette emmerdeuse »). Mais elles ont tenu bon, m’assurant qu’elles attendaient ma sortie 26 jours plus tard. Alors le bricard a monté un guet-apens au moment de Noël et la violence est montée en flèche. Ils n’ouvraient plus qu’équipés avec les casques et boucliers, je n’avais plus qu’une promenade à l’aube et contre une fouille, je n’avais plus d’allumettes pour les clopes… Ils savaient que ça ne me ferait pas peur mais espéraient, comme à Épinal, que les filles se diraient : « Si les surveillantes, qui sont parfois gentilles avec nous, prennent de telles mesures pour Christine, c’est qu’elle doit être devenue folle et dangereuse ». Mais on s’était vues assez longtemps en bâtiment pour que ça ne prenne pas. Alors, comme à Vivonne, ils ont lâché les vannes des CRI : 10 prétoires pour 25 filles début janvier. Là, ça a été efficace car aucune n’a envie de perdre des CRP (crédit de réduction de peine) : deux m’écrivent encore mais personne ne répond plus quand je parle aux fenêtres.

Le 6 janvier, c’était la fin du QD. Alors je suis allée au QI : logique ! Le débat contradictoire obligatoire a eu lieu le 8 au soir. La directrice a décidé que j’y resterais tant qu’elle le voudrait (et jusqu’au 6 avril sans aucun problème administratif). Ils ont quand même levé la mesure du « room service en habits de robocops ».

Le 7 et 8 j’étais en garde à vue au comico d’Orléans. En fait, sept matons avaient déposé plainte pour « violences et insultes ». Ça ne m’a pas étonnée, j’avais lu quelques CRI. Mais ce qui était bizarre, c’est qu’ils me ressortaient certaines de mes lettres, vieilles d’octobre ou novembre (notamment une où je qualifiais la JAP de « s……e » quand j’ai appris que, non contente de refuser la condi, elle exigeait une expertise psy pour retarder la prochaine demande). Le dossier était super épais et ils avaient déjà pris rendez-vous avec un expert psy en prévision de la comparution immédiate du lendemain. Je l’ai faite reporter pour que mon avocat habituel soit là et ce sera le 12 février à 14h à Orléans.

Le 9, donc, j’étais de retour au QI et il n’y avait plus le bouclier et les casques à l’ouverture des portes (mais toujours un surnombre d’agents). J’avais à nouveau deux promenades par jour, même si la cour n’avait pas changé. En plus j’avais une voisine au QD et c’était plutôt sympa pour discuter le soir. Mais le bricard a tenu à chercher à nouveau la merde le 12 et le 13 il y avait à nouveau les robocops dans la matinée (vite arrêté par l’officier). Hier j’ai revu l’OPJ (officier de police judiciaire) au parloir : une nouvelle plainte à ajouter au dossier le 12.

Le 15 j’avais une CDD (commission de discipline) pour les « violences » de Noël. Sans surprise, j’ai pris trente jours [de mitard]. Mais la dirlo suintait tellement le mépris, la commise d’office était si nulle, les surveillants si nombreux dans le couloir que j’ai craqué. Je gueulais et chialais en même temps et ils n’ont pas tardé à me virer du prétoire. En fait je n’avais qu’une peur : qu’ils profitent que je sois au QD pour supprimer l’UVF (Unité de Vie Familiale) programmée avec mes parents le 28 janvier, pour 6 heures. J’ai du leur faire pitié (c’est vrai que je ne les ai pas habitués à ce style de comportement de ma part) et ils m’ont assuré qu’il serait maintenu.

Donc là, pour l’instant, ça va. Je suis au mitard mais j’en ai une telle habitude (530 jours + 80 jours de QI en 38 mois!) que ça ne me gêne pas : je bouquine, j’écris, je me repose, j’attends l’UVF et les procès (le 12 février à Orléans et le 15 mars à Poitiers). Je sais que le 13 février, je retournerai au QI et qu’ainsi je pourrai téléphoner tous les jours (la seule vraie différence avec le QD). J’attends, comme eux, un transfert que la DI (direction inter-régionale) n’est pas pressée d’autoriser.

Voilà, fin du récit « Saran ou Vivonne 2.0. »

Christine

21 décembre

Comme tu suis les infos sur le blog, tu sais que la condi a été refusée (et en plus une expertise psy a été ordonnée qui doit être revenue au JAP le 15 février).
Tu sais aussi que j’ai pris 1 an de plus à Evry, même si je ne l’ai toujours pas signé officiellement. Jeudi 17, je devais être extraite sur Valence (toute une journée à mater le paysage depuis le fourgon) pour négocier une confusion de peines avec le JAP. Mais le greffe de la taule, bien que j’ai signé cette convocation le 2 décembre, a « oublié » d’organiser l’extraction avec la gendarmerie. Heureusement, Nagel, l’avocat lyonnais qui était sur place, a pu organiser une vidéo-conférence à l’heure du RDV. Mais le son et l’image étaient pourris, je n’ai pas compris la moitié de ce qu’il se disait…
Par contre le délibéré, qui n’a pris que 3 minutes, ça je l’ai bien compris : refus.
Pas original !
On reposera une 3ème demande avec David, la seule question étant : est ce qu’on attend la sanction de Poitiers ou non ?
En plus de ça, je suis au mitard depuis les samedi 12 et jusqu’au mercredi 6 janvier au matin.
ça faisait un moment qu’ils en avaient envie, mais j’étais arrivée à les contrer sur des fautes de procédure. Là, ils ont organisé un guet-apens, en fait depuis quatre mois que je suis à Saran, je suis arrivée à faire comprendre aux surveillantes que je vois quotidiennement à la MAF que mon dossier de « folle violente » était bidon. Elles se « vengeaient », même par procuration de leurs chefs en me laissant m’engueuler avec eux à chacune de leurs crises d’autorité, la direction a donc décidé d’en rajouter une couche dans l’autoritarisme : interdiction du parloir prolongé le 18/11, interdiction d’école ou d’activités (même une que je préparais avec d’autres filles depuis un trimestre en vue d’un spectacle le 16/12, suppression non justifiée du téléphone avec J., pas de réponses à mes courriers, etc… Là, on attend tous que la Direction Inter Régionale autorise un transfert disciplinaire, mais ils ne sont pas pressés : il n’y a guère que les taules de PACA par lesquelles je ne suis pas passée et ça… ça ressemblerait trop à du respect pour mes proches !
Il y a quand même une « bonne » nouvelle : l’UVF demandé pour janvier a été accepté avec mes parents. Bon, on aurait pu prétendre à 24 h et on a 6h ; ils nous laissent à la date de 6ème choix (le dernier), mais quand même… Je n’arrive pas à comprendre : comptent-ils me le faire sauter d’ici là, grâce à d’autres CRI bidons ? Espèrent-ils que le transfert aura lieu d’ici là ? Veulent-ils essayer la carotte après le bâton ?

Mercredi 16 décembre, 4h du mat’

Salut !

Bon, comme tu le sais, je suis au mitard depuis samedi 15h30. Le prétoire a eu lieu lundi [14/12] à 17h, j’ai pris 26 jours, jusqu’au mercredi 6 janvier au matin. Comme l’an dernier, je passerai Noël et le jour de l’an à l’abri des émissions mièvres de la télé en cette période de « fêtes ».

J’avais raconté à M […] comment l’ambiance était pourrie par le choix de la direction et de l’officier MAF. Depuis, ils avaient inventé deux CRI pour violences mais j’étais arrivée à les contrer au prétoire sur des fautes de procédure. Mais à force de faire de la formation, je n’avais plus de billes pour leur mettre le nez dedans…

Samedi, je devais aller au sport mais eux ne voulaient pas. Je savais que ça allait merder à 14h30 et j’avais prévenu la surveillante que je devais voir un briscard avant. Ils ont préféré laisser pourrir et ont fait leur crise d’autorité dans la cellule, à l’abri des caméras. Bonne organisation ! J’ai envoyé tout le dossier à l’avocat. Ce qui est chiant, c’est qu’un briscard, dépêché du QH [Quartier Homme] pour venir faire les gros bras, a décidé de porter plainte pour violence (alors que je ne l’ai pas touché!) et insultes (ça, je confirme, c’est « un lâche, une petite merde »). On verra s’il met sa menace à exécution ou non, si le proc’ le suit ou pas… […]

Tout le week-end, ils ont essayé de me faire la misère. Ainsi, samedi à 18h15, je n’avais toujours pas mon tabac réclamé depuis 15h30. Quand la briscarde est venue pour la gamelle, elle m’a dit : « Vous allez avoir vos affaires. Mettez vous assise, face au mur, les mains en évidence et on vous les dépose ». Bien sur, j’ai refusé de m’humilier. Elle est donc repartie. Je suis arrivée à déclencher l’alarme incendie et ils ont un peu paniqué. J’ai laissé rentrer les pompiers inutiles (il n’y avait aucun feu) pour qu’ils me prennent la tension, mais je n’ai toujours pas eu ce à quoi j’avais droit. Les filles se sont mises à taper sur les barreaux, à les relancer à l’interphone. A 21h30, le briscard de nuit est rentré seul dans la cellule (même s’ils étaient 6 en soutien dans le couloir) et on a discuté correctement. J’ai eu 2 bouquins, de quoi me laver, le tabac, une couverture et le repas. Mais il a fallu attendre hier 16h pour que j’ai enfin toutes mes affaires, j’ai aussi pu parler à l’avocat. Bon, comme ça je tiendrai les 3 semaines à venir… Ici, à la différence de Strasbourg, Épinal ou Metz, il y a bien 2 promenades par jour et avec la radio QD [Quartier Disciplinaire], je capte l’émission de RCF le dimanche midi. Les surveillantes MAF, elles, savent bien que je ne suis pas dangereuse et essaient d’être correctes malgré leurs ordres à la con (et illégaux).

[…] lundi, [la prof de théâtre-vidéo] est venue pour rien : j’étais au mitard, X a un stage d’une semaine de sculpture et Y a préféré aller au terrain de foot. C’est ça quand on décide de mettre toutes les activités en même temps…

Aujourd’hui, il y a la représentation des lectures à haute voix qu’on a travaillé depuis un trimestre à l’activité « autour du livre ». Avant même le prétoire, j’avais un mot du SPIP culturel [Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation] : « oui, tu es bien participante à l’activité. Non, tu ne pourras pas participer à la représentation par choix de la direction AP [Administration Pénitentiaire] ». Ça m’a sciée ! C’est vraiment pourri de leur part ! J’avais bien compris qu’ils m’interdisait toutes les activités mixtes (conférences, concerts, spectacles) mais je ne pensais pas qu’ils oseraient m’interdire celle où j’étais actrice… C’est du mépris total car je m’implique depuis 3 mois dans le choix des textes et dans l’élocution. En plus, il y a des textes où on se donnait la réplique à 2 : c’est donc du mépris pour tout le groupe que je désorganise par mon absence.

Tu vois l’ambiance avec la direction quoi…

Bref, je n’ai guère d’espoir [d’avoir un parloir de 2h] le 23… J’espère juste qu’ils ne feront pas chier avec le colis de Noël qu’ils auront préparé. […] Quant à l’UVF [Unité de Vie Familiale] au mois de janvier, je n’y crois pas non plus . La CPU [Commissions Pluridisciplinaires Uniques] est demain, j’espère me tromper !

[…]

Demain, à cette heure-là, je pense que je serais déjà au greffe en train d’attendre les gendarmes pour la virée à Valence. [L’avocat de Lyon] m’a dit qu’il y avait 6h par l’autoroute. Pfft 12h de camion dans la journée ça va faire beaucoup… Mais je ne vais pas bouder une « sortie » ! Je croise juste les doigts pour que les gendarmes ne soient pas plus cons que lors des 2 dernières extractions. De toutes façons, je te raconterai… [Le 17 décembre, Christine devait être extraite pour comparaître à Valence suite à la demande de confusion de peines]

[…]

A la différence de Vivonne, le mitard est bien chauffé ici. Il y a aussi la douche dedans pour éviter à l’AP des mouvements. Par contre, il n’y a pas de trappe dans la grille qu’ils doivent ouvrir pour la gamelle. J’ai une meilleure vue qu’en cellule, même si la fenêtre ne s’entrouvre qu’à peine.

Bon, voilà, je ne sais plus trop quoi te raconter pour le moment, alors je vais reprendre mon bouquin. Pour l’instant je lis « Itinéraire d’un salaud ordinaire » de Didier Daeninckx, envoyé par des camarades bergers… C’est pas mal du tout… Je n’ai pas du tout accroché sur « Apocalypse bébé » de Virginie Despentes, qui était quand même moins pire que « Vernon subutex ». […]

Allez, porte toi bien, prend soin de toi et des copains. A bientôt.

Samedi 12/12

…Tu as peut être eu l’info par les copains, la sentence d’Evry est tombée : 1 an ferme, ce que demandait le proc. Les copains est l’avocat sont abasourdis, moi ça ne m’étonne pas, je connais la justice. On hésite à faire appel, on a 1 mois pour décider, alors autant attendre de connaitre les motivations du juge pour voir si c’est jouable…
Il y a quand même une bonne nouvelle. Le 17, jeudi, je suis de virée à Valence. Ma 2ème demande de confusion de peines va enfin être étudiée, 18 mois après avoir été posée. Mon avocat lyonnais, Nagel, sera présent. Je n’ai guère d’espoir que ça marche, mais ça me fera une sortie : 12h de camion AIR pour admirer le paysage… Et puis malheureusement, il y aura de quoi en reposer une 3ème…
A l’approche de Noël, il y a beaucoup de libérations, y compris les prévenues en attente de procès. La plupart  sortent sous bracelet électronique. C’est la 1ère année que je le vois aussi nettement : 6 sorties en 10 jours sur 30 nanas à la MAF ! Mais bon, pour moi, ce n’est toujours pas à l’ordre du jour… Il faut déjà que j’attende l’expertise psy (officiellement au plus tard le 15 février) pour reposer une condi.
Tu as bien  de la chance si  ta campagne est épargnée par les patrouilles de gendarmes avec des famas ! M. ma pote, a été sidérée de voir un pont enjambant un minuscule affluent de la Durance à 10 km de Sisteron gardé par 3 uniformes en armes. En rigolant, elle m’a dit au téléphone : « Reste en taule ! C’est le seul endroit où les flics ne peuvent pas entrer sans autorisation. Je suis sure que tu en vois moins que nous dehors ! »…

Lettre + Échange de courrier interne entre Christine et la direction du CP d’Orléans-Saran :

27.11.2015
Salut !

J’ai un peu traîné à répondre à ton courrier car j’attendais la réponse officielle de la JAP à ma demande de condi.

Je l’ai eue qu’hier. Sans surprise, vu l’ambiance le 10 novembre, elle a été refusée. Mais l’originalité est qu’elle ordonne une expertise psy avant que je puisse en poser une nouvelle. Eh oui, refuser l’autoritarisme, surtout en prison, est preuve d’une déviance pathologique! Brejnev ne disait pas autre chose quand il envoyait les dissidents au goulag…Je ne m’inquiète pas du résultat de cette expertise car, même si les conclusion sont mensongères, ça ne pourra pas m’envoyer de nouveau en HP. Au pire, ça leur premettra de refuser la prochaine demande et ils n’ont pas eu besoin de ça jusqu’à maintenant…En fait, c’est surtout une combine pour faire traîner car les experts sont débordés par les demandes bidons et c’est long.

Le procès à Evry s’est bien passé, l’escorte ne cherchait pas la merde. Mais il y avait beaucoup moins de monde qu’à Poitiers dans la salle, juste 8 personnes dont ma mère, accompagnée par (…) et (…). Sans surprise, le proc’ a demandé 1 an. Le délibéré sera le 8 décembre, là aussi il faut attendre. (…) m’a dit au téléphone qu’il y avait un compte-rendu sur le blog.

(…)

Pour moi, l’ambiance a évoluée depuis notre dernière lettre. Avec les filles c’est toujours correct même si je n’ai pas de vraie pote et que ça me manque. Avec les surveillantes que je vois au quotidien, ça s’est beaucoup calmé : au bout de 3 mois, elles ont compris que je n’était pas violente et que je pouvais leur parler normalement si elles ne se foutaient pas de ma gueule. Mais avec les chefs c’est de pire en pire. D’abord ils m’ont privé de téléphone avec (…, enfermé dans une autre prison) et ont refusé de s’en expliquer ; puis, par 3 fois, ils ont essayer de provoquer un CRI à 30 jours en étant violent ; puis ils ont été ignoble lors de ma dernière demande de condi ; ils ont même refusé un double parloir à ma mère qui ne vient qu’une fois par mois ; ils ne répondent jamais à mes courriers, font des crises d’autorité à la con, mettent les filles en garde contre moi…Pour illustrer ça je te joins un des échanges écrits (ils sont rare) que j’ai eu avec la directrice (cet échange est retranscrit suite à cette lettre). Je suis presque sure qu’ils vont refuser l’UVF qu’on va demander pour janvier avec mes parents. Bref, on revient aux usages habituels et ça me fais chier puisque j’étais arrivée à me faire comprendre des bleues de base (celle qui cherchaient la merde au début, comme leurs collègues syndiquées à FO à Épinal).

(…)

Christine

Échange de courrier interne entre Christine et la direction du CP d’Orléans-Saran :

Lettre de Christine :

POUR LA DIRECTION (reçu le 18 novembre 2015-CP Orléans-Saran)

Même si mes relations avec les surveillantes n’ont jamais été aussi peu conflictuelle depuis 3 ans, les provocations de la hiérarchie s’enchaînent : opposition à la condi, violence, mépris de mes proches, CRI bidons…

Toutes les échéances qui faisaient que c’était « pratique » d’être à Orléans sont tombées, UVF, visite médicale à la Pitié Salpetrière, procès à Poitiers et Evry.

Il est donc temps de mettre en place un 15ème transfert avant que ça dégénère comme je vous l’ai déjà dit dans de précédents courriers. Je ne vais pas attendre éternellement dans ce climat de mépris.

Ribailly

Réponse de la Direction (sur le verso de la lettre de Christine, reçu le 26.11) :

Madame,

Vous êtes reçue régulièrement par les chefs de bâtiments. Vous avez toujours eu réponse à vos courriers mais par le biais de l’officier.

Si les réponses apportées ne vous satisfont pas, j’en suis navrée mais ce n’est pas parce que vous n’avez pas les réponses que vous espérez que cela va changer quelque chose.

J’estime que l’officier a suffisamment répondu aux questions que vous me posiez, qui ne nécessitent pas une audience avec la Direction.

Vous devez apprendre à vous satisfaire des réponses que l’on vous apporte.

La Direction n’est pas là pour vous rencontrer au moindre problème que vous vous créez vous même par votre comportement.

Sandrine ARDUCA / Directrice des services pénitentiaires

Dimanche 18/10

Le procès à Poitiers a été reporté au 15 mars 2016. En fait l’avocat a découvert à l’audience qu’à cause d’un problème de photocopieuse, il n’avait eu une convocation que pour la moitié des faits pour lesquels j’étais poursuivie. Il a demandé à ce que les charges qu’il n’avait pas pu étudier soient abandonnées ; Bien sûr le proc’ a refusé mais il a dû accepter un report au nom du droit de la défense. On a eu une suspension de séance pour discuter avec David.

J’étais sceptique car les conditions me semblaient bonnes : escorte pas conne (« seulement » 3 gendarmes), présence des copains, juge unique avec une « bonne » réputation (même si elle s’appelle Facho), un seul maton présent bien qu’ils soient 5 plaignants, un avocat de l’AP qui semblait sénile… Mais David a eu raison de mes réticences en m’expliquant qu’avec un peu de chance ça serait reporté assez loin pour que la condi soit acceptée entre temps et que je comparaisse libre. Ensuite la juge et le proc’ sont partis négocier, ce qui m’a laissé le temps de parler aux copains à travers la vitre du box. Donc on remet ça dans 5 mois, soit plus d’un an après les faits…

La condi a été refusée à la CAP du 1er octobre. Mais il y a un débat contradictoire prévu pour le 10 novembre. David sera présent et j’ai un super dossier (contrat de travail en CDI, attestation d’hébergement…). Ceci dit, je sais qu’il ne faut pas rêver et que je risque bien de passer un 4e Noël en prison…

Le procès d’Evry, qui était prévu en juin, aura lieu le 17 novembre à 9h. J’avais espéré que le dossier soit perdu, mais non, raté… Par contre, la plainte que j’ai déposée moi contre l’AP n’est toujours pas audiencée : original… Là aussi David sera présent et il est plutôt confiant, mais là encore il ne faut pas rêver…

L’UVF avec mes parents s’est bien passé. Mais l’aménagement des UVF dans les taules Bouygues n’a rien à voir avec celui de Rennes où on avait vraiment l’impression d’être dans un gîte. Ici, pas un pet d’herbe et des barreaux aux fenêtres : on sait où on est… ! Ceci dit, j’ai pu faire un gros plat de pates avec des oignons frits, du lard et du fromage, mon plat préféré à la cabane, un truc qui tient au ventre des pâtres. Ça faisait du bien, même s’il manquait le canon avec !

Les soins de mon genou sont en route. Après l’IRM j’ai vu le médecin qui m’a dit qu’il faudra surement opérer… après une nouvelle extraction à l’hosto pour voir un chirurgien… qui ordonnera sûrement une extraction sur l’UHSI de la Pitié Salpétrière. Bref, il ne faut pas être pressée… Mais en attendant, j’ai de la kiné avec une femme sympa qui me propose des exercices à faire en cellule et à la muscu (vélo) et devrait me voir toutes les semaines. J’ai eu un premier RDV vendredi.

Aujourd’hui, la fille qui est au QI depuis un mois, après 12j au QD, devrait enfin revenir en bâtiment. Moi, j’ai eu un prétoire, mais je n’ai pas été au mitard. Ils ont encore 5 CRI en stock et je ne sais pas quand et comment ils les utiliseront… Tout est possible puisque, selon les équipes, c’est parfois détendu et calme, parfois franchement dans la provocation. Par exemple, j’ai pris 6 jours de QD avec sursis pour avoir écrit une lettre au directeur qui a été signée par 14 autres filles pour dire qu’on ne voulait pas que Dounia devienne malade de solitude au QI. Bien sûr, j’ai chargé David de faire un recours à la DI et ça ne peut pas ne pas être annulé, mais quand même, ça te laisse imaginer ce dont ils sont capables. Sans originalité, ils ont fait pression sur les signataires les plus faibles psychologiquement pour qu’elles se désistent et me désignent comme meneuse. Heureusement, aucune n’a menti en disant que je les avais forcé à signer.

Jeudi 2 septembre

J’ai été bien contente de recevoir de tes nouvelles. Mais K. m’avait déjà appris, grâce à un message sur RCF le dimanche (ben ouais, ici il n’y a que les culs-bénis qui s’occupent de nous permettre d’avoir des messages de dehors..) que tu avais fait le déplacement sur Alès…Si la situation n’était pas si merdique je serai fière de t’avoir fourni une excuse pour bouger…
Ici, ça ne se passe pas trop mal. Il n’y a pas de couilles avec les filles même si l’AP avait tout fait pour me coller une sale image avant même mon arrivée (direct au mitard). Mais bon, elles sont totalement institutionnalisées, pas combattives pour un sou, c’est plutôt triste. Avec la matonnerie, ça dépend énormément de l’équipe du jour. Certaines surveillantes cherchent la merde (sur, qu’elles sont encartées à FO !). D’autres plus intelligentes font bien gaffe à rester dans les clous pour éviter les conflits. Il y en même qui essayent le « on est dans le même bateau », je les détrompe mais ne cherche pas le conflit avec elles (elles ne sont pas mauvaises, n’ont juste aucune analyse politique).
Je m’ennuie un peu, moins que dans d’autres taules car on pas mal de promenade (3h/30 maxi jour), quelques activités (vivement la rentrée scolaire), un accès « facile » au sport et à la bibliothèque. Et puis surtout, même si c’est une super carotte entre leurs mains, il y a la possibilité d’UVF pour voir correctement mes parents. On espère passer 6 h ensemble et partager un repas en octobre.
Le 6 octobre, il y a le procès de Poitiers. Je sais que vous êtes mobiliséEs. J’ai confiance en mon avocat parisien. N’empêche le risque de prendre 1 an de plus est réel… Il n’y a toujours pas de date pour le procès d’Evry, mais on se garde bien de les relancer. Avec un peu de chance, la condi aura été acceptée avant de prendre encore du rab… Je n’ai plus d’espoir quant à la confusion, mon avocat lyonnais est aux abonnés absents depuis près d’un an.
Je me suis re-amoché le genou durant l’unique séance de sport où j’ai pu aller. Ca y est, je n’ai plus mal et n’ai plus besoin de béquilles. J’espère que ça sera l’occasion d’avoir enfin un suivi correct. La toubib ne m’a pas l’air pétocharde et elle a demandé un nouvel IRM. Mais bon, il faut bien compter 6 semaines.
Avez-vous sorti, à la CNT, la lettre à vos « camarades » de FO ? Avez-vous eu un retour ?
Est-ce que votre projet de journée autour de la répression carcérale et des luttes de taulardEs avance ? Bien sur, vous pouvez puiser dans tous mes écrits diffusés sur le net !
Je te remercie de ta proposition de m’envoyer des bouquins mais j’ai largement de quoi faire : je lis bien moins que quand je suis au mitard et j’ai un bon stock devant moi (apportés par K. ou envoyés par la poste).
Samedi prochain, je revois G. au parloir. C’est super frustrant car pour l’instant, et pour 15j, il travaille tout près d’ici mais on a le droit qu’à un seul parloir par semaine. Je l’ai vu il y a 5j et je ne le reverrai que le 12 septembre. Le 15, je reverrai ma mère (ça l’oblige à prendre le train et à passer 2 nuits sur place).
(…)

19 aout

Salut,

Aujourd’hui on est le 19 août et je t’écris depuis la MAF d’Orléans où je suis arrivée depuis une semaine.

(…)

Donc, après ce prétoire du 10, j’ai récupéré encore 7 jours de mitard à cause de revendications pour la promenade au QD. Mais ils ont bien veillé à ne pas me permettre de démontrer à mes voisines qu’on avait gagné. En effet, le 11 à 9h, les ERIS étaient là pour le transfert. Bien violent, comme la dernière fois, mais cette fois il y avait 3 heures de route : c’est long avec les serreflex dans le dos…Je te joins le rapport que le CGLPL (Contrôleurs Généraux des Lieux de Privation de Liberté) a fait après sa visite du 3/08 et a envoyé à moi mais aussi à l’OIP que j’avais également branché. Tu as toutes les infos pour comprendre leur perversité.

Ici, je suis donc arrivée direct au QD. C’est une des prison 13000, ces taules Bouyges modernes et tristes à mourir, pleines de caméras et de sas, sans herbe et avec la douche en cellule.

Depuis dimanche, je suis en batiment. A la MAF, on est 25 nanas et il n’y a pas de surpopulation, presque toutes sont seules en cellule. Avec les voisines, ça va, elles n’ont pas été contaminées par la paranoïa de l’AP. Il y a accès au sport facilement et je vais me remettre au rameur. Surtout, la « bonne nouvelle » c’est qu’il y a des UVF. Alors j’espère qu’ils seront un peu résistants et que je pourrai recevoir mes parents correctement avant qu’ils me transfèrent à nouveau…

ÉVRY – Christine en procès le 17 novembre

Les chiens de garde de Fleury-Mérogis en remettent une couche.

(report de l’audience du 29 juin)

 

Incarcérée depuis novembre 2012, Christine purge plusieurs peines écopées ces dernières années suite à de multiples insoumissions à l’autorité de différentes institutions (flics, Administration Pénitentiaire, institution psychiatrique,..). Tous ceux qui, quotidiennement, ont pour rôle de réguler et réprimer nos vies, d’assurer le contrôle social. À l’intérieur, Christine ne faiblit pas et continue de résister. Régulièrement en conflit avec l’Administration Pénitentiaire (AP) et son personnel, elle se bouge contre ce qu’elle ne supporte pas : par exemple le fichage à l’entrée en détention, et les fouilles et palpations corporelles répétées. En réponse, l’AP et la justice ne manquent pas de moyens pour, chaque jour, tenter de la broyer un peu plus.

Mardi 17 novembre, à 9h, Christine sera jugée par le tribunal d’Évry pour quatre chefs d’inculpation de violences sur cinq matons de la Maison d’Arrêt des Femmes (MAF) de Fleury Mérogis. Il s’agit du report d’un procès initialement prévu le 29 juin. l’audience avait été reporté suite à une erreur de procédure soulevée par l’avocat de Christine.

Fin juin 2014, quand elle arrive à la MAF de Fleury Mérogis en transfert disciplinaire depuis Rennes, ce n’est qu’en transit, le temps qu’une place se libère au Centre de Détention de Poitiers-Vivonne. (voir ici sur son parcours)

Comme ailleurs, à son arrivée, elle refuse de donner ses empreintes, de prendre la carte de circulation et refuse aussi toute fouille ou palpation injustifiée [1]. La réponse de la matonnerie est directe, violente et sans concession. Elle est directement envoyée au mitard. A partir de là, elle n’en sort, à chaque fois, que pour quelques jours, voire les seules 24h légales[2], le temps qu’une autre commission de discipline ait lieu et l’y renvoie. Christine ne manque pas de se faire molester (plusieurs points de sutures à l’index dès son arrivée). À chaque retour au mitard, la fouille à nue obligatoire se transforme en une mêlée où une dizaine de matons s’affairent à forcer Christine à se déshabiller, quand ils ne lui arrachent pas littéralement ses vêtements. En plus de servir de sanction, le placement au mitard permet à l’AP de maintenir Christine isolée des autres détenues. Pas question de donner le « mauvais » exemple ! En effet, durant les quelques jours passés en détention normale, elle est la seule à sortir en promenade sans carte de circulation et sans palpation.

Une petite victoire que l’AP et ses matons vont faire payer cher à Christine.

Le 25 septembre, elle est placée en garde à vue afin d’être entendue à propos de plusieurs plaintes pour des soit disant violences sur des matons de Fleury. Le 29 juin c’est le tribunal d’Évry qui la jugera sur ces plaintes.

En trois mois passés à Fleury, Christine aura passé 87 jours au mitard.

Aujourd’hui, après de nouveaux transferts disciplinaires, elle est incarcérée au Centre Pénitentiaire d’Orléans-Saran. La treizième taule depuis le début de son incarcération, toujours dans la moitié nord de la France, le plus loin possible de sa famille et de ses proches. Elle continue à être maintenue la majeure partie du temps au QD. Sa demande de libération conditionnelle a été refusée. Des matons continuent de porter plainte contre elle après l’avoir cognée ou humiliée, pour défendre leur sale corporation et tenter de se grappiller un treizième mois. Et à la finale, c’est la date de libération de Christine qui continue toujours de s’éloigner.

Parce que le rapport dans lequel Christine se débat n’est pas un rapport individuel entre elle et les institutions, mais bien un rapport social fait d’exploitation et de domination que nous subissons tous quotidiennement,

Parce que ces même institutions mettent tout en place pour nous maintenir divisés et isolés,

Parce que, dans un tribunal ou dans une taule, un peu de solidarité peut redonner du courage ou appuyer un rapport de force trop souvent en notre défaveur,

SOYONS NOMBREUX À SOUTENIR CHRISTINE

FACE À LA JUSTICE ET L’ISOLEMENT CARCÉRAL.

RDV MARDI 17 NOVEMBRE 2015 À 8H30

devant le Tribunal d’Évry (rue des Mazières)

D’ici là et après, pour lui écrire, voici son adresse à Épinal:
Christine RIBAILLY, écrou 2824, MAF – CP d’Orléans, RD702 – les Montaubans, 4024 ancienne route de Chartres, 45770 SARAN

 

Pour plus d’informations sur la situation de Christine et lire des extraits de courriers :

http://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/

 

 

 

NOTES :

1/ Bien que la loi pénitentiaire de 2009 interdise théoriquement les fouilles systématiques des détenus, à Fleury comme dans de nombreuses autres taules, à chaque arrivée au Quartier Disciplinaire (QD) et chaque retour de parloir, les détenues son fouillées à nu. Et d’une manière générale chaque sortie de cellule est conditionnée à une palpation corporelle. La formulation du texte de loi est suffisamment floue pour que chaque taule s’en accommode à sa guise.

2/ La même loi de 2009 limite à 30 jours la période maximale des placements en QD. 24h de pause suffisent pour rembrayer sur une autre période de mitard.

 

 

 

_______________________________________________________________________________

Ci-dessous, un récit de Christine sur cette période passée à Fleury-Mérogis

 

FLEURY MEROGIS

Je suis arrivée début juillet (je ne me souviens d’aucune date par cœur et je n’ai pas mon cahier avec moi) à Fleury, en transfert-transit entre Rennes et Vivonnes (2 CD [Centre de Détention]).Retour ligne automatique
Comme d’habitude, à l’arrivée, je refuse de donner mes empreintes au greffe. Je leur explique calmement « Soit vous rester calmes et on règle ça dans une semaine avec un prétoire où je ne risque pas plus de 7 jours ; soit vous me les prenez de force, on risque de se faire mal, ça va compliquer tout le reste de la détention ici et, de toutes façons, vous n’aurez rien d’utilisable ». Ils choisissent la force, ce qui donne une photo assez comique et pas d’empreintes palmaires. Je résiste mais ne me débat pas. Arrivée à la MAF [Maison d’Arrêt Femmes], en camion vu la taille de la taule, un chef vient me dire que je vais direct au mitard. Je lui dit qu’il va avoir du mal à le justifier mais que j’accepte. Je suis encore menottée, il y a des agents avec l’équipement pare-coups (casques, plastrons, etc.). Je redis que je vais y aller seule mais ils veulent me tenir. Du coup, je me débats et ils m’y portent de force. Là, je refuse la fouille et je rue comme je peux pendant qu’ils me pelotent.Retour ligne automatique
Le prétoire 2 jours plus tard est annulé car, comme je l’avais prévu, il n’y a pas de justificatif de mise en prévention. Je vais au QA 3 jours puis ils le refont correctement. Je prend 7 jours de QD [Quartier Disciplinaire (« mitard »)]. Durant la GAV [Garde à vue], presque 3 mois plus tard, ils me diront que 2 surveillantes ont été blessées (2 et 3 jours d’ITT) lors de la fouille. C’est la première affaire de violences.

[…]

(Lire la suite sur ici)

 

Poitiers, Procès de Christine qui résiste en prison contre l’arbitraire et pour la liberté

Le 28 avril 2015, Christine Ribailly devait être extraite de la prison de Strasbourg afin de comparaître au tribunal de Poitiers pour y répondre d’ « incidents » survenus à l’automne 2014 quand elle était incarcérée à Vivonne. Pour des raisons qui ne lui appartiennent pas, Christine n’a pas été transférée ce jour-là et son audience remise au mardi 6 octobre 2015 à 13h.

« […] il arrive que des condamnés commettent le crime de parler… »

A.M. Jacob

Le 28 avril 2015, Christine Ribailly devait être extraite de la prison de Strasbourg afin de comparaître au tribunal de Poitiers pour y répondre d’ « incidents » survenus à l’automne 2014 quand elle était incarcérée à Vivonne. Pour des raisons qui ne lui appartiennent pas, Christine n’a pas été transférée ce jour-là et son audience remise au mardi 6 octobre 2015 à 13h.

Isolement, éloignement familial, transferts disciplinaires, fouilles à nu, violences, quartiers disciplinaires, humiliations… Pour les près de 70 000 prisonniers en France, chaque journée passée en prison est un défi face à l’Administration Pénitentiaire (AP). Forte d’une multitude d’outils et de dispositifs tant violents qu’insidieux, l’AP encadre l’atomisation des prisonniers et orchestre la répression de leurs résistances. Pour n’en citer que quelques exemples :

  •  casques, boucliers, équipes d’intervention anti-émeute (ERIS)
  •  sédatifs et anti-anxiolytiques
  •  chantages à la possibilité d’avoir accès à des remises de peines, activités, parloirs, UVF (Unité de Vie Familiale), … qui deviennent des faveurs à quémander à l’AP,
  •  organisation de l’espace qui vise l’atomisation des détenus (cellules d’isolement, quartier disciplinaire, segmentation par de nombreuses grilles d’accès, TV/douche/repas en cellule et donc seuls…)

Aspirateur social, prison de la misère, machine à broyer, entreprise de déshumanisation, les mots n’ont jamais manqué pour désigner la prison, la taule. Des paroles de prisonniers aux enquêtes de l’Observatoire International des Prisons en passant par les témoignages des familles et proches de détenus, les conclusions sont les mêmes : la prison détruit l’être social.

Résister en prison, c’est y survivre, c’est exister.

Au centre pénitentiaire de Vivonne en décembre 2014, les détenues du quartier femmes rédigent une plate-forme de revendications collectives (voir au dos) où elles expriment leurs frustrations et aspirations immédiates dans le cadre de leur détention. C’est dans ce contexte d’expression collective que l’Administration pénitentiaire de Vivonne décida de porter plainte contre Christine qui comparaîtra ce mardi 6 octobre pour outrage, violence et rébellion.

Face aux institutions, ne pas se laisser piétiner et tabasser est trop souvent synonyme d’ « outrage, violence, menace »…

En prison, en plus de l’insupportable privation de liberté, les situations de confrontation et d’humiliation sont le lot quotidien des prisonniers face aux agents de l’administration pénitentiaire et leurs supérieurs : refus de promenade, de séances de sport, fouilles diverses et multiples, problèmes de courrier ou remarque déplacée, palpations, annulations de parloir… D’autant plus que « les matons disent qu’ils ne font que respecter la loi. […] Mais c’est rarement le cas. »

Alors à chaque manquement à ses droits ou provocation, que Christine soit elle-même concernée ou que l’une de ses codétenues soit visée, elle réagit avec la même ardeur et, en retour, essuie des sanctions. Christine a ainsi passé la moitié de ces deux dernières années en quartier disciplinaire ou à l’isolement, et subi treize transferts d’établissement. Certaines confrontations mènent à des insultes ou affrontements physiques… A plusieurs reprises, Christine a porté plainte contre des surveillants : ses plaintes n’ont jamais été retenues. À plusieurs reprises, des surveillants ont porté plainte : ils y ont gagné du fric et de nouvelles peines pour Christine. En deux ans d’emprisonnement, Christine a ainsi accumulé plus d’une année d’incarcération supplémentaire à sa peine initiale (elle-même le fruit d’« outrages, violences et rébellions »).

Sans notre soutien, les prisonniers et leurs combats

face à l’Administration pénitentiaire sont écrasés dans le silence.

 

Soyons nombreux mardi 6 octobre 2015 à 12h devant le tribunal de Poitiers (Place Alphonse Lepetit)

LISTE DE REVENDICATIONS DES PRISONNIÈRES DE LA MAISON D’ARRÊT DES FEMMES DU CENTRE PÉNITENTIAIRE DE POITIERS-VIVONNE

Décembre 2014

Comme ailleurs, nous voulons :

  • Des payes correctes, tant aux ateliers qu’au service général
  • La suppression des QI et des régimes différenciés au CD
  • Les portes ouvertes en MA et/ou le téléphone en cellule
  • La mise en place systématique des aménagements de peine sans délais et des transferts en CD dès la condamnation
  • La facilitation du téléphone, des parloirs et des UVF avec nos proches, enfermés ou non
  • La fin des fouilles systématiques et/ou punitives
  • Les repas appétissants : marre de manger du plastique !Localement, nous demandons :
  • Des conditions dignes à la nursery : arrêt des réveils nocturnes, une cour avec de l’herbe, des temps de socialisation pour la maman…L
  • ’accès à l’école pour toutes : fin des refus avec la fausse excuse de la mixité
  • La télé à 8 euros par mois : alignement sur la loi, comme dans les prisons publiques (18 euros ici pour Eurest)
  • La fin de l’interdiction des apports aux parloirs (livres, disques, produits d’hygiène…) : on n’est pas là pour enrichir les cantines privées
  • L’ouverture d’une salle de convivialité : elle doit être systématique quand la météo est mauvaise car il n’y a pas de préau dans la cour
  • Plus d’activités : actuellement, il n’y a que « bricolages en papier » et « fitness », 2h. par semaine
  • L’accès au terrain de foot : seuls les hommes y ont droit
  • La gratuité du courrier interne : on doit timbrer les lettres pour le quartier hommes

(Ces demandes sont toutes réalisables dans l’état actuel de la législation)

« Nous avons donc affiché la liste de revendications le jeudi 13 sur le tableau des notes de services. A notre surprise, la feuille manuscrite y est restée quatre jours ! Mais nous n’avons eu aucun retour. Je l’ai donc expédiée à la direction qui n’a pas fait plus de commentaires. Alors nous avons fait une lettre, extrêmement polie, pour demander l’ouverture d’une salle aux mêmes heures que les promenades. Elle a été signée par toutes les filles de la MAF. Quand elle a été remise à la chef, j’étais déjà au mitard [NDLR : sanctionnée pour un refus de fouillà nue ].

J’ai appris que le chef de bâtiment avait convoqué toutes les filles une par une dans son bureau pour leur faire peur en disant que les revendications collectives étaient interdites. Bien sûr, ils n’ont pas osé mentir ainsi aux Basques et à moi. En effet, ce qui est passible d’un CRI (compte-rendu d’incident), c’est « une action collective mettant en danger la sûreté de l’établissement », ce qui n’est pas notre cas. Au contraire, la loi de 2009 incite l’AP à consulter les détenus sur les activités qui leur sont proposées. Il en a profité pour leur dire aussi que c’était interdit de me saluer en criant (et comment peut-on faire autrement avec le béton qui nous sépare ?). Donc depuis quinze jours, seules les Basques me parlent. Bref, c’est l’attitude classique de l’AP… »

Christine, 11/12/2014, MAF de Vivonne

Voir le site du journal anti-carcéral (envoyé gratuitement aux prisonniers sur demande) : http://lenvolee.net/

Pour des lettres, infos et nouvelles de Christine : https://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/

Metz (juillet / aout 15)

Dimanche 9 août 2015

Salut !

(…)

La bagarre pour obtenir la promenade « à l’air libre » au QD de Metz (tant coté hommes que femmes) continue. J’ai fait quantité de courriers et certains ont payés car lundi dernier j’ai été appelée pour rencontrer 2 déléguées du CGLPL (Contrôleurs Généraux des Lieux de Privation de Liberté). Mais je saurai demain si la direction a décidé ou non de rester hors la loi. En effet, durant les peines de mitard précédentes (3 jours+12 jours+14 jours), j’ai fait des refus de réintégrer quotidien et ça passe en CDD demain : je risque donc 14 jours à nouveau.

A l’UHSA, on avait 6 sortie d’1/4 d’heures dans la journée pour fumer la clope puisque c’était impossible en cellule (qu’ils appellaient « chambre »). La première était à 8h, après le petit dej’, la dernière à 19h30. A Bron, il y a 3 ans, c’était seulement 3 fois 20 minutes par jours, ce qui était insuffisant et qu’ils compensaient par des patch de nicotine.

Là, je viens de passer une semaine de détention « normale », mon record à Metz. J’ai pu aller au sport mais le rameur est cassé. Il y a aussi eu une activité de 2 fois 1h30 et j’ai fabriqué un chouette petit nounours pour ma nièce. J’ai eu 2 heures de promenade collective par jour (9h-10h et 14h-15h ou 10h-11h et 15h-16h) où j’ai vu un maximum de 7 autres filles car ils séparent les ailes. Je n’ai pas trouver de potes, mais je discute en un ? Rigolo fait de français, d’allemant et d’espagnol avec une gitane serbe et une russe et c’est plutot sympa. La population de la MA est très majoritairement faite de nanas paumées et/ou toxicos, influencables sur l’instant mais difficile à politiser.

Ainsi, notre lettre collective pour obtenir des douches tous les jours et plus de promenades durant la canicule a été traitée simplement par ma mise au QD sous un pretexte bidon et le pourrissement. Quand j’ai voulu relancer la machine après 12 jours de mitard, des filles m’ont insultées dans la même logique que ce que l’AP avait fait à Epinal. Je suis dans l’aile la moins peuplée et la moins francophone pour ne pas pouvoir avoir trop d’influence. A chaque ouverture de cellule, il y a 2 matonnes et un bricard, donc je vais souvent à la douche seule, en décalé.

Ce qui me choque le plus c’est l’empressement de l’aumonnerie chrétienne (tant catho que protestante) à s’associer à cette volonté d’humiliation de a part de l’AP. En dépit de la loi, les aumoniers refusaient de faire ouvrir la grille au QD pour me rencontrer. L’aumonière protestante est allé jusqu’à me citer un passage de l’évangile de Paul : « les justes n’ont rien à craindre des magistrats, les méchants seront punis. En effet, nul ne doit s’opposer aux autorités car elles représente la volonté de Dieu » (je te résume le truc de mémoire) ! Ah, l’alliance du sabre et du goupillon…éternelle !

La rencontre avec l’imam a été bien plus sympa, mais c’était durant cette semaine et il n’avait pas à prouver qu’il me recevait correctement. On verra la semaine prochaine…

A propos de la promenade au mitard, il y a quand même une différence entre le QH et le QF. Les mecs ont droit à 2 « promenades » par jours dans cette cellule vide, une le matin, une l’après midi, soit 3 heures par jours selon le reglement interieur. Nous, c’est juste une heure, de 8h à 9h. Durant les 14 derniers jours, ils se sont même amuser à m’apporter le courrier qu’à la gamelle du soir (entre 17h et 18h selon la disponibilité du bricard) alors qu’il est distribué vers 13h30 aux filles en cellules.

(…)

Le 4 août, j’ai pu voir ma mère et ma soeur durant 1h40 au parloir, (…). Le 18 je vais voir une pote de retour de vacances (…). C’est tellement loin de venir me voir que c’est toujours cumulé à une autre occasion de sortir de Provence. Et la France est organisée de telle façon, qu’à moins qu’ils m’envoyent à Toulouse ou à Bordeaux, il faut toujours passer par Paris. Ça permet à mes parents d’aller voir assez souvent ma grand-mère qui vieillit très mal. J’aimerai bien la revoir un jour, mais rien n’est moins sur…

Une demande de condi est en route mais mon SPIP est en congé depuis 4 semaines. Comme la dernière fois, j’ai tous les papiers qu’il faut, mais je crains que cela ne suffise pas… ça devrais être examiner au plus tard le 1er novembre, quelle que soit la taule ou je serai à ce moment là.

(…)

Lundi 3 août 2015, Metz

[…]

Ce matin, alors que j’étais en promenade avec les autres filles (je faisais voir les photos du troupeau à I et on bossait du vocabulaire qui ne lui servira à rie ici!), j’ai été appelée pour voir 2 nanas déléguées du CGLPL. Elles m’ont dit qu’elles avaient fait le déplacement de Paris car elles savent qu’ils mettent beaucoup de temps à me répondre et ne voudraient pas que je sois en colère car cette lenteur les agace aussi. On a fait le point sur les bagarres où je leur avais demandé de l’aide. Et surtout, elles ont été voir la « cour de promenade » du QD. Elles ont reconnu, un peu piteuses, qu’elles n’avaient pas épinglé la direction sur ça lors de leur dernière visite, même si elles ne « validaient » rien. Deux heures plus tôt, j’avais fait partir un courrier à la DI où c’est ce que j’expliquais. Bon, en tout cas, ça avance et même si moi je n’en profiterai pas (à cette heure, je n’ai pas eu de convo pour un prétoire, mais pas non plus d’infos sur un transfert), ça payera un jour !

[…]

Je t’embrasse. Salue tous ceux qui le veulent.

Mercredi 29 juillet 2015

[…]

Ne t’inquiètes pas pour mon genou, ça fait des mois que je n’ai plus mal (début décembre 2014). Mais l’IRM a relevé des petites lésions et je veux être capable de courir derrière les brebis quand ils me lâcheront enfin. Depuis 1 an, je n’ai guère fait de sport à cause du QD à répétition alors je ne sais pas s’il tiendrait sur un effort prolongé. C’est bien qu’il y ai enfin ce RDV prévu mais je croise les doigts pour que ça ne soit pas le 4 au matin quand MJ et L viendront au parloir !

Le transfert semble remis à plus tard. J’ai eu la visite il y a une heure d’une briscarde qui me sortait 3 CRI du chapeau pour les refus de réintégrer le mitard quotidien sans promenade au QD. S’ils comptent faire une CDD c’est qu’ils pensent me garder un moment à Metz encore… J’espère quand même qu’il y aura une pause et que je pourrai t’appeler le lundi 3 au matin vers 10h comme prévu. […]

Ici, il fait nettement moins chaud. Je dois remettre la polaire dans la journée et la couverture la nuit. J’espère que c’est plus respirable aussi à Alès.

A bientôt, Bises

Christine

Jeudi 23 juillet 2015

[…]

Je n’ai pas encore été en GAV pour « l’incendie ». [la menace à Strasbourg] s’est dégonflée… Je m’emmerde tellement au mitard (et il va y avoir 2 week-end sur cette peine, donc 4 jours sans courriers…) qu’une journée de GAV ne me déplairait pas. Les gendarmes sont en général plus réglos que les flics, mais ça fait une « sortie »…

J’imagine qu’il doit faire bien chaud à Alès. Courage ! Ici ça a été très dur 5 j début juillet. Maintenant c’est supportable. […]

J’ai branché l’OIP et le Défenseur des droits à propos de l’absence de promenade au QD de Metz (tant au QF qu’au QH). J’ai aussi écrit au CGLPL. Mais je sens que ça va être long car la direction a choisi le mépris. Ils m’ont dit qu’ils ne mettaient plus de CRI quand ils me portaient pour me remettre au mitard après 1h de « promenade » dans la cellule à côté, tous les jours à 9h. Est-ce vrai ?

Ce qui est sûr, c’est que la revendication pour avoir les douches quotidiennes n’aboutira pas. Quand je sortirai du QD, ça fera 1 mois qu’on aura rédigé la lettre collective, 20 % des filles auront changé (on est en MA, pas en CD) et la météo aussi. Et même si je proposais un refus de réintégrer (où je serai seule à risquer le QD), ça ne prendrait pas, les filles sont trop institutionnalisées. Et puis, bon, j’ai déjà la bagarre pour la promenade au QD sur le feu, je peux pas tout faire toute seule…

[…] Bon, allez, puisque tu aimes les blagues, je finis sur une traditionnelle :

C’est un gars qui s’emmerde en cellule en attendant la distribution du courrier. Enfin, il arrive et le gars ouvre la lettre :

«  Cher fiston,

j’espère que tu vas bien, que tu es en bonne santé.

Moi ça va. Mais, à la ferme, il y a beaucoup de travail. Le voisin va labourer la grande terre avec son tracteur. Mais il dit que la parcelle derrière la grange est trop petite. Il va donc falloir que je la fasse au motoculteur et ce n’est plus de mon âge. Toi, bien sûr, tu serais capable de la faire à la main !

Je ne devrais pas te dire ça car je sais que tu préférerais être ici, à travailler. Mais, que veux-tu, il ne fallait pas faire le con !

Je t’embrasse et viendrai au parloir dans 2 semaines.

Papa »

Aussitôt, le gars prend son stylo et écrit :

« Cher Papa,

surtout ne touches pas à la petite parcelle derrière la grange ! C’est là que j’ai enterré toutes mes affaires ! Bises »

Le lendemain, le vieux voit débarquer à la ferme quantité de voitures bleues. Il y a les gendarmes, mais aussi la scientifique et le groupe cynophile. Il y a énormément de monde. Ça crie, ça se bouscule. Ils sortent les détecteurs de métaux, les pelles, les pioches, les balayettes, les chiens. Ils trafiquent derrière la grange. Les hommes creusent, les chiens grattent, tout le monde crie. C’est assez effrayant, très remuant et bruyant.

Le vieux, un peu affolé par ce déploiement, décide de les laisser faire et siffle son chier pour aller faire une petite ballade. Au portail de la ferme, il voit qu’il y a du courrier dans la boîte. D’habitude, le facteur lui remet en mains propres et ils boivent un godet ensemble, mais il a du avoir peur de ce déploiement de gyrophares bleus lui aussi… Alors le père ouvre la boîte et y trouve une lettre du fiston :

« Papa,

je pense que maintenant les labours doivent être finis partout et la petite terre bien retournée.

Tu peux toujours compter sur moi : je serais toujours un paysan et à tes côté.

Bises »

Bises aussi à toi, à bientôt.

Mercredi 22 juillet 2015, Metz

[…] le 5 juillet, au plus fort de la canicule, on a rédigé une lettre collective au QF pour réclamer des douches tous les jours et plus de promenade. La direction a choisi le mépris et n’a pas répondu. Durant ma petite pause de QD, le 19, on a fait une autre lettre, plus ferme, exigeant une réponse cette semaine. Ils doivent être bien contents que je sois au mitard pour ne pas avoir à gérer un refus de réintégrer la promenade à 16h vendredi… Les filles ne feront rien si je ne les pousse pas et, d’ici, ce n’est pas facile. Et puis, je suis déjà en train de me battre pour la promenade au QD… Les menaces et pressions ont déjà eu lieu sur les filles : 15 signataires à la 1ère lettre, 7 à la 2ème…

[…]

Mardi 21 juillet 2015

Salut !

J’ai reçu aujourd’hui copie d’une lettre adressée à tout un tas d’enfermeurs par un groupe « enfin pisser dans l’herbe ». […]

Je suis d’accord à 100 % avec ce qui a été écrit. J’apprécie autant le fond que la forme (l’absence de salutations finales par exemple). Ca été du bon travail d’arriver à exprimer autre chose que du dégoût et des basses insultes contre FO et Vosges Matin après avoir reçu leur merde. […]

Quadn j’ai appris vendredi 11 juin, en croisant des filles en allant téléphoner (la cabine n’est pas au QD), que cet article était sorti le 9, je leur ai demandé de me le faire passer. Mais le lundi 14, elles ne l’avaient pas laissé sous la douche. J’ai donc écrit le 15 à Vosges Matin pour leur en demander une copie et ils n’ont jamais répondu. [http://www.vosgesmatin.fr/edition-d-epinal/2015/06/09/une-detenue-qui-pousse-a-bout-le-personne ] […] puis j’ai reçu la copie chopée sur internet […]. J’ai fait quelques courriers internes aux filles pour leur dire qu’elles avaient été manipulées. J’ai aussi lancé quelques insultes à des matons encartés FO. Bref, l’info complète a été très longue à m’arriver. […]

Sinon, comme vous le savez peut-être, j’ai pris 14j pour un « incendie » après 8j pour une « inondation » et il y a un paquet de CRI en stock pour « refus de réintégrer ». Tout ça pour réclamer le minimum : 1 heure à l’air par jour, même dans une cour bétonnée et surmontée de films anti-hélicoptère. Je maintiens la bagarre en essayant de ne pas leur laisser la possibilité de m’envoyer encore au pénal. La directrice m’a fait comprendre que je ne m’éterniserais pas dans cette MA.

J’aimerai quand même avoir mon extraction médicale à l’hosto de Metz pour mon genou avant de dégager… Elle était prévue à Poitiers il y a 6 mois, puis refusée (pas l’extraction, l’examen) à Strasbourg, puis trop tardive à Epinal. L’UCSA m’a dit que « ça sera avant fin août », c’est déjà une indication sympa de leur part.

Pour finir sur une note littéraire, j’ai lu « Zonzon » de Guyard dans la nuit. C’est bien sympa, du bon polar. Ça m’a fait penser au film « Le Prophète », en plus drôle : fiction, prison, polar, crédibilité. Guyard doit même venir en parler ici (mais au QH, bien sur!) un de ces quatre.

19 juillet

Salut à toi !

(…)

Je suis désolée des galères de Nabil. J’espère que les conditions de détention sont plus vivables en Espagne qu’en France et qu’il aura vite ses permis de visite. J’espère aussi que pendant ce petit temps à l’air libre il n’aura pas chopé de nouveaux chefs d’inculpation. J’ai entendu dire qu’en Belgique le délit d’évasion n’existait pas car tout homme est en droit de chercher la liberté. bien sur, ils contournent en accusant de « prise d’otage », « violence », « dégradations de biens publics » ou autre, mais pour une évasion « propre » ( un échange lors d’un parloir ou un non retour de perm par exemple), n’est pas punissable en sus. Mais peut être est-ce une légende ?

(…) Dans 2 semaines, je verrai ma mère et ma sœur. Étant donné la distance, on devrait avoir à nouveau une prolongation.

Quand je suis arrivée à Mets, ils ont fait très fort sur la stigmatisation pour m’isoler des autres filles ( ici, il n’y a pas de QI). Mais ils en ont trop fait et se sont ridiculisés en intervenant à 12 agents dans la cour où une me cherchait la merde alors que je ne l’avais pas menacée et qu’on ne c’était pas touchées. Ils m’ont mise au mitard en prévention et je n’ai pris « que » 5 jours.

Mais ici, et c’est la seule taule où j’ai vu ça, il n’y a pas de cour au QD pour la promenade. Ils nous mettent une heure par jour ( de 8h à 9h, ce qui ne coupe pas la journée) dans une cellule vide à coté. J’ai refusé, j’ai essayé d’expliquer mais ils n’ont rien voulu entendre et osent affirmer que cette « cour fermée » a été homologuée par le CGLPL.

Le 1er jour, j’ai déclenché l’alarme incendie, le 2ème j’ai provoqué une inondation, ensuite je les obligeais à être 4 ou 5 pour me rentrer au mitard a 9h, tout ça en signe de revendication. j’ai aussi écrit au Défenseur des droits ( j’ai rencontré la déléguée lors de sa permanence le 15 juillet), au CGLPL et à l’OIP. Il y a déjà eu des retours selon la direction.

J’ai pris 8 jours de plus pour l’inondation, jusqu’au jeudi 16. Je repasse demain au prétoire pour 3 autres CRI ( les refus de réintégrer ont été classés sans suite m’a dit la directrice quand elle est venue me voir au QD le 15 au soir). J’ai comme dans l’idée que je vais prendre du confinement demain car ils savent que je continuerai à bloquer la « promenade » au QD et qu’ils vont vite se faire taper sur les doigts…je vous tiendrai au courant…

La directrice m’a fait comprendre qu’elle ne serait pas déçue si j’étais vite transférée. Ma foi, moi non plus… surtout si c’est pour un CD avec des UVF ! Je pense aussi que cane va pas traîner car j’ai entraîné les filles à revendiquer des douches quotidiennes et 3h de promenade par jour en cette période de chaleur. Ils ont bien compris que des que je ne serai plus là ça redescendra comme un soufflé : c’est le même type de population qu’à Epinal ou à Strasbourg, des toxicos influençables.

Et puis, ça leur coûte cher en énergie, à l’AP, d’essayer de me faire passer pour dangereuse. Ils doivent être au moins à 3, dont un chef, à chaque fois qu’ils ouvrent la cellule ou que j’ai un mouvement.

Non seulement ça ne prend plus avec les filles, mais ce WE on y a gagné 1/2 h de promenade, le temps que le surnombres soient disponibles 🙂

Par contre ça a bien pris avec les toubibs, ( UCSA ou SMPR) et les aumôniers qui refusent de faire ouvrir la grille pour me voir au QD.

Ils ont même dit à l’avocat commis d’office pour le prétoire du 7 qu’ils ne me démenotteraient pas pour notre entretien en tête à tête ! Et ce con a accepté… Alors j’ai sorti la main du bracelet pas trop serré quand on était tous les 2.

Et pour le prétoire du 9, il leur a bien dit d’arrêter leurs conneries et ça a été entendu…

Enfin bon, tout ça pour dire que quand ils veulent jouer la parano, il n’y a plus qu’eux qui y croient… Et c’est à nous que le JAP demande des attestations de suivi psy…

J’ai lu le bouquin que tu m’as envoyé en 3 heures [ bouquin écrit par une femme assesseur civile en commission disciplinaire dans les prison qui raconte son expérience]. J’ai été bien moins choquée que toi par la personnalité de l; auteur. Bien sur c’est une bourgeoise bien pensant, mais ça fait 2 ans 1/2 que je ne vois que ça ( ou alors des pervers violents) et ça ne me choque plus. E puis je suis sure qu’il y en a énormément comme ca dehors aussi. J’ai même trouvé que c bouquin avait du bon car cette naïve cite plusieurs textes de lois qui peuvent nous être utiles, un peu comme le guide de l’OIP. J’ai donc décidé de l’offrir à la biblio du QF après avoir corrigé 3 petites fautes dans la marge.

# on ne peut pas porter de polo bleu marine, n’en déplaise à cette amatrice de mode qui détaille nos fringues

# il n’y a pas de frigo au mitard

# si des avocats ne mettent pas leurs robes au prétoire ce n’est pas forcément un manque de respect vis à vis de nous, mais pour signaler au directeur qu’il n’a pas le droit à la déférence due aux juges puisqu’il n’en est pas un.

Vers la fin du livre, elle dit que les avocats gagnent 88 euros par prétoire et elle plus de 40 euros (…) pour 2 ou 3 heures à casser du taulard. Moi je sais par expérience que rares sont les baveux comme les assesseurs qui ont le courage et l’expérience nécessaires pour ne pas se faire manipuler par l’AP : j’en ai formé quelques uns…

Pour finir sur ce livre, il m’a fait penser à un autre « témoignage de personne humaniste qui explique aux gens biens la misère des taulards ». « dans la peau d’un maton « que j’avais trouvé à la biblio de Strasbourg sur les conseils d’une fille qui me disait « les pauvres surveillants, ils ne font pas un métier facile parfois »…

Bon allez, j’arrête les commentaires littéraires, surtout vu la qualité des bouquins en question !

(…) J’imagine que vous devez avoir bien chaud en ville. Ici, on a eu 5 jours très durs, mais maintenant c’est supportable. heureusement, moi je suis seule en cellule, alors si je veux me mettre à poil ou mouiller mon t schirt, ça ne gêne personne.

Allez, bon été à vous, à la prochaine.

Jeudi 9 juillet 2015

Salut !

J’ai été bien contente de notre parloir de ce matin. Depuis le temps qu’on l’attendait… ! C’est vrai que c’est dur de gérer le temps quand on sait qu’il est compté. […]

Je suis donc retournée au mitard à 11h15, après une fouille à nu comme je l’avais prévu bien qu’elle ne soit pas justifiée. Je n’ai pas voulu lutter sur ça, j’ai juste râler un peu pour la forme, car je savais que tu étais bloquée dans ce box depuis déjà presque 3h. Au mitard, j’avais le Canard Enchaîné cantiné durant les 4j de pause, le tabac (mais je me suis trompée dans la commande et je devrais faire cette semaine avec des cigarillos) et la gamelle. Mais toujours pas le Voltarène que je demande depuis qu’ils m’ont tordu le bras dimanche soir !

Peu après, ils m’ont remis une lettre que la directrice a faite au proc’ de Metz le dimanche 5 où elle raconte (presque honnêtement) pourquoi le plafond du sas du mitard est noir de suie. Je ne doute pas que je vais bientôt avoir le droit à une journée de GAV…puis un procès à Metz…puis quelques mois de plus… On en sort pas ! […] Tu te souviens qu’à Strasbourg aussi j’avais vu une gendarme au parloir suite à une plainte d’une matonne pleurnicharde. J’ai eu raison de ne pas en parler aux parents puisqu’elle a été enterrée par le proc’ (eh oui, des fois ça arrive…enfin, ça arrive même souvent aux plaintes que nous on dépose!) […]

Le prétoire n’a commencé qu’à 17h car il y avait des mecs à passer avant. Du coup, les membres de la commission étaient fatigués et moi pas mal tendue. Mais tout s’est mieux passé que mardi car ils ne m’ont pas menottée cette fois. […] Je passais pour 3 CRI : insultes au toubib qui refuse la visite le 30 (mais aussi mardi et je n’ai toujours pas le Voltarène!), feu à l’alarme incendie le 5 et inondation volontaire le 6. En fait, il y a eu un problème de procédure pour le CRI pour le feu et il repassera plus tard. Mais même pour l’inondation je pouvais prendre 20j. Comme mardi où je risquais 14j et où ils m’en ont mis « que » 6, ils ne m’en ont mis « que » 8. Ça mène au jeudi 16. Mais je ne doute pas qu’ils feront un autre prétoire d’ici là pour rallonger la sauce. Entre le feu et les refus de réintégrer, ils ont encore 10 CRI en stock.

Bon voilà pour ces infos, suite au prochain épisode…

Dans l’aprem’, j’ai fini « Les naufragés de l’autocar » de Steinbeck, moins revendicatif que « Les raisins de la colère » mais tout aussi bon sur le portrait des personnages. […]

Epinal ( mai juin 15)

Mardi 23 juin 2015

Salut !

Je t’écris tout de suite après reçu ta lettre postée le 19 car, vu le temps que met le contrôle, j’aimerai que tu saches que je l’ai reçue avant le 29. Il y avait tout dedans : l’article de Vosges Matin et la brochure sur A.Jacob.

Donc, deux semaines après qu’il soit paru, j’ai pu lire ce torchon. Je suis rassurée sur plusieurs points :

-il n’y a pas mon nom : donc pas de recherche internet possible

-il n’y a pas d’info sur JL qui n’a rien demandé

-les bleus s’engueulent entre eux : ça ne m’apporte rien mais c’est toujours jouissif…

Par contre, je suis outrée qu’une syndicaliste s’érige en psy et me déclare barjot. Ça corrobore malheureusement le signalement que l’AP a fait au psychiatre qui m’a reçu la semaine dernière.

Je ne reconnais pas les deux matons pris en photo, mais je ne suis pas du tout physionomiste.

Hier, j’ai vu les 2 directeurs pour une discussion à propos du QI. Ils ont justifié cette décision, prise bien avant le 19, par les 11 lettres des filles qu’ils ont reçues et où elles se plaignaient de moi. Ça confirme ce que dit la matonne FO dans l’article. Ainsi, le dirlo a osé me dire : « Plus de la moitié de vos co-détenues se plaignent de vous, disent que vous criez trop, que vous ne respectez pas les surveillantes et que vous les tutoyez. Je ne peux donc pas décemment vous laisser retourner en promenade collective. A 11 contre 1, il en va de votre sécurité ». Au début, j’ai cru qu’il se moquait de moi. En effet, j’ai eu des courriers internes sympas de 8 d’entre elles (je te rappelle qu’on n’était que 17 – moi comprise – le 1er juin). […] Il est […] tout à fait probable qu’elles aient fait le papier demandé par la matonne, juste pour lui faire plaisir sans réfléchir une minute qu’elles se comportaient comme des poukaves. Ça me désole et me met en colère, je préférerai qu’il mente tout simplement. Peut-être que l’homme n’est pas un loup pour l’homme, mais la violence est l’autre face de la peur. Et par peur de l’AP, elles ont fait acte de violence (uniquement morale) contre moi. J’en ai eu la gerbe une bonne partie du samedi (quand ils ont refusé de me laisser retourner en bâtiment) et de la journée (quand j’ai « digéré » cette info d’instrumentalisation des taulardes les unes contre les autres).

J’ai refusé d’aller au QI samedi, ils m’ont donc laissée au mitard. Mais ils se sont embrouillés dans les papiers et les dates. Au final, cette peine finira le vendredi 3 au matin. Pourras-tu t’organiser pour qu’on ait un parloir le 2 puis un le 3 ?

Ensuite, j’irai au QI, maintenant qu’ils m’ont fourni une explication (malhonnête au possible certes, mais sûrement réelle). Il n’y aura plus qu’à attendre le prochain prétoire. Et, comme à Joux et à Sequedin, je naviguerai entre QD et QI au gré de leurs envies en attendant le transfert. Statistiquement, ça sera pour mi-août.

J’espère que l’extraction pour voir le chirurgien à l’hôpital aura lieu avant. J’aimerai être capable de courir après les brebis quand ils se décideront à me lâcher !

Pour répondre à ton interrogation sur le contrôle des courriers de ton précédent envoi, voici un extrait de la discussion d’hier :

LUI : – Et en plus vous mentez à vos correspondants !

MOI, baissant la tête, piteuse : – C’est vrai. Quand j’écris à mes parents, j’édulcore. Mais c’est pour qu’ils ne s’inquiètent pas trop.

LUI : – Non, ça c’est respectable. Je parlais de votre récit sur Fleury.

MOI : – Quoi ? Mais il n’y a aucun mensonge là !

LUI : – On verra ce qu’en dira le juge le 29…

[…]

Il reste demain à m’emmerder. Jeudi et vendredi, je vois les parents. Puis le week-end au mitard, 23h/j, à part peut-être la visite de l’aumônière 1/2h samedi après-midi. Lundi sera occupé et je serais contente de vous (aperce)voir. Il ne restera plus que 3j, puisque la sortie du QD se fait le matin et j’espère bien qu’on aura au moins un parloir de 1h45. […]

Dimanche 21 juin 2015

J’avais prévu de te téléphoner ce matin, de te tirer du lit et qu’on partage un café virtuel en papotant. Tu as vu, c’est raté.

Voilà ce qui s’est passé : vendredi matin, il y a eu le prétoire pour 3CRI anodins en soi mais précurseurs de la suite (dont le 1er juin, mais aussi le 9). Je suis arrivée à rester calme même si la veille j’avais été convoquée chez le psychiatre à qui l’AP avait fait un signalement (comme à Strasbourg avant l’HO). Je savais que je prendrais 14j, ça n’a pas loupé. Mais ils ont dit que ça commencerait le 22, donc le week-end hors du mitard pour qu’il n’y ai pas plus de 30j d’affilé. Là où ça a commencé à merder c’est que le dirlo a dit que ces 2j je les passerai au QI. Or, avant le prétoire, je lui avais demandé un entretien, qui devait impérativement avoir lieu avant ma sortie du QD. Je voulais lui dire d’arrêter le surnombre pour que ça reparte normalement avec mes voisines. D’ailleurs, depuis qu’elles m’ont parlé de l’article du 9 juin, le courrier interne ne passe plus (ou alors elles n’y répondent plus sur ordre de l’AP).

Donc hier midi j’étais remontée et bien décidée à ne pas aller au QI. La seule différence avec le QD (outre la télé dont je n’ai rien à foutre) c’était que j’aurai eu accès au téléphone. Mais ils n’avaient toujours pas enregistré ton numéro ces salauds ! Bref, j’ai refusé de sortir du mitard avant de voir le directeur et j’ai chopé un CRI du 2ème degré (refus de se soumettre à une mesure de sécurité) alors que je n’ai fait aucun blocage et qu’il n’y a pas eu de contact physique. Ça leur permet de me mettre en prévention jusqu’à demain…où commencera la peine de 14j. C’est bien calculé et ça m’énerve ! Ce qui m’énerve c’est que c’est reparti comme à Joux ou à Sequedin : je vais rester bloquée au QI-QD jusqu’à mon transfert, sans revoir les filles que je n’ai jamais menacées, volées, rackettées, violées ou autres. Statistiquement, je serai partie mi-août vers une autre taule.

Le seul truc que le dirlo m’a concédé c’est que j’aurai un parloir double avec les parents les 25 et 26. Par contre, avec toi, il y a fort à parier qu’on devra se contenter du 2. Renseigne-toi de ton côté, moi je ne veux pas leur donner l’impression que je fais la manche.

Je devrais donc sortir du QD le 4 juillet. Mais d’ici là, ils ont plusieurs CRI en stock et vont pouvoir refaire un prétoire. Même s’ils le font plus tard, je parie qu’ils me colleront au QI en attendant. Je serai obligée d’accepter car je téléphone tous les mois environ à ma grand-mère et elle va finir par s’inquiéter si c’est trop long. […]

Mercredi 17 juin 2015

[…]

Eh oui, nos courriers sont très probablement lus. Il suffit de le savoir. Je ne me suis jamais auto-censurée (et je compte pas le faire) pour autant. Parfois, j’utilise cette donnée pour fair eun peu de provo, c’est tout. […]

Je serai contente de te voir début juillet. Comme je te l’ai dit, j’ai un prétoire dans 36h pour les 3 CRI de mai. Les faits sont anodins en soit mais ils ont motivé leur parano qui a abouti à la provo du 1er juin. Je ne risque « que » 14j de mitard. Ils ont le droit, légalement, de faire commencer la sanction samedi, quand celle-ci finira. On verra…

[…] Le dirlo avait demandé un apaisement mais il n’a pas eu lieu longtemps, du moins pas avec les matons encartés FO. Comme je te l’ai dit dans une précédente lettre, ils ont joué la carte de la diffamation par voie de presse. Une matonne (celle qui m’a bousculée le 1er) continue à chercher la merde. Un briscard aussi, qui m’a collé un CRI tout bidon dimanche 17 juste pour que je l’insulte (et donc en avoir un plus sérieux). Avec les autres, ça va.

Mais cet après-midi, il y a eu du nouveau. Ils m’ont proposé d’aller à l’infirmerie pour voir « le psy ». Je croyais que c’était la psychologue que j’ai relancée depuis que je suis au mitard pour avoir de l’occupation. Mais c’était un psychiatre qui avait eu un signalement par l’AP. Ça m’a fait peur car c’est comme ça qu’a eu lieu l’HO à Strasbourg. Du coup, j’étais super tendue lors de cet entretien. Il a eu beau me dire qu’il ne demanderait pas d’HO, il m’a quand même proposé un « traitement pour être plus calme » que j’ai bien sur refusé. Du coup, je suis sur mes gardes. Et c’est pas bon car ça me rend plus réactive (eux disent agressive). Il va falloir que j’assure face au dirlo vendredi matin !

Le week-end du 13 & 14 juin 2015

[…] J’ai appris que le syndicat FO-Pénitenciaire avait commandé un article sur ma pomme au journal local, un torchon nommé « Vosges Matin ». Ce journal est distribué tous les jours gratuitement aux prisonnier(e)s d’Epinal. Le but est donc d’essayer de me stigmatiser encore plus que par un surnombre d’agents à chacun de mes mouvements. Il est paru le 9 juin, alors que j’étais au mitard (où je suis encore). J’ai alerté David [l’avocat de Christine] mais, sur internet, il n’a pu lire que la une du journal qui renvoyait à un article (gros a priori) en page intérieure. Ce qui me dégoûte c’est que c’est nettement une commande syndicale pour nuire : le « journaliste » n’a pas entendu parler de moi en flânant au tribunal d’Epinal ou en monnayant les infos auprès des gendarmes en train de faire une GAV… Perso, je n’ai pas encore pu avoir le journal entre les mains mais David a lu en une « La détenue qui pousse à bout les surveillants. FO-Pénitenciaire soutient les surveillants qui ont maille à partir avec une détenue qui a déjà fait 12 transferts et 80 commissions de discipline. Lire page 5 ». […]

Jeudi 18, je repasse au prétoire pour les 3 CRI récupérés avant le lundi 1er juin. C’est assez anodin et c’est à la base ou les conséquences de mon « traitement spécial » lors des ouvertures de cellule. Je risque 14 j au maximum (insultes et tapages). On verra s’ils les collent tout de suite après le 20 (date de fin de la peine actuelle) ou s’ils attendent le 26 que j’ai vu mes parents…[…]

Pour le procès du 29, David a l’air plutôt au point et confiant. Mais, vu l’escorte que je vais me traîner, ça va être difficile que ça n’impressionne pas la cour. Bah ! Ça me fera toujours une journée hors du QD. Et puis, je verrai quelques tronches amies…

Pour l’instant, les conditions de vie au mitard sont correctes. J’ai toutes mes affaires auxquelles j’ai droit (je peux donc fumer, bouquiner, écrire et écouter la radio). Comme on est en centre ville, justement, la radio capte bien plus de stations qu’à Réau ou Joux. Mais je n’ai qu’une promenade par jour, de 9 à 10h, dans une petite cour bétonnée. Par contre, je reçois les aumôniers très correctement, en discrétion et sans temps imparti tous les jeudis. […] Après avoir du batailler, le médecin fait aussi ses visites grille ouverte sans maton à proximité immédiate. Ils ne m’emmerdent pas non plus sur le fait que j’ai mis le matelas hors d’atteinte du panoptique : ils savent que je crèverai pas ici !

A nouveau, un RDV est promis « prochainement » à l’hôpital pour voir un chirurgien pour mon genou. J’espère que ça sera avant le prochain transfert !

[…]

Le 7 juin

Salut !

Pour ne pas changer les habitudes, je t’écris du mitard. Après trois semaines en bâtiment, j’ai pris vingt jours de QD : la parité est respectée.

En fait, dès le début, j’ai été éberluée par le manque d’imagination, l’institutionnalisation des filles ici. Il y en a dans toutes les taules, mais là je ne trouvais personne avec qui j’aurais envie de discuter. L’une d’elle, par exemple, a dit à un prof, pendant un cours intéressant : « Ça vous gêne pas Monsieur qu’elle vous tutoye ? » Des auxi-matons, je ne vois pas d’autre nom ! Le pire c’est que les matons, sentant que je dénote, ont pris peur et, suite à un accrochage complètement anodin et sans conséquences physiques (le refus que je sorte en promenade le jeu d’échecs cantiné, comme je le faisais en promenade depuis une semaine), ont décidé d’être en surnombre à chacun de mes mouvements. Des agents mecs au QF, ça ne passe pas inaperçu, et donc ça a renforcé chez chacune (matonne ou voisine) l’idée que j’étais un « cas dangereux ».

J’ai essayé d’en parler à l’officier QF mais il n’a pas voulu écouter. Du coup, lundi dernier, une matonne se sentant la bride sur le cou a décidé de pousser la provocation jusqu’à venir en civil me bousculer sur le lit lors du contrôle de 12h30. D’où les vingt jours de mitard…

Ceci dit, au prétoire, si le dirlo a bien sûr validé les mensonges de ses agents, li m’a quand même écoutée. Du coup, je les sens vachement plus sur leurs gardes, attentifs à ne pas déconner. Ainsi, jeudi, les aumôniers ont été tout étonnés qu’on nous ouvre une pièce propre et sans contrôle pour une heure de discussion ; ils étaient plus habitués à rester derrière la grille… Le téléphone avec [son compagnon incarcéré] est mis en place, comme à Rennes et à Vivonne. Bon on verra si ça dure car cette surveillante en particulier l’a mauvaise et ne va sûrement pas en rester là…

A plus.

Le 7 juin

J’accuse réception de ton courrier avec la dépèche de l’AFP sur le rapport du CGLPL, à propos de la MA de Strasbourg, et je t’en remercie.
Quand ils étaient venus nous faire leur visite de contrôle en mars, j’en avais recu au mitard pendant presque 1 heure. Je leur avais parlé de ce que j’avais remarqué : les fouilles par palpation systématiques avant les promenades, l’unique promenade quotidienne au QD, les humiliations ( coupure d’eau, prise de matelas et de couvertures, violences…) au mitard.
Je n’avais pas parlé de l’hygiène car la cour des femmes est agréable, à la différence de celle des mecs et les douches valent celles des campings où je vais dehors.

J’ai été transférée à Epinal le 11 mai : une MA à 2heures de route (1h30 avec le gyrophare) de Strasbourg et un QF de 20 lits et 8 cellules.
Peu de temps après j’étais dans la salle de « convivialité » avec une autre fille, une grande gueule. On met BFM pour avoir l’heure. Sur l’écran un plan fixe de la MA de Strasbourg et la voix off qui dit que le contrôleur général a rendu un rapport tres négatif. Puis apparait un maton syndicaliste qui dit « Strasbourg n’est pas la pire prison de France. On a des problèmes, certes, mais on fait tout pour les gérer. Si le CGLPL trouve à y redire, il faudrait toutes les fermer ! ».
Je me mets à rire en disant  » C’est bien la première fois que je suis d’accord avec un maton ! Bien sûr qu’il faut fermer toutes les taules de France ! ». Alors la fille apeurée me rétorque  » Mais on irait où nous ? »  Je t’assure que ce n’était pas de l’ironie… Juste une preuve de plus de l’institutionnalisation !
Quelques jours plus tard arrivent 2 filles de Strasbourg dans le cadre d’un transfert de désencombrement. Elles me donnent des nouvelles des autres et de l’ambiance à la MAF : encore 4 nouvelles arrivées. Puis elles m’apprennent qu’il y a eu un viol entre mecs. Grâce au papier que tu m’as envoyé, je comprends maintenant comment elles ont eu cette info largement périmée.
Je leur passerai l’info correcte quand je sortirai du mitard. Car bien sûr, rien de plus original à Epinal que dans les autres taules : après 3 semaines en bâtiment, me voici pour 20 jours au QD. Ils avaient préparé le truc : ca faisait 10 jours qu’ils étaient en surnombre à chacun de mes mouvements. L’effet sur mes voisines était assez efficace : la plupart se transformaient en auxi maton. Putain que c’est énervant !
Là j’ai appris que la matonnerie avait fait passer le mot que je « m’étais calmée ». Effectivement, depuis le prétoire de mercredi, ils font gaffe à ne plus sortir des clous, je n’ai donc plus à revendiquer. Je crois que, même s’il refuse de le reconnaitre, le dirlo a compris qu’ils avaient merdé et essaye de récupérer.
Ainsi, en plus de l’appel hebdo à mes parents, le téléphone inter prison avec J. a été maintenu vendredi.
Bon, voilà les news de mon coté. (…)

Jeudi 4 juin 2015

Salut !
Normalement, à cette heure-ci, on devrait être en train de papoter face à face au parloir. Mais bon, voilà, tu le sais, ils m’ont collé en prévention lundi et je suis passée au prétoire hier. Fait chier !
La procédure était totalement foireuse, ça aurait pu faire annuler le prétoire. Mais le commis d’office ne valait pas grand-chose et le directeur préfère passer pour un con aux yeux de la DI dans 2 mois plutôt que de désavouer ces matonnes menteuses. Donc, j’en ai pris pour 20 jours (pourquoi pas 30??). J’espère que je pourrai te téléphoner dès le dimanche 21 à 7h30 (prépare-toi au réveil!;)) car ton numéro devrait enfin être enregistré.
G. t’a peut-être raconté les provocations avec le surnombre d’agents à chaque mouvement depuis le 23. J’ai essayé d’en parler avec l’officier QF mais il n’a rien voulu entendre. Une matonne plus hargneuse que les autres s’est ainsi senti la bride sur le cou et est venue me bousculer alors que j’étais assise sur le lit. Ses collègues sont arrivés dans la minute : le piège était bien en place !
Je savais que j’avais 3 CRI en stock, mais comme le prétoire n’était pas encore programmé lundi, ça ne mettait pas en danger nos 3 parloirs. Hier, le directeur m’a dit qu’il aurait lieu durant ces 20 jours, comme s’il voulait pouvoir faire une confusion de peines. Il a été bizarre hier, presque à l’écoute malgré l’irrégularité de cette commission de discipline. J’ai l’impression qu’il a passé le message pour que les matons lèvent le pied sur la provocation. J’ai moins peur maintenant d’aller au QI dès le 20 à 10h.
[…] [A propos du procès prévu le 29 juin 2015 à Evry] On a bien bossé le dossier avec l’avocat qui semble plutôt confiant. […] Je lui ai encore téléphoné ce matin, notamment pour qu’il s’occupe de faire annuler cette sanction de 20j. Ça sera facile mais ça tombera quand je les aurais finis depuis longtemps. J’ai confiance en lui et ça aide, on commence à bien se connaître maintenant. On a un nouveau RDV téléphone mercredi prochain.
G. m’a apporté des cahiers de jeux. A la biblio, j’ai trouvé un bouquin technique intéressant sur la communication canine. La bibliothécaire m’a aussi fait passer une saga préhistorique style « Ayla et le clan de l’ours ». Bref, j’ai de quoi occuper les 16j restants, même si, aussi ici, il n’y a qu’une promenade par jour (et dans une petite cour bétonnée). La cellule est vaste et le soleil y rentre un peu. J’ai mis le matelas au sol contre le mur pour me protéger de la panoptique la nuit et ils ne me font pas chier avec ça. J’ai du tabac et des allumettes (même s’il a fallu un peu batailler). Je devrais avoir la visite des aumôniers que j’avais pris la précaution de contacter avant. Ça le fera car ça fait longtemps que le mitard ne me fait plus peur. En plus, comme ce n’est « que » 20j, ça ne met pas en danger les 2 parloirs avec les parents les 25 et 26 juin. Le courrier m’arrive avec un peu de retard à cause du contrôle, mais je l’ai au complet. J’ai fait un courrier interne à 2 filles, on verra ce que ça donne (même si depuis le 23, l’AP cherchait à me stigmatiser comme folle et violente à leurs yeux).
[…]

27 mai
(…)
C’est chouette que le blog serve aussi à entrer en contact avec d’autres familles dans les mêmes galères avec l’AP. Je suis touchée par ce salut inconnu et j’espère que l’union de la lutte va payer. A Vivonne, je n’avais aucun contact avec le quartier hommes.
L’ambiance, ici, est très différente.
On est 17 nanas, plus une mineure, isolée de fait. C’est un petit quartier, très tranquille. Moi, je suis seule en cellule, mais la plupart sont 2, voire 4.
Et quasi toutes attendent leurs médocs chaque jour, que ce soit la métha ou d’autres psychotropes. Et toutes, absolument toutes, ont des discours hyper chiants, pleins de compromissions avec l’AP à base de « on n’est pas en prison pour rien » et « les surveillantes sont gentilles ».
Ca ne m’étonne pas que des gosses qui sont passées direct du foyer à la prison confondent matons et éducs et causent avec les bleues comme s’il y avait du respect mutuel. Mais je suis plus choquée quand j’entends le discours de femmes plus agées et plus cultivées.
Ainsi une nana de 30 ans, responsable d’un accident de la route qui a fait 2 morts et un blessé grave alors qu’elle n’avait que 0,5g d’alcool me sort   » c’est normal que je sois ici, je dois ca à la famille de mes victimes, ca les aidera à faire leur deuil ».
Bien sûr, outrée j’ai répondu « quoi ? ca ne te suffit pas qu’ils pleurent leurs morts, tu veux en plus les accuser de perversité, les rendre responsable de l’enfermement d’un être humain ! non mais sérieux, quels avantages ont-ils à ce que leurs impôts servent à payer des gens qui te font foutre à poil après chaque parloir ? Ca ne leur rendra pas leurs proches ! Et que tu les prennes pour des salauds avides de vengeance, que tu les confondes avec le proc ne leur apportera rien non plus… » Mais elle m’a achevée en disant  » même si ce n’est pas important pour eux, c’est important pour moi. Si je n’avais pas été punie j’aurais pu me dire que ce n’était pas grave. Mais maintenant je sais que je ne conduirai plus jamais après avoir bu. Et puis ca me permet de payer ».
J’ai été incapable de répondre à ca…
Enfin bon, en résumé le contact avec mes potes basques de Vivonne me manque. Il n’y a aucune possibilité de remise en question de l’AP ici, aucun espoir d’action collective. Le pire c’est quand je revendique seule, sur des trucs anodins, les filles comme les matonnes prennent peur. Le WE dernier, ils ont fait venir un bricard du QH à chacune de mes ouvertures de cellule : la paranoia n’aura pas mis longtemps à se réinstaller !
Je connais par coeur ce scénario et je sais que le QD non plus ne va pas tarder, dans ces conditions… (…)

Strasbourg ( janvier / mai 2015 )

Mercredi 6 mai

[…]

Tout d’abord, d’accord avec toi : merci aux camarades poitevins pour leur boulot d’info. J’ai envoyé l’article de la Nouvelle République à M., je suis contente que la plate-forme soit sortie. […] Bref, il y a eu du monde.

Bien sur, ça n’excuse pas la paranoïa des gendarmes et le refus d’extraction ! Tu t’en doutes, j’en étais particulièrement frustrée. J’étais même en colère parce que les deux extractions précédentes (mercredi 22 à l’hôpital, jeudi 23 à Arras) avaient déjà été bien riches en délire sécuritaire. J’ai rêvé un moment qu’au moins on aurait un parloir toute les deux le jeudi, mais je comprend que ça n’est pas été possible pour toi.

Suite à ça, j’ai vu un officier qui m’a dit qu’une demande de transfert était en cours et que je devrais dégager « prochainement ». J’ai hâte, j’en ai marre. Durant les 30 derniers jours de mitard, j’ai chopé une douzaine de CRI (insultes, blocage de promenade, déclenchement de l’alarme incendie…), j’ai pris des gnons, ils m’ont faite tricarde (pas d’eau, pas de matelas, pas de couvertures pendant 36h par exemple). Bref, ils ont tout ce qu’il faut pour me recoller 30 jours pour « violences », même s’ils n’ont pas d’ITT. Si le prétoire a lieu assez rapidement, le transfert aura lieu alors que je serai au mitard et je risque de commencer dans la nouvelle taule par 3 semaines de QD, le départ pourri par excellence (cf. Joux-la-ville).

Mais il y a pire. Hier, ils sont allés encore plus loin dans la perversité. Ils sont arrivés à monter des filles contre moi (des que j’avais dépanné en tabac en plus!). Hier, une est venue au contact physique, elle m’a envoyé deux coups de poing. Je n’ai pas réagi, les matons n’attendaient que ça pour me foutre au mitard. Ils ont tout vu, ne sont pas intervenus. Ils nous ont mises en promenade ensemble. Ils attendaient que je fasse un faux pas. J’ai donné RDV à F. dans l’angle mort, elle n’est pas venue. Elle n’a pas été appelée au bureau. Quand j’ai tapé dans une porte, j’ai pris 30 jours ; là ils autorisent une fille à taper sur une autre : logique de salauds ! Ils avaient déjà joué à ça à la Talau et à Rennes pour activer le transfert qu’ils voulaient encore plus que moi. Vivement que ça arrive !

Bon, tout ça pour dire que je risque d’utiliser plus ton bouquin que ton numéro de téléphone dans les jours qui viennent… Mais, je tiens bon, je sais toujours où j’en suis et qui sont mes ennemis, ils ne m’auront pas.

Par exemple, lundi, j’ai eu RDV avec le kiné suite à l’ordonnance du toubib qui a refusé de m’examiner à l’hôpital alors que j’étais entourée de robocops. J’ai pu lui parler très calmement et il m’a entendue. D’ici quelques jours, je devrais avoir un nouveau RDV avec un toubib compétent.

Lundi 4 mai

J’ai bien reçu ta lettre, avec le journal chilien. Ils font gaffe avec moi et je n’ai jamais été censurée, ni en envoi, ni en réception ; ça me fait très bizarre que mon histoire soit relayée jusqu’en Amérique du Sud. Je n’ai vraiment pas l’impression de faire des trucs exceptionnels, j’essaye (et réussi) à rester vivante, c’est tout. Est-ce donc si bizarre ?

Je n’ai toujours pas eu de retour du blog à part le tract d’appel pour venir à Poitiers le 28 dont j’ai discuté avec K.

Tu as du savoir que cette extraction a été annulée au dernier moment, sans aucune explication alors que je tournais en rond dans la cellule depuis 2 h minimum. Après, j’ai pu joindre l’avocat. Il m’a dit que c’était reporté au 6 octobre à 14h ; ça me fait chier car on attendait cette sentence pour poser une nouvelle condi et, là, ça reporte à assez loin pour annuler l’espoir de passer Noël avec mes parents. En plus, je comptais apercevoir des potes dans la salle d’audience et pouvoir causer le soir (et pourquoi pas en promenade) avec mes camarades de Vivonne. Bref je suis frustrée.

En plus, il y a eu 2 extractions auparavant : mercredi à l’hôpital pour un contrôle de mon genou et jeudi pour voir un juge à Arras suite à une plainte déposée il y a 2 ans contre des matons à Bapaume. Les 2 fois, ils ont complètement déliré sur le côté sécuritaire, humiliant, sadique, paranoïaque. Ils m’ont collé une escorte digne de Ferrara ou Saïd Redoine, étaient sur les dents, se la jouaient. C’était assez épuisant de faire face à ces mabouls…Bref, je crois que si la « virée » du 28 a été annulée c’est à cause de la paranoïa de la gendarmerie qui croyait une évasion possible puisque je savais depuis des jours l’heure et le trajet de cette sortie des murs et qu’ils sont convaincus que « mon comité de soutien » est capable d’organiser une évasion (si au moins c’était vrai !).

J’attends un transfert. Je pensais qu’il aurait lieu à la fin des 30 jours de mitard, qui ont été plutôt chauds. Mais non, ils ont préféré me faire chier (et faire chier mes parents) plutôt que s’assurer leur propre confort ! Sauf que là il y a surpopulation au quartier femme. Il y a 20 cellules, dont 1 mitard, 1 cellule pour suicidaire en cas d’urgence et 1 amenagée pour recevoir une femme et son bébé. Donc 18 places. Et on est 36 en ce moment. Ils ont mis quelqu’un avec la mineure et L. n’a que 16 ans. Moi, ils me laissent seule : ça a du bon d’être une emmerdeuse ! Mais du coup, il y a une cellule où elles sont 3, dont une tire le matelas de dessous le lit pour la nuit. Je trouve ça inacceptable mais ça n’a l’air de choquer que moi : les autres filles attendent les transferts ou les libérations passivement puisque « on ne peut rien faire » ; ça me fait honte ! Bon ceci dit, ça hâtera peut être mon transfert disciplinaire…Je l’espère car je m’ennuie ici.

Samedi 21 mars 2015, MAF de Strasbourg

« … »

Je t’avais raconté l’engueulade avec le chef le 17 février. Ça a fait ressortir 2 autres CRI rédigé par la même surveillante, et que lui avait tenté d’enterrer car la provocation était évidente. Mais le 3 au matin cette même matonne en a remis une couche dès la levée du courrier à 7h30. Il y a eu bousculade, même si je ne l’ai pas cognée. Comme j’en avais marre d’attendre le prétoire qui n’était toujours pas programmé (je voulais voir la dirlo à propos notamment de ma demande de transfert, du téléphone avec « mon ami à st. Martin » et l’accès aux cours mixte qui étaient bloqués), j’ai accepté très tranquillement d’aller au Q.D.: ça fait longtemps que cela ne me fait plus peur…
J’ai été sidérée qu’elle me mette 30 jours (10 avec sursis) pour  ce dernier CRI, les autres ayant abouti à des peines minimes et confusionnées. Les images de la caméra du couloir prouvaient que le CRI était mensonger. En plus, le mardi 16, j’ai eu parloir avec un OPJ (pas une GAV avec « sortie ») car la chercheuse de merde a déposé plainte pour « violence ». Je me disais donc que le seul but était qu’ils aient le temps , à la D.I., de me trouver une place ailleurs…Même pas !
Bien qu’ici (et c’est la seule taule ou j’ai vu ça), il n’y ai qu’une promenade par jour, j’ai bien tenu le choc. Il faut dire qu’il n’y a pas de Q.D. Spécifique et que j’entends mes voisines. Certaines me saluaient ouvertement quand j’étais dans la cours de 8h30 à 9h30. J’avais aussi beaucoup de lecture.

Eh oui, j’ai fini par céder à ces palpations qui me révulsent : je n’aurais pas pu tenir 20 jours dans ces 7m2. C’est humiliant mais il y allait de ma santé. En plus, le printemps est arrivé en Alsace. Le bricard leur a passé des consignes et les matonnes ne font pas de zèle. Ça démontre le seul but de ces palpations : l’affichage de la soumission. L’excuse sécuritaire est bidon au possible.

Le bricard m’a dit qu’ils étaient d’accord pour le téléphone avec « mon ami à st. Martin » mais que c’était à moi de téléphoner car il n’y a pas ici l’équipement d’une ligne fixe sur laquelle il pourrait appeler. Or il n’y en a pas non plus à st. Martin de Ré (c’est pourquoi c’est lui qui appelait à Renne et Vivonne) !
Ils ont bonne conscience : Ils ne refusent pas. Et nous, on l’a dans le cul ! Et bien sur, en deux mois ils n’ont pas eu le temps d’installer une ligne, dans un des box du parloir avocat par exemple, qui la rendrait accessible aux mecs comme aux nanas (je ne suis pas la seule à avoir un proche enfermé!) !

Enfin, ils ont gagné sur le tripotage (fut-il symbolique), c’était peut-être là leur  seul but. Mais c’est un mauvais calcul car maintenant je vais rencontrer mes voisines 2h chaque jours dans la cour (et avec cette météo elles y sont nombreuse), L’incitation à l’émeute va être plus facile ! 🙂

« … »

Christine

18 mars à 5h du mat’ (en attendant un parloir avec les parents) :

[…] Hier matin [17 mars], j’étais appelée au parloir avocat pour voir un OPJ. La matonne qui m’a repoussée le 3 après avoir refusé de prendre mon courrier a déposé plainte pour « violences sur agent ». Je suis dégoûtée ! L’audition s’est bien passée mais maintenant il faut attendre 3 mois pour savoir si le proc’ va classer sans suite ou s’il y aura un procès à Strasbourg d’ici 6 mois.

Sinon, la vie au QD [Quartier Disciplinaire] suit son cours. Je ne suis pas revenue sur ma compromission sur les palpations et ça me permet d’aller dans la cour tous les jours de 8h30 à 9h30. Je suis arrivée à trouver quelques bonnes émissions à la radio et j’avais pas mal de bouquins en stock. J’ai la visite de l’aumônier bouddhiste le lundi et celle de la catho le mercredi, ça fait des « marqueurs de temps ».

Vendredi, j’ai vu les délégués de la CGLPL [Contrôleur général des lieux de privation de liberté] durant près de trois quarts d’heure en cellule (ils ont fini par s’asseoir par terre). Je leur ai parlé des fouilles systématiques mais aussi du fait qu’il n’y a ici qu’une promenade par jour au QD alors que dans toute la France, conformément aux directives anti-suicide, on en a une le matin et une l’après-midi. […] Je leur ai dit aussi qu’un médecin refusait de faire ouvrir la grille lors des visites hebdomadaires obligatoires au QD. Ils auront l’info… […]

Il est maintenant 16h, la soirée commence. Exceptionnellement, comme je n’ai pas pu aller dans la cour de 8h30 à 9h30, pour cause de parloir, j’ai été en promenade de 14h à 15h. […]

A midi, je n’ai pas eu de courrier. Depuis plusieurs jours, il traîne car la direction s’est mise à le lire avant de me le filer. J’étais étonnée qu’ils ne le fassent pas avant car c’est une pratique régulière avec moi dans toutes les taules […]

Par contre, j’ai enfin eu la réponse de la direction que j’avais réclamée lors du prétoire du 5. Le téléphone inter-prison n’est toujours pas mis en place : ils seraient d’accord mais il y a un « problème technique »…qu’ils n’ont pas réglé durant ces 20 jours de pause forcée. Le transfert n’est pas non plus au programme, dimanche [22 mars] je retourne dans la cellule en face du « kiosque » [bureau vitré des matonnes]. Je n’aurais toujours pas accès aux cours mixtes à cause de mon « comportement agressif ». Bref, je ne comprend pas ! [qu’il n’y ai pas de transfert prévu] Pourquoi attendre que le conflit dégénère pour cause de mépris récurrent ? Certes, ils ont obtenu que je m’humilie en acceptant leurs tripotages avant chaque promenade. Maintenant que c’est fait, je ne vais pas revenir dessus et j’irai en promenade dimanche après-midi. Mais ils croient que le problème est résolu ? Non, sérieux ? Putain de merde !

Le chef du QF [Quartier Femmes] m’a demandé : « Vous avez bien dit à l’OPJ [Officier de Police Judiciaire] de visionner les images de la vidéo du couloir du 3 ? » Bien sur ! Et ta honte d’appartenir à un troupeau de menteurs ne changera rien à la confiance que le proc’ aura en la parole d’un « agent dépositaire de la force publique » plutôt qu’en celle d’une taularde…
Bon, voilà où j’en suis. Et c’est pas très glorieux… Certes, dimanche je pourrai voir les filles à la messe puis à la promenade, je pourrais me couper les ongles des pieds, manger du chocolat cantiné il y a trois semaines et téléphoner à ma frangine. Mais rien n’est réglé. A part m’améliorer aux mots croisés, à quoi ont servi ces 20 jours de cachot ? Enfin, bon, plus que 3 jours à y glander…

Je ne sais pas comment finir cette lettre sur une note gaie et intelligente. Je t’embrasse. Passe le bonjour aux potes. Merci. A plus.
Christine

Le dimanche 15 mars

Salut
Je t´écris depuis le mitard où je suis depuis 13 jours, depuis le 3 mars au matin.
Donc tu as compris que l’engueulade avec le chef du quartier femme lors de son intervention a changé la donne de notre pseudo « kolaboration ».
Il a été vexé que je l’insulte devant les filles alors qu’il veillait depuis plus d’un mois à ce que je n’aille pas au nmitard. [il a menacé] de bloquer les parloirs téléphoniques (…).

Mais bon. La direction a redréssé la barre et a demandé à ce qu’il fasse un CRI et mette en place le téléphone inter prison. Sauf qu’il y a des « contingences matérielles indépendantes de sa volonté »  qui font que je ne peux toujours pas joindre J. Et ce CRI en a réveillé deux autres, faits par une matonne, que cette politique d’apaisement  révoltait et qui voulait m’apprendre que « c’est pas [moi] qui fait la loi ici ». Il y a eu des incidents minimes les 9 et 14 février et le chef les avait plus ou moins enterrés…

Bref, le 3 au matin, j’attendais toujours le prétoire pour ces 3 CRI (insultes et tapage) et j’étais plutot contente de voir la dirlo car elle ne répondait pas à mes courriers, notamment à propos de ma demande de transfert vers un CD.
C’était la même matonne chercheuse de merde qui a ouvert à 8h pour prendre le courrier. Il était dans la boite contre la porte, elle n’avait qu’à tendre le bras. Mais elle a voulu que je me lève. J’étais au lit, donc à poil et j’ai obtempéré. Là elle a refusé de me prendre les lettres que je lui tendais dans le couloir et tenté de me repousser dans la cellule et de fermer la porte. J’ai résisté, sans jamais la cogner, sans l’agripper ou la bousculer, sans même lâcher mes lettres.
Le renfort est arrivé et je suis rentrée en cellule une fois qu’ils ont accepté de prendre le courrier. 5 minutes après, alors que je m’étais habillée et que je fumais tranquille à la fenêtre, la chef de détention elle même est venue me dire que j’allais au mitard. J’ai accepté sans aucun problème : au moins j’étais sûre de voir la dirlo dans les 2 jours. Peu après, elle est revenue assez piteuse au mitard me dire qu’elle avait vu les images de la caméra du couloir, qu’effectivement j’avais accepté de me lever, mais qu’elle maintenait la mise en prévention au QD pour que ca soit vite étudié.

Le prétoire a été très long : 1/2h avec l’avocat commis d’office, 1h d’audition à propos des 4 CRI et des contentieux avec la direction (notamment les palpations sytématiques qui faisaient que je n’allais pas en promenade depuis plus d’un mois) et 1h de délibéré ( du jamais vu dans ma grande expérience des CDD).

J’ai pris 5 jours fernes pour l’insulte le 17, 5 jours de sursis et un avertissement pour les deux premières provos de la matonne et 30 jours ( 20 fermes + 10 de sursis) pour l' »agression » de la surveillante 2 jours plus tôt !
C’était dégueulasse, super malhonnête. Ca veut dire que je vais sûrement prendre 40 jours de retrait de CRP, que je n’ai pu voir K. que le 4 et mes parents que le 18 alors qu’ils viennent pour 2 jours ( 2 fois 2 heures) de parloir. Mais je me disais que ca enclencherait peut être le transfert que j’attends depuis 2 mois.

Le pire, c’est quand j’ai appris jeudi que mardi 17 à 9h45 j’étais convoquée au parloir pour voir un OPJ suite à une plainte pour « violence sur agents ». Le mitard ca leur suffit pas, ils veulent aussi un procès en correctionnel. Il n’y a rien dans le dossier,c’est un putain de montage sur la parole d’une menteuse ! ALors bon j’attends. On verra mardi, et puis apres, peut être que ca sera classé sans suite, c’est déjà arrivé…

Bon a part ca, ca ne va pas trop mal au mitard. J’ai des bouquins, du tabac, du courrier et le transistor. J’ai cédé sur les palpations, (après une ulitme provo de ma part) pour pouvoir aller dans la cour tous les jours de 8h30 à 9h30 : je n’aurais pas tenu 20 jours sans sortir de ces 7m2 et le printemps arrive.

J’ai la visite des aumoniers boudhistes et cathos les lundis et mercredis. Tout est bon à prendre, même le « parloir » de mardi prochain ! Certaines voisines me saluent quand je suis dans la cour et elles à leur fenêtre
Vendredi, j’ai eu un entretien de 3/4 h avec les délégués de la CGLPL en visite d’inspection a la MA de Strasbourg. Je leur ai fait un topo super précis, mais je ne les crois pas capables de bouger l’AP juste à coups de « recommandations ».
C’était une visite plus longue que celle des aumoniers, c’est toujours ca !
Je leur ai écris de Réau, Vivonne, Fleury, et ici…en vain.
(…)
Dimanche 1er Mars 2015, MAF de Strasbourg

« … »

Ça m’aide cette météo pourrie d’Alsace, à supporter l’absence de promenade depuis un mois. J’espérai que cette formation horticulture allait me permettre d’aller un peu dans la cours, me salir les mains dans la terre, mais ça n’a pas duré longtemps : je me suis faite virée au bout de deux jours.

Le premier jours, le formateur nous a fait lire un polycopié sur « l’éco-citoyennisme ». Non seulement il n’avait pas préparé son cours, ne sachant pas expliquer le vocabulaire de la brochure, mais j’ai eu beaucoup de mal, idéologiquement avec ce concept « consommez et triez vos déchets et vous serez des gens biens ». Ça à lancé un débat entre nous, sur lequel le prof n’a pas su rebondir et qu’il n’a même pas su gérer. Moi j’ai été sidéré par le discours de mes voisines : « si il n’y avait pas de lois, ça serait l’anarchie. Tout le monde ferait n’importe quoi, y aurait pas de respect », « si t’es en prison c’est que tu as fait des conneries. Maintenant tu dois payer », « les surveillantes sont gentilles, elles ne font que leur travail. Il ne faut pas mal leur parler », « qu’est-ce qu’on en a à foutre des palpations ? Ça dure que 5 seconde. En plus c’est pour notre sécurité ! » …
Crois moi, je n’invente rien, tout ça a été dit par des taulardes !

Le lendemain, le prof nous a collé un test de français à faire en 3 heures. Je n’ai eu besoin que d’1/2 heure, alors j’ai décidé d’aider ma voisine qui galère en lecture. Mais notre conversation gênait celles qui voulaient bosser en silence. J’ai donc déplacé notre table à l’autre bout de la pièce. Or à ce moment là, le chef QF était en train de discuter avec le formateur (et j’ai beau ne pas être parano, je ne doute pas que le débat de la veille et mon rôle étaient abordés). Le lundi, le prof nous avait bien dit que l’important c’était l’entraide et le respect dans le groupe, mais quand le chef a gueulé « Ribailly, vous remettez tout de suite cette table à sa place ! » ce lâche n’a rien dit. Alors je me suis tournée vers lui et j’ai dit « Si Raymond a quelque chose à me dire, il peut le faire tout seul. Si il suit les ordres d’un connard, c’est que tu es un lâche ! ». Bien sur, ça a jeté un froid dans la salle et il m’a dit tout penaud « Remettez vous à la table en U » et le chef est parti en disant « on se reverra bientôt ».

Le mercredi, à 13h30, j’étais convoquée au bureau où il y avait ce bricard et la chef chargée de la formation.
Ils m’ont dit que j’étais exclue de la formation pour « incitation à l’émeute ». Le responsable QF était furax : je peux bien le comprendre puisque je l’ai insulté devant les autres filles mais il ne tenait pas son calme comme d’habitude. Il m’a dit qu’il avait rédigé un CRP pour la direction et qu’en répression de l’insulte il ne demanderait pas un prétoire mais le refus de téléphone inter-prison avec « mon ami à St.Martin ». Lui qui me disait être droit et pas rancunier… le « partenariat » avait méchamment pris du plomb dans l’aile ! Ça a gueulé sévère dans le bureau et j’ai mis du temps à me calmer à la sophro. Peut après j’avais parloir avec un pote Et ça c’était sympa.

Le vendredi, le bricard est venu en cellule me dire qu’il avait discuté avec la directrice. Elle lui a dit de mettre en place le parloir téléphonique car « mon ami à St.Martin » n’était pas responsable de mon comportement. Elle lui a demandé de faire un CRI pour l’insulte. Je trouvais ça réglo. J’étais aussi contente de pouvoir la voir pour la brancher sur le refus de cours à mon niveau et la demande de transfert vers un CD qui traîne.

Mardi 24, j’ai eu l’enquête pour ce CRI pour insulte. Ils m’ont joint aussi 2 autres sur des petites engueulades avec des matonnes le 6 et 14 février où il n’y a pas eu d’affrontement physique. J’ai fait mes dépositions à l’écrit et ai demandé l’assistance de David (l’avocat de Christine). C’est sur que je vais être déclassée puisque c’est déjà fait. Au pire, je risque 14 jours de mitards pour « tapage » et « insulte ». Mais la tension a nettement baissée et je ne crois pas qu’ils aient envie de me foutre au QD vu comment ils ont merdé début janvier. Pour l’instant je n’ai toujours pas eu la date du prétoire, je pense que ça sera dans la semaine qui vient…

Le lundi 16, après la journée de formation, j’ai été appelée au greffe. C’était une convocation pour le 29 juin au tribunal d’Evry. Je t’avais dit que j’avais fait une GAV à Fleury pour plusieures plaintes de « violences sur agent » et que le proc’ avait demandé un complément d’info. Après 4 mois sans nouvelles j’espérais que ça avait été classé sans suite…Ben non, ça a juste été requalifié en « rébellion » pour 3 plaintes sur 4. Boh ! Ça fera une sortie…

Je vais essayé de joindre David au téléphone demain pour qu’on fasse le point : le prétoire, les procès à venir, l’appel pour la condi (le 16 mars) et les démarches contre les fouilles systématiques par palpation ici.
Je sais bien que je n’ai rien a espérer pour la condi dans ces conditions.

« … »

Christine

25 février

(…)Ici ca continue sans heurts particuliers, mais avec un ennui réél. Comme je refuse les palpations, voici un  mois que je ne suis pas allée en promenade. Je vois quand meme quelques voisines a l’aumonerie ou au sport ou en sophrologie. Mais je ne retrouve pas l’ambiance solidaire, combative, et festive de Vivonne.
Ils m’ont inscrite a une formation « horticulture » qui doit durer 3 mois.
J’espérais que ca me permettrait enfin de sortir a l’air de la cour. Mais j’ai été virée au bout de 2 jours pour « incitation à la rebellion »… Je passe au prétoire la semaine prochaine pour ca.

Je ne risque que le déclassement, déjà effectif, car ils ne veulent pas me gérer à coup de QD. Le chef s’est mis en tête le défi de m’apprendre l’obéissance sans violence,de prouver à ses collègues qu’il y est arrivé, lui.
Donc pour ca il ne faut pas que j’aille au mitard d’où les transferts disciplinaires sont plus rapides à obtenir.
Je voudrais partir d’ici, etre en CD où je pourrais voir mes parents en UVF, mais ca traine…
J’ai bien sûr fait les courriers à l’OIP, à mon avocat, au Défenseur des droits et au Controleur général à propos des fouilles systématiques par palpation, mais là ca traine.
Le 28 avril au plus tard j’aurai quelques secondes à l’air lors de l’extraction pour le procès à Poitiers. Je viens d’apprendre qu’il y en aura un aussi le 29 juin à Evry pour des engueulades avec les matons de Fleury, presque 1 an après…
Et il y a toujours le risque d’un autre à Lille, pour des faits vieux de plus de 18 mois à la MAF de Séquedin.
Quand ils tiennent un pigeon pour faire tourner les taules pourries, ils ne le lachent pas si vite hein ! (…)
Dimanche 22 février

Salut !
(Au sujet du numéro 40 de L’Envolée:) Je suis d’accord avec les extraits de lettres qui ont été choisis pour accompagner notre plate forme de la MAF de Vivonne. Mais je suis triste qu’il y en ait autant demoi, à croire qu’on avait raison avec (les copines) quand on ironisait sur « les trois pékins de l’envolée »… Par contre j’ai lu avec grand plaisir le compte-rendu de Marina de leur procès. En trois mois à Fleury, je ne l’avais rencontrée que quatre fois au sport, durant mes pauses entre les peines de QD, et je sais que c’est une nana pêchue. D’habitude dans le journal on lit surtout « je suis encore au QI » ou « Ils sont venus à 10 me cogner dessus ». De pouvoir lire que des camarades ont transformé le grand cirque judiciaire en une occasion de vie sociale, avec en plus de l’humour sur la phallocratie des enfermeurs, ça change dans le bon sens !

Je continue à croire qu’il est possible que des plateformes sortent des différentes taules, des différents quartiers, des différents étages. Pour ça, cependant, il faut deux conditions. D’abord l’amitié, ou de la confiance, entre les rédacteurs/trices, ce que les chercheurs en sociologie appellent du « lien social ». Par définition une plateforme collective ne peut sortir d’un lieu d’isolement (QI, QD, UHSI…). Mais nous avons prouvé que c’était possible en MA ou en « portes fermées », ça laisse, de fait, les plus rebelles sans guère de possibilité : l’AP connaît son taff… Donc il faut que le journal remotive des gens qui écrivent peu (souvent, et c’est tant mieux, parce qu’ils arrivent à s’occuper un peu avec les activités proposées). (…) Pour ça un appel officiel comme la lettre de novembre ne marchera pas. Là aussi, comme tu l’as fait avec moi, il faut une relance plus amicale, plus personnelle.

J’ai aussi appris que des potes à moi avaient décidé de créer un blog pour éditer les lettres à propose de la taule sur un site plus pérenne que rebellyon
(ndlr : https://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/).
Au début ça m’a choqué : je ne suis pas une rock star ! Mais j’ai compris les explications et je vous fais confiance.

L’internement a été une dure épreuve, tant pour moi, pour mes parents, que pour vous. Je ne pense pas que ça se reproduira, du mois à Strasbourg. Depuis le 27 janvier, je n’ai pas été appelée une seule fois au SMPR. Ça ne me gêne pas car je sais que je n’en tirerai rien de bon. Si je suis encore là (ce qui me semble malheureusement possible car il ne semblent pas décidés à organiser un transfert rapide, c’est-à-dire disciplinaire) quand ils étudieront les RPS, je demanderai just eune attestation de refus de suivi.

Pour moi, ici et pour le moment c’est une espèce de statu quo. Le chef du QF a décidé qu’il ne cèderait pas sur les palpations systématiques, avant la promenade. Voici donc près d’un mois que je ne suis pas allée dans la cour. Comme à Fleury, il n’y a pas de QI et il ne veut pas jouer la carte QD (à mon avis à cause de leur gestion dégueulasse les 10, 11 et 12 janvier dont il y a de quoi avoir honte). Donc il me laisse aller à pas mal d’activités. Celles qui ont lieu au QF (aumônerie, sophrologie et médiation animale), ça ne pose pas de problème. Mais celles qui ont lieu dans le bâtiment socio, aussi utilisé par les gars, c’est plus compliqué car ils étaient habitués aux palpations systématiques. Il est arrivé à organiser un changement d’habitudes pour la gymnase et la biblio et du coup, on passe toutes juste sous le portique. Mais je me suis vue refuser les cours niveau DAEU, mixtes. Il m’avait même inscrite à une formation horticulture prévue pour trois mois.
Contrairement au dernier stage, et bien que la salle de cour soit au QF, on ne se faisait plus pelotter, on passait juste sous le portique. C’était une victoire dont les autres filles n’ont pas pris la mesure. Je l’ai relevée durant les cours et j’ai été accusée d’ « incitation à la rébellion ». Si au moins ça avait pu être vrai … ! J’ai été virée de la formation au bout de deux jours et je dois avoir un prétoire prochainement qui ne fera que valider cette expulsion. Je ne suis pas arrivée à faire évoluer mes condisciples, qui me disaient : « Pourquoi tu parles mal aux surveillantes ? Elles sont gentilles. Elles ne font que leur boulot en nous palpant, c’est pour notre sécurité. Si ça ne te plaît pas d’être en prison, tu n’avais qu’à ne pas faire de conneries. Maintenant tu dois payer, c’est normal. S’il n’y avait pas de lois, ça serait celle de la jungle, tout le monde ferait n’importe quoi. Quand tu sortiras (si tu te calmes), tu auras payé ta dette ». Dur à entendre de la part de gens sans uniformes ! Donc, pour l’instant, j’ai quelques activités les lundis, mardis, mercredis et jeudis.
Le vendredi il n’y a que la douche du matin pour sortir de cellule. Le WE, rien (mais, parfois, pour tromper le temps, je vais à la messe, rigole pas!) Bref, je suis entre 22 et 24h par jour en cellule.

Christine.

PS : Je viens de relire mes textes dans l’envolée. Depuis Fleury je disais « Je fais gaffe à ne pas risquer du pénal ». Et ben c’est raté ! J’ai été en GAV le 25 septembre, 4 jours avant mon transfert sur Vivonne. Plusieurs matons avaient déposé plainte pour « violences ». Le proc’ n’avait pas demandé une comparution immédiate, contrairement à l’habitude. Il avait demandé un complément d’information. Depuis plus de quatre mois sans nouvelles, j’avais espéré que c’était classé sans suite. Mais je viens de signer une convocation pour le tribunal d’Evry le 29 juin pour trois « rébellions » et une « violence ».

Encore un truc : le côté « local » de la plateforme permet à des gens non-politisés de parler de leur quotidien et des idées qu’ils ont pour l’améliorer. Ça permet de mettre dans le mouvement des gens qui nous traiteraient d’utopistes si on ne réclamait « que » l’abolition de la prison. C’est sur ces idées, ces râleries entendues en promenade, qu’on peut bâtir une plate-forme qui reflète les idées de la « base », ce concept politique de gauche syndicaliste.
Le 28/01

Salut !

J’ai bien recu ta lettre à l’UHSA et ca m’a fait plaisir de savoir que l’info circulait bien, que du monde dehors était efficace.
L’ambiance à l’UHSA etait très différente de ce que j’avais connu il y a 4 ans au Vinatier.

Je n’ai pas été à l’isolement ( je venais d’en bouffer 5 jours horribles ) et ils ont arrété le traitement. Donc j’ai pu  m’expliquer et ils ont très vite compris que je n’étais pas malade. J’ai pu faire quelques activités avec les autres « patients » et j’ai profité de la mixité dont je suis privée depuis 27 mois.. c’est le psychiatre qui me suivait qui a levé l’HO, le JLD n’a servi a rien.
Bref ca n’a duré qu’une semaine et je suis revenue à la MA de Strasbourg lundi, avant hier, vers 16 heures.

Le problème c’est qu ils continuent avec les palpations  systématiques,comme a Fleury… L’ambiance ressemble plutot à la Talau: un petit QF de 30 nanas dans une vieille taule en centre ville. Mais ils veulent pas démordre de leurs saloperies de tripotage avant chaque promenade. Et ca moi, je ne peux pas accepter. D’habitude, dans ce cas, je bloque le mitard pour accélerer le transfert. Mais la on dirait qu’ils ne veulent pas. Le bricard veut beaucoup me parler et m’a lu une note interne qui sous couvert de vigipirate autorise ( et impose) ces fouilles illégales. Bien sur, je vais essayer de l’attaquer mais je sais que ce sera aussi long qu’inefficace. Donc pour l’instant, (depuis 2 jours), ils me repoussent sans trop de violence en cellule à 4 à chaque fois que je veux aller en promenade sans qu’ils me touchent. Je ne sais pas ce qu’il va en etre pour le sport et l’école mais si je suis privée de tout ca va etre dur !
En fait, comme à chaque fois, je ne comprends pas pourquoi les autres filles acceptent. Elles trouvent ca normal, ca ne les choque pas. Et ce n’est pas dans ce petit QF de MA que je trouverai des basques ou autres capables d’entendre un discours politique…
Mes potes de Vivonne me manquent. (…)

Gardez la niaque !

Maison d’arrêt de Poitiers Vivonne ( nov 2014/janv 2015)

L’introduction et les courriers marqués d’un * sont repris sur l’Envolée.

Christine et deux autres prisonnières se sont emparées de la proposition de plate-forme. Les extraits de courriers qui suivent témoignent des échanges, des doutes, des questions que suscite l’élaboration d’une parole collective. Elles ont finalement opté pour une liste de revendications en deux parties : revendications locales et revendications communes à toutes les détentions, que nous publions à la suite.

Maison d’arrêt des femmes du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne

Le 2 novembre 2014

Salut, […] Après pas mal de débats avec les deux copines d’ici, on est tombées d’accord sur l’utilité de coordonner les revendications locales dans les taules (voire dans les bâtiments) et de les porter dehors. Mais, je l’avoue, les premières phrases ont plutôt été : « Quelles revendications ? Les prisonnières sont adaptées et moutonnières ! On n’a aucune revendication commune. En prison, il n’y en a qu’un sur cent qui se bat. Et dehors, c’est pareil : l’Envolée, c’est quoi ? Trois pékins ? » Mais, portées par l’enthousiasme, on s’est dit que si l’Envolée pouvait faire passer dans toutes les taules les infos d’une lutte dans une, ça pourrait soutenir le moral des gens qui râlent ailleurs, sans savoir qu’il y a ce combat ailleurs.
Les Basques m’ont parlé aussi d’une bagarre qu’elles ont menée pour obtenir (comme les autres enfermées à Vivonne) les parloirs le samedi matin : dès que leurs familles ont diffusé des tracts au marché et devant la prison, ça a été accepté. Cette expérience prouve que si on arrive à sortir une liste de revendications dans le journal local, ça sera efficace. Du coup, j’ai écrit la liste suivante et je l’ai fait approuver par toutes les filles de la promenade. Bien sûr, ça ne veut rien dire car le jour où il faudra relever les manches pour obtenir des choses, on ne sera que trois à risquer le mitard (et dans le cas des Basques, ça nécessitera une coordination dans leur organisation). Mais bon, on aura la légitimité de dire au prétoire que si le mode d’action nous est personnel, la plate-forme était collectivement réfléchie…
PS : Comme à la télé, on a vu les manifs contre les violences policières suite à la mort de Rémi Fraisse, on a voulu se solidariser (à trois) et on a mis une affiche en promenade : « Assassiné sur la ZAD – suicidé(e)s en prison. Dedans ou dehors – la répression tue » : aucun écho, ni des filles, ni de l’AP…

*Jeudi 11 décembre

Nous avons donc affiché la liste de revendications le jeudi 13 sur le tableau des notes de services. A notre surprise, la feuille manuscrite y est restée quatre jours ! Mais nous n’avons eu aucun retour. Je l’ai donc expédiée à la direction qui n’a pas fait plus de commentaires. Alors nous avons fait une lettre, extrêmement polie, pour demander l’ouverture d’une salle aux mêmes heures que les promenades. Elle a été signée par toutes les filles de la MAF. Quand elle a été remise à la chef, j’étais déjà au mitard [NDLR : sanctionnée pour un refus de fouille à nu].
J’ai appris que le chef de bâtiment avait convoqué toutes les filles une par une dans son bureau pour leur faire peur en disant que les revendications collectives étaient interdites. Bien sûr, ils n’ont pas osé mentir ainsi aux Basques et à moi. En effet, ce qui est passible d’un CRI (compte-rendu d’incident), c’est « une action collective mettant en danger la sûreté de l’établissement », ce qui n’est pas notre cas. Au contraire, la loi de 2009 incite l’AP à consulter les détenus sur les activités qui leur sont proposées. Il en a profité pour leur dire aussi que c’était interdit de me saluer en criant (et comment peut-on faire autrement avec le béton qui nous sépare ?). Donc depuis quinze jours, seules les Basques me parlent.Bref, c’est l’attitude classique de l’AP…

*Le 11 décembre 2014

Je suis tout à fait d’accord avec le discours de Franck. Malheureusement, je suis d’accord avec son analyse sur notre impuissance !

Il veut déposer plainte contre l’AP… qu’il essaie donc et il verra, là encore, à quel mur il se heurte. Je l’ai fait à plusieurs reprises et ça traîne encore trois ans après mon dépôt de plainte. Pour eux, pas de comparution immédiate ! Peut-être que s’il a un bon avocat… je lui souhaite sincèrement ! […]
Je recopie ce que M. m’a écrit suite à sa lecture sur le texte de Franck : « J’ai parlé avec I., et bon, nous sommes d’accord toutes les deux pour dire qu’il se trompe à la base. Le problème c’est l’origine même de ce système pénitentiaire (pourquoi et dans quel but a-t-il été créé ?), et pas le trop grand nombre de bleus pourris comme il le prétend. Nous pensons également qu’il se contredit quelquefois (il pense que les prétoires sont importants mais reconnaît que la direction de la prison est impliquée, par exemple). Et bien sûr, si ce sont des actions bien organisées et qui cherchent l’union des gens, c’est bien, même, ce qu’il propose. Il faut se battre, dans l’union et l’organisation, et sur plusieurs fronts, à notre avis. Franchement, juste avec ce qu’il propose, vous n’arriverez pas très loin. Mais bon, c’est mieux que rien… pendant ce temps, nous continuerons ici… ça oui, debout et en lutte.
Bien sûr, il faut s’unir, et TOUTES les stratégies de lutte sont légitimes : la voie légale – en sachant ce qu’est leur Justice – et l’illégale.
Mais, à mon avis, il se croit trop dans un État démocratique. On peut faire améliorer les conditions de vie en prison, mais si on ne fait pas tomber le système capitaliste, ce monstre de l’AP continuera.

*Décembre 2014

LISTE DE REVENDICATIONS DES PRISONNIERES DE LA MAF DE VIVONNE

COMME AILLEURS, NOUS VOULONS :

– Des payes correctes, tant aux ateliers qu’au service général
– La suppression des QI et des régimes différenciés au CD
– Les portes ouvertes en MA et/ou le téléphone en cellule
– La mise en place systématique des aménagements de peine sans délais et des transferts en CD dès la condamnation
– La facilitation du téléphone, des parloirs et des UVF avec nos proches, enfermés ou non
– La fin des fouilles systématiques et/ou punitives
– Les repas appétissants : marre de manger du plastique !

LOCALEMENT, NOUS DEMANDONS :

– Des conditions dignes à la nursery : arrêt des réveils nocturnes, une cour avec de l’herbe, des temps de socialisation pour la maman… – L’accès à l’école pour toutes : fin des refus avec la fausse excuse de la mixité
– La télé à 8 euros par mois : alignement sur la loi, comme dans les prisons publiques (18 euros ici pour Eurest)
– La fin de l’interdiction des apports aux parloirs (livres, disques, produits d’hygiène…) : on n’est pas là pour enrichir les cantines privées
– L’ouverture d’une salle de convivialité : elle doit être systématique quand la météo est mauvaise car il n’y a pas de préau dans la cour
– Plus d’activités : actuellement, il n’y a que « bricolages en papier « et « fitness », 2h. par semaine
– L’accès au terrain de foot : seuls les hommes y ont droit
– La gratuité du courrier interne : on doit timbrer les lettres pour le quartier hommes (Ces demandes sont toutes réalisables dans l’état actuel de la législation)

*Mardi 6 janvier

[NDLR: écrit depuis le mitard après une embrouille avec des surveillants]

Salut ! Il y a quand même eu un truc très chouette. Le jeudi 25, six filles ont dit qu’elles ne rentreraient de promenade que lorsqu’elles auraient vu un chef pour lui remettre un courrier à propos des conditions de vie au quartier disciplinaire (QD). Elles ont obtenu gain de cause sans aucune violence. Elles passent au prétoire demain (mais les deux cellules du mitard sont déjà occupées : l’une d’elles est de nouveau de retour pour une pécadille et ces salauds lui appliquent le même protocole qu’à moi. Elle est donc en grève de la faim depuis deux jours). […] On n’a pas eu de retour officiel de notre affiche, qui est quand même restée quatre jours. Durant mes cinq jours de pause, on a demandé l’ouverture exceptionnelle d’une salle pour partager ensemble le premier repas de 2015, mais sans pétition.
Le 30, alors que j’étais au QD, on leur a dit que c’était accepté, mais que pour un goûter. Puis le soir, les matonnes leur ont dit que celles qui avaient un CRI (celles qui avaient exprimé leur solidarité contre la torture du QD cinq jours avant) en étaient interdites. Voilà comment marche l’AP… Je te recopie ce qu’écrivent les copines suite à la lecture de ta lettre : « Pour te répondre nous ne savons pas trop quoi dire… peut-être nous insisterons sutout sur un aspect : l’organisation. Peut- être faudrait-il faire des efforts pour trouver quelqu’un/une dans chaque prison pour faire un réseau de gens et de groupes, un réseau le plus ample possible. Après, les revendications, je ne pense pas que ça sera difficile d’en trouver en commun… et recevoir et envoyer de l’information, on est partantes, oui. »

Mardi 6 janvier

Salut

Je suis à nouveau au mitard. (…) Je suis sortie du mitard le 17 décembre. Ils voulaient me foutre au QI mais ils ont cédé aux arguments d’une bricarde moins conne que la moyenne et je suis retournée à la MAF. J’étais contente de revoir les filles mais triste parce que l’une d’entre elles venait de prendre 8 jours de QD, on avait passé ma dernière journée à causer à la fenêtre. Le dimanche 21 au soir, je voulais qu’ils lui passent du rab de la gamelle (j’avais laissé mon yaourt au chocolat car je sais qu’elle aime ça). Ils ont géré ma demande par le mensonge et le mépris.
Donc, le lendemain matin, à 7h, à l’ouverture, je suis sortie de la cellule avec ce foutu yaourt pour discuter avec la surveillante dans le couloir. Mais il y avait aussi un bricard avec qui ça s’était mal passé durant les 30 jours précédents. Il gueulait et m’a foutue au sol pour me menotter et m’envoyer au QD. Je me suis laissée faire. Au mitard, pour calmer le jeu, j’ai accepté de vider mes poches et j’ai dit que je donnerai mon survêtement qui avait un lacet en éch    ange d’un jean. Mais ce con tenait à sa crise d’autorité. J’ai négocié un quart d’heure puis il est redevenu violent. Là je suis arrivée à le mordre par deux fois au mollet. J’ai pris de la lacrymo en pleine face et ils sont sortis. J’ai attendu à poil jusqu’à 11H pour avoir enfin de quoi me laver et m’habiller.
Pour la promenade de l’après-midi, ils sont venus à quatre avec casques et boucliers et m’ont dit de me mettre face au mur pour être menottée. J’ai refusé et ça a encore cogné. Idem le mardi matin. Quand le médecin est venu pour la visite obligatoire, ils sont restés avec lui dans la cellule. Au prétoire, sans surprise, j’ai pris 30 jours. Le directeur m’a aussi promis le transfert disciplinaire (ouf!) après la GAV et la comparution immédiate qui devait suivre.
Depuis, chaque ouverture se fait avec les robocops mais ils ne tentent plus de me menotter et je reste assise sur le lit quand ils déposent la gamelle sur la table. Je prends quand même des coups régulièrement et le mépris est à son paroxysme (refus de me donner la balayette, refus de chaussures pour la promenade, froid en cellule, pas de respect du secret médical, etc…).
Là j’attends avec impatience la gardav’, ça me fera une pause dans la violence de l’AP.
J’avais eu une GAV le 8 décembre et ça s’était très bien passé. J’y ai appris qu’en plus de la plainte de la prison de Vivonne, il y en avait une, vieille de 18 mois, de celle de Séquedin. Si on ajoute à ça celle de Fleury, toujours en suspens, ça fait pas mal ! Bref, j’étais repartie avec une COPJ pour le 28 avril 2015. Là, j’attends la deuxième couche…

Bon voilà où on en est actuellement. Il y a quand même eu un truc très chouette. Le jeudi 25, six filles ont dit qu’elles ne rentreraient de promenade que lorsqu’elles auraient vu un chef pour lui remettre un courrier à propos des conditions de vie au QD. Elles ont obtenu gain de cause, sans aucune violence. Elles passent au prétoire demain (mais les deux cellules sont déjà occupées, I. est de nouveau de retour pour une pécadille et ces salauds lui appliquent le même protocole qu’à moi. Elle est donc en grève de la faim depuis deux jours).

On n’a pas eu de retour officiel de notre affiche (ndlr : une liste de revendications collectives) qui est quand même restée 4 jours. Mais l’officier a pris à part quelques filles pour leur dire de se méfier de « celles qui font de la politique » et les menacer d’un CRI si elles me répondaient de la cour. Bien sûr, ni les Basques ni moi avons eu droit à ces menaces idiotes et on a continué à se saluer tous les jours, entraînant de timides cris des autres.

Durant mes cinq jours de pause, on a demandé l’ouverture exceptionnelle d’une salle pour partager ensemble le premier repas de 2015, mais sans pétition. Le 30, alors que j’étais au QD, on leur a dit que c’était accepté mais que pour un goûter. Puis le soir, les matonnes leur ont dit que celles qui avaient un CRI (celles qui avaient exprimé leur solidarité envers la torture du QD cinq jours avant) en étaient interdites. Voilà comment marche l’AP… (…)

Je n’ai eu la réponse de la JAP que le 18 (j’attendais depuis plus de 48h, j’étais sur les dents!) : refus. Je pensais que l’appel viendrait de la proc’, pas d’elle puisque l’AP était pour. Mais entre temps, les conditions s’étaient bien dégradées au QD et il y avait cette première GAV… Bien sûr j’ai fait appel avec le baveux, mais sans aucun espoir vu l’ambiance actuelle. Je ne crois plus pouvoir sortir en 2015 de ces murs. Et merde ! (…)

Lettres de Fleury ( juillet / aout 2014)

Une lettre en date du 4 juin 2015 revient sur les violences subies par Christine à Fleury Mérogis, suite auxquelles elle passe en procès le 29 juin 2015 au tribunal d’Évry. La voilà ici :

Je suis arrivée début juillet (je ne me souviens d’aucune date par cœur et je n’ai pas mon cahier avec moi) à Fleury, en transfert-transit entre Rennes et Vivonnes (2 CD [Centre de Détention]).

Comme d’habitude, à l’arrivée, je refuse de donner mes empreintes au greffe. Je leur explique calmement « Soit vous rester calmes et on règle ça dans une semaine avec un prétoire où je ne risque pas plus de 7 jours ; soit vous me les prenez de force, on risque de se faire mal, ça va compliquer tout le reste de la détention ici et, de toutes façons, vous n’aurez rien d’utilisable ». Ils choisissent la force, ce qui donne une photo assez comique et pas d’empreintes palmaires. Je résiste mais ne me débat pas. Arrivée à la MAF [Maison d’Arrêt Femmes], en camion vu la taille de la taule, un chef vient me dire que je vais direct au mitard. Je lui dit qu’il va avoir du mal à le justifier mais que j’accepte. Je suis encore menottée, il y a des agents avec l’équipement pare-coups (casques, plastrons, etc.). Je redis que je vais y aller seule mais ils veulent me tenir. Du coup, je me débats et ils m’y portent de force. Là, je refuse la fouille et je rue comme je peux pendant qu’ils me pelotent.

Le prétoire 2 jours plus tard est annulé car, comme je l’avais prévu, il n’y a pas de justificatif de mise en prévention. Je vais au QA 3 jours puis ils le refont correctement. Je prend 7 jours de QD [Quartier Disciplinaire (« mitard »)]. Durant la GAV [Garde à vue], presque 3 mois plus tard, ils me diront que 2 surveillantes ont été blessées (2 et 3 jours d’ITT) lors de la fouille. C’est la première affaire de violences.

Quand je passe au prétoire, donc, une semaine après mon arrivée, ils veulent me fouiller « parce que c’est comme ça pour tout le monde, tout le temps ». Je leur explique la loi de 2009 qui exige des justifications individuelles et finis par accepter contre la note de service que je pourrais attaquer au TA [Tribunal Administratif]. La matonne chargée de la fouille à nu fait du zèle, retire les lacets des tennis (alors que je ne suis pas suicidaire), exige d’examiner la culotte que j’ai aux chevilles. Je jette le slip à terre et, pendant qu’elle le ramasse, met mon index valide (un a été salement amoché – 6 points de suture – dans les violences précédentes) dans mon vagin avant de lui tendre sous le nez en disant « T’es sûre que ça ne sent pas le shit là ? ». Elle hurle « Me touches pas, salope ! », fuit et crie encore derrière la porte « Je vais te casser la gueule ! ». Pour ça, je prendrais 30 jours de QD et c’est la 2ème affaire (violences sans ITT) qui sera jugée le 29 juin.

Pendant ces 30 jours, les conflits se sont multipliés : 23 CRI au total. La chef de détention n’en garde que 5 et j’ai un nouveau prétoire, 2 jours après être sortie. A nouveau « Vous allez au QD donc fouille à nu ». Je refuse car je n’ai jamais eu la note promise. Elles sont 3 matonnes à négocier presque 1h. A la fin, ils me menottent puis reviennent en masse : 4 femmes en tenue, 4 autres avec les gants plastiques, au moins 4 mecs dans le couloir. Ils me déshabillent entièrement, arrachent le slip, cassant la braguette du pantalon. Écartelée, face à terre, j’ai peur. Quand ils me lâchent, je me précipite vers la porte et y passe le bras pour empêcher la fermeture et parler au chef de la MAF.

En GAV, ils me diront que j’ai touché une surveillante au visage (5 jours d’ITT) – 3ème affaire. Moi, je dépose plainte pour violences sexuelles en réunion. Bien sur, elle est enterrée. Pour ça, je prendrais 20 jours.

Un médecin, particulièrement lâche, refuse de m’examiner face à face, sans la présence des bleus. Ça fait une semaine que je n’ai pas eu de visite bien que la loi en prévoit 2 par semaine. Je m’avance dans le couloir pour lui parler. Un briscard (DUREIL) me repousse, je me débats, il m’agrippe par le cou, moi aussi et sa chaînette en or casse. Ils arrivent à me rentrer en s’y mettant à plusieurs. Après, petit à petit, le médecin n’aura plus peur de moi et me recevra correctement à l’UCSA [Unité de consultation et de soins ambulatoires]. L’autre médecin, Mme Lecu, elle, est toujours correcte (c’est elle qui m’a recousu le doigt).

Pour ça, je prends 30 jours de QD, mais 22 avec sursis (nouvelle directrice). Il n’a aucun ITT ce kakou mais c’est la 4ème affaire. Il a provoqué de plus en plus jusqu’à la fin et a été souvent violent.

Je pars de Fleury pile 3 mois après y être arrivée, du mitard où j’ai passé 87 jours sur les 92 passés là-bas. Arrivée à Vivonne, ils prennent aussi les empreintes digitales et la photo de force.

Procès à Evry le 29 juin à 13h30.

NB : les mitards à Fleury sont les pires : chiottes turcs, pas de fenêtres, réveils toutes les heures la nuit, cour minuscule, douches sales, utilisés pour les nanas en crise psy…


Les lettres suivantes sont celles écrites durant la periode passée à Fleury-Mérogis

(juillet, août et septembre 2014)

Fleury-Mérogis, dimanche 6 juillet
Salut !
[…] Tu arrives à me lire ? L’index est encore emmailloté et raide mais je coince le stylo avec le majeur et ça marche plutôt bien. On doit retirer les fils demain (6 points quand même). Je devais faire une radio de contrôle pour savoir s’il n’était pas fêlé (je ne crois pas) mais ça a été reporté : sûrement en même temps demain, quand la toubib (honnête) leur aura mis un coup de pression…
[…]
[Je connais déjà le mitard de Fleury.] En fait, c’est la première cellule que j’ai vue (à part celle d’attente au greffe). J’ai bien sûr refusé les empreintes digitales, biométriques et photo à l’arrivée. Ils ont joué les gros bras, faisant une photo assez rigolote de ma tronche grimaçante, avec épaule en arrière, 2 mains gantées sur le cou, 1 main tirant les cheveux en arrière… Une vraie pub pour Guantanamo ! J’avais accepté d’aller seule au mitard pour calmer le jeu après avoir ruiné leur espoir d’avoir des empreintes à l’encre utilisables. Mais là encore, ils n’ont pas voulu avoir mis les équipements anti-émeutes (casques, cuirasses pare-coups…) pour rien et se sont ridiculisés à m’y porter. Toute l’AM, ils se sont vengés en m’y laissant sans rien (ni lunettes, ni tabac, ni bouquins, ni même repas). Ça s’est calmé avec la gamelle le soir et la visite « arrivante » chez le toubib qui m’a reçue seule (pas comme à Sequedin).
Le lendemain, j’ai demandé plusieurs fois le transistor auquel on a le droit au QD [Quartier Disciplinaire] mais ils faisaient comme à Réau : « on en a pas, ils sont tous cassés et d’ailleurs il n’y a pas de réseau ». Donc le dimanche, j’ai bloqué la promenade à 11h et ils m’ont rentrée de force (mais sans boucliers et menottes). Le lundi, rebelotte, d’où le doigt dans la porte. Ils m’ont laissée sans soins durant 2h, juste pour savourer leur vengeance alors qu’ils voyaient que ça saignait.
A 14h, je devais passer au prétoire, mais avant ils m’ont quand même laissée aller à l’infirmerie où la médecin m’a recousue avec une anesthésie locale, du beau travail. Puis, bien que (et peut-être parce que) je n’avais pas d’avocat malgré ma demande, ils ont décidé un report de la commission de discipline et donc une levée de prévention.
Je me suis donc retrouvée au quartier arrivant. La cour était aussi minable que celle du mitard mais on pouvait y être 4h par jour et en groupe. Ils nous réveillaient aussi toutes les heures la nuit, mais la cellule avait une grande fenêtre d’où on voyait des oiseaux (pas de fenêtre du tout au mitard). J’y suis restée jusqu’à jeudi 13h30, avec un bon contact avec mes voisines, tout juste arrivées de GAV et complètement paumées, ayant besoin de beaucoup d’infos et d’aide pour les courriers.
Donc jeudi, nouveau prétoire. Il y avait un commis d’office à qui j’ai un peu appris son boulot et qui a été choqué de la violence utilisée. Est-ce à cause de ça ? Je n’ai pris « que » 7 jours. Comme j’en avais déjà fait 4 et qu’ici on sort le matin (et pas le soir comme à Rennes), dès samedi 9h j’étais dans la cellule du quartier des condamnées, dans l’aile 6E.
Durant ces 2 jours, j’ai continué à me battre pour avoir le transistor (que j’ai finalement obtenu vendredi à 18h) et refuser les fouilles systématiques. Ça m’a valu 3 CRI qui seront audiencés mardi à 14h. J’ai demandé à mon avocat d’être là, je ne sais pas encore s’il sera disponible. Je risque 30 jours car ils m’accusent de violences (ça faisait longtemps !). Les bricards hommes sont particulièrement remontés contre moi car je mets leur légitimité de mâles (faire peur aux taulardes) en cause. Là encore, je n’ai eu mes livres et mes médicaments (j’avais mis le tabac dans les poches en prévention) que 18h après le prétoire…
Depuis que je suis dans l’aile 6E (l’étage du 6ème couloir), une des ailes des condamnées, la pression ne baisse pas vraiment. Je suis, bien sûr, seule en cellule (bien plus grande qu’à Rennes soit dit en passant), privilège des « emmerdeuses » que j’ai toujours eu. Pour me mettre en promenade ou me servir la gamelle, ils sont constamment en surnombre (au moins trois selon la directive, mais jusqu’à 8 quand c’est un bricard homme qui gueule). En fait, la différence avec Sequedin c’est qu’ici il n’y a pas de QI…
Je ne sais pas combien de temps je vais rester à Fleury. Certes, c’est lourd pour eux et ils stressent (surtout les plus cons). Mais il y a un procès à la cour d’appel de Paris le 26/09 et ils voudront peut-être économiser un transfert depuis Poitiers. Dans ce cas, pour parer à l’absence de QI, ils peuvent motiver du QD à gogo. Ca me fait un peu chier. D’abord parce que je ne vais pas pouvoir le cacher éternellement à ma mère. Ensuite parce que j’ai retrouvé ici une fille avec qui je m’entendais bien à Réau et que j’aime mieux les promenades avec elle que toute seule. Enfin car il y a un stage de théâtre du 17/07 au 6/08 et que ça occuperait mieux que la branlette… […]


Fleury-Mérogis, vendredi 18 juillet

Salut !
[Mardi 8] à 14h, j’avais un nouveau prétoire. Il n’y avait que 2 CRI : un refus de retour de promenade du QD pour négocier le transistor (que j’ai eu le dernier soir) et une « violence sur agents ». En fait, le jeudi 3, lors du 2ème prétoire pour le refus de fichage, ils m’ont ordonné une fouille à nue. J’ai essayé de négocier, expliquant au chef de détention que les fouilles devaient être justifiées. Il m’a sorti une note de service disant qu’elles étaient systématiques à l’entrée du QD. J’ai alors accepté en échange d’une photocopie de cette note pour que je puisse l’attaquer au TA, comme celle de Rennes […]. Il n’y avait qu’une matonne avec moi dans la salle . Elle faisait du zèle : elle a retiré les lacets des tennis, voulait examiner le slip (comme s’il y avait une poche !) que j’avais de moi-même baissé jusqu’au chevilles pour qu’elle ait le temps de voir ma chatte et mon cul. Je lui ai alors jeté le slip et, pendant qu’elle se baissait pour le ramasser, j’ai mis mon index valide dans mon vagin. Quand elle me l’a rendu, je lui ai dit : « T’es sûre que ça suffit ? Tiens, renifle donc pour voir si j’avais planqué du shit » en lui tendant le doigt sous le nez. Elle est devenue hystérique, elle est sortie en hurlant « Me touche pas, salope ! », puis, elle a encore crié. « Je vais t ’éclater la gueule ! ». Bon, tu connais l’AP, bien que je ne l’ai pas touchée, que ça soit elle qui m’ai insultée et menacée, j’ai pris 30 jours (+ 5 confusionnées pour le refus de réintégrer).
Donc, à nouveau « Vous allez au mitard donc on va faire une fouille intégrale ». C’était d’autant plus idiot qu’ils m’avaient passé à la poêle (détecteur de métaux) et qu’ils savaient par expérience que je n’avais ni shit ni médocs. Donc j’ai refusé très calmement tant que je n’aurai pas la justification individuelle. Les matonnes, qui avaient apprécié le calme dans lequel s’était déroulé la commission de discipline, ont essayé de négocier (« on va faire vite, on vous touche pas, on obéit juste aux ordres, on ne cherche pas la merde ») durant une heure en entier.
Puis, l’heure de la gamelle arrivant, elles sont allées en référer au chef qui a envoyé 4 d’entre elles avec les casques et autant avec les gants en plastiques et autant de mecs dans le couloir.
Ils m’ont entièrement foutue à poil, arrachant et déchirant le slip, cassant le fermeture du pantalon. Écartelée, à plat ventre, j’ai eu peur qu’ils me rentrent les doigts dedans, mais leur « tournante » s’est arrêtée là. Par contre mon doigt dont on venait de retirer les points s’est réouvert et le médecin n’a pu que mettre des strips durant 10 jours (on les a enlevés ce matin, c’est propre). J’ai pu voir le toubib 1 heure après, à 19h, mais je n’ai eu me s livres et de quoi écrire que le lendemain (ça s’appelle « faire tricarde une emmerdeuse »).
Bon, depuis la situation s’est nettement calmée. J’ai mes deux promenades par jour, le transistor, le courrier timbré dans des délais corrects. En fait, l’ambiance dépend beaucoup de l’équipe de la demi-journée : les 2 bricardes femmes sont moins chercheuses de merde que les hommes qui ont envie de se bagarrer (mais toujours en surnombre, ces lâches). J’ai eu hier un retour forcé en cellule car le toubib remplaçant, comme à Sequedin, à eu peur, à cause même de ce surnombre, de tirer la porte derrière lui pour faire un semblant de confidentialité médicale. J’ai pas mal de problèmes pour correspondre avec K. car, si le courrier timbré passe bien, l’intérieur est très ralenti pour vérifier si je « n’incite pas à l’émeute ». Mais surtout, il fait très chaud au mitard, où il n’y a même pas de fenêtre (un hublot face au plafond dans le sas). Selon les équipes, ils me laissent cuire dedans ou ouvrent la porte (pas la grille hein !) voire même celle de la cour de promenade en même temps pour essayer de faire un courant d’air (qui tient d’ailleurs plus de la méthode Coué). Ce qui est très lourd, c’est le réveil toutes les heures de 19h à 7h, totalement inutile en termes de sécurité. Là, ça ne sert à rien de mettre le drap sur la grille pour boucher la vue depuis le judas car il suffit que le bricard laisse la porte ouverte à 20h pour ne plus se déplacer de la nuit (la nuit seul le chef a les clés, pas les matonnes).
Bon, ceci dit, je ne vais pas mal. J’ai plein de courrier. […] J’ai demandé la visite de l’aumônier pour passer le temps (pour l’instant, pas de réponse). J’ai eu donc une lettre de ma prof d’Auxillia qui me propose de bosser sur la Commune de Paris. J’ai encore quelques bouquins envoyés par des potes. Le dirlo, après un coup de fil de (ou à ?) Bidet (le dirlo lâche de Rennes), m’a même « offert » 1/2heure d’entretien hier « pour comprendre ». Il m’a même dit qu’il allait demander à un psychologue (pas psychiatre, hein !) de venir causer 2 fois par semaine. Si ça lui permet d’avoir bonne conscience à ce salopard d’enfermeur, tant mieux pour lui. Moi ça me fait toujours une petite occupation hors de la cellule. Ça serait chouette s’il savait jouer aux échecs le psy…
Lundi, je vois [mon avocat] au parloir, là aussi, ça fera une « sortie ». Mais surtout on va essayer de voir comment accélérer la vraie. Il faut préparer le procès du 26 septembre, quoique la fin officielle des peines planchers devrait aider. Il faut aussi monter le dossier pour la condi. [Mon autre avocat] s’occupe des confusions, même si la 1ère demande a foiré.
[…] Je ne sais pas ce qu’ils ont en tête à propos de mon transfert sur Poitiers. Le 6 août je sors du QD, et, comme il n’y a pas de QI ici et qu’ils ont peur que je motive les filles à refuser les palpations systématiques (à chaque sortie de cellule, même s’il y a un portique à l’entrée de promenade !), je pense que tout dépendra de si d’ici là ils ont appris à respecter la loi ou non… Si ça traîne, malgré le recours au TA, je pense que le 6 au matin je prendrai le camion (même si du coup, ça fera une extraction Poitiers-Paname le 26 septembre pour l’appel). Bon, dans tous les cas, je ne ferai pas le stage théâtre ou sculpture…On verra… En attendant, je joue à « cassoulet » toute seule 😉 …
Sinon, comment ça va ? Ben pas trop mal. Je suis toujours debout, mon doigt se retape, je mange toute ma gamelle. J’entretiens ma colère et m’amuse en relevant la moindre entorse de leur part au règlement ou à la loi. Mais je fais super attention à ce que mes actions ne risquent pas d’entraîner une nouvelle poursuite au pénal.
D’habitude, quand j’ai une voisine au mitard c’est plus cool et on fait des batailles navales ou des parties de dames, chacune sur son lit (E3 ! C5 !). Mais là, j’ai récupéré pour 15 jours une toxico que c’est pas du gâteau… Comme elle me demandait pourquoi j’étais en prison, j’ai répondu, « Comme toi : un juge m’a condamnée, des gendarmes m’y ont amenée et les matons ont fermé la porte ». Cette idiote n’a pas compris le message et a insisté : « Mais pourquoi il t’a condamnée le juge ? ». Comme la réponse « il te l’a dit à toi pourquoi ? Parce qu’il était de mauvaise humeur car cocu ? Parce qu’il avait faim et qu’il voulait pas t’écouter après midi et ½ ? Parce qu’il voulait se venger de ton avocat qui l’avait humilié lors d’un autre procès ? ») ne lui a pas plu, elle a décrété que j’étais « une pédo ». C’est l’insulte majeure des procureurs de coursives dans les taules pour femmes (il paraît que chez les mecs c’est « pédé » ou « pointeur »). Du coup quand elle ne dort pas, cachetonnée, elle m’insulte. Heureusement, j’ai la radio pour couvrir ses conneries… GRR !

Christine

Courrier paru dans l’Envolee

Maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis, le 18 juillet 2014

Salut ! […] Le jeudi 3, lors d’un prétoire pour le refus de fichage, ils m’ont ordonné une fouille à nu. J’ai essayé de négocier, expliquant au chef de déten- tion que depuis 2009 les fouilles devaient être justi- fiées. Il m’a sorti une note de service disant qu’elles étaient systématiques à l’entrée du QD. J’ai alors ac- cepté en échange d’une photocopie de cette note pour que je puisse l’attaquer au tribunal adminis- tratif, comme celle de Rennes […]. Il n’y avait qu’une matonne avec moi dans la salle. Elle faisait du zèle : elle a retiré les lacets des tennis, voulait examiner le slip (comme s’il y avait une poche !) que j’avais de moi-même baissé jusqu’au chevilles pour qu’elle ait le temps de voir ma chatte et mon cul. Je lui ai alors jeté le slip et, pendant qu’elle se baissait pour le ramasser, j’ai mis mon index dans mon vagin. Quand elle me l’a rendu, je lui ai dit : « T’es sûre que ça suffit ? Tiens, renifle donc pour voir si j’avais planqué du shit », en lui tendant le doigt sous le nez. Elle est devenue hystérique, elle est sortie en hurlant : « Me touche pas, salope ! », puis elle a en- core crié : « Je vais t’éclater la gueule ! » Bon, tu connais l’AP, bien que je ne l’aie pas touchée, que ça soit elle qui m’ait insultée et menacée, j’ai pris trente jours. Donc, à nouveau : « Vous allez au mi- tard, donc on va faire une fouille intégrale. » C’était d’autant plus idiot qu’ils m’avaient passée à la poêle (détecteur de métaux) et qu’ils savaient par expé- rience que je n’avais ni shit ni médocs. Donc j’ai re- fusé très calmement, tant que je n’aurais pas lajustification individuelle. Les ma- tonnes, qui avaient apprécié le calme dans lequel s’était déroulée la commission de discipline, ont essayé de négocier : « On va faire vite, on vous touche pas, on obéit juste aux ordres, on ne cherche pas la merde », durant une heure en entier. Puis, l’heure de la gamelle arrivant, elles sont allées en ré- férer au chef qui a envoyé quatre d’entre elles avec les casques et autant avec les gants en plastique, et autant de mecs dans le couloir. Ils m’ont entière- ment foutue à poil, arrachant et déchirant le slip, cassant la fermeture du pantalon. Écartelée, à plat ventre, j’ai eu peur qu’ils me rentrent les doigts de- dans, mais leur « tournante » s’est arrêtée là. […] Bon, depuis, la situation s’est nettement calmée. En fait, l’ambiance dépend beaucoup de l’équipe de la demi-journée : les deux bricardes femmes sont moins chercheuses de merde que les hommes qui ont envie de se bagarrer (mais toujours en surnom- bre, ces lâches). […] Sinon, comment ça va ? Ben pas trop mal. J’entretiens ma colère et m’amuse en relevant la moindre entorse de leur part au règle- ment ou à la loi. Mais je fais super attention à ce que mes actions ne risquent pas d’entraîner une nouvelle poursuite au pénal.

CHRISTINE

« Mercredi 23 juillet, Maison d’arrêt pour femmes (MAF) de Fleury Merogis,

Salut !

J’ai à nouveau changé d’adresse. La tradition du baluchonnage a repris, ils ne sont pas originaux. Et Fleury n’est qu’un transit, puisque je suis officiellement affectée au CD de Poitiers Vivonne. Le QF (quartier femmes) y est minuscule (18 nanas) et c’est tellement branché sécuritaire que les matons l’appellent « centrale ». Alors tu vois, je m’en fous bien d’être au QD (quartier disciplinaire) ici ou là-bas…

Car bien sûr je suis au mitard. C’est même la première cellule que j’ai découvert à Fleury. Ça a commencé au greffe où, comme à chaque fois, j’ai refusé de donner empreintes, photo et biométrie. Ils me sont tombés dessus à 10 contre un, puis j’ai revu les casqués, que j’avais presque oubliés à Rennes. Et oui, le transfert disciplinaire de Rennes n’était motivé que par la volonté de confort de l’AP, mais durant cinq mois il n’y a pas eu de violence avec les matons. J’ai donc fait une semaine de mitard à mon arrivée, avec une petite pause de deux jours au QA (quartier arrivants) car le premier prétoire (1) était vraiment trop mal ficelé pour pouvoir avoir lieu.

Donc le samedi 6 je me suis retrouvée affectée dans une cellule, seule (c’est l’avantage d’être une emmerdeuse !) mais avec la promenade collective dans l’aile condamnées. Je n’en ai pas profité longtemps (j’avais pourtant retrouvé une fille avec qui je m’entendais bien à Réau et c’était plutôt cool) car, comme à Séquedin, il y a des palpations systématiques à chaque sortie de cellule, alors même qu’il y a un portique détecteur de métaux à l’entrée en promenade, c’est donc totalement illégal et je m’y suis opposée. En plus, au QD, il n’y avait pas le transistor auquel on a droit depuis 2009, et j’ai du faire plusieurs blocages de promenade pour l’obtenir le dernier soir. Bref, la même situation qu’à Séquedin où ils jouaient à avoir peur de moi sur la simple foi du dossier. Là aussi ils étaient en surnombre (parfois jusqu’à 6) à chacun de mes mouvements, ce qui les limite, les ralentit et les met sous pression. Comme ici, à la différence de Séquedin ou Joux, il n’y a pas de QI (quartier d’isolement) ils m’ont collée au mitard pour 30 jours depuis le 8 juillet (j’ai fait un recours avec David, l’avocat parisien, car il n’y a pas eu contact avec la matonne qui hurle à la « violence »). Depuis, l’ambiance dépend beaucoup du bricard de service. Ils sont toujours en surnombre (3 pour que je franchisse le 1m50 entre la porte du mitard et celle de la promenade, bien plus pour que j’aille à l’UCSA(2) ou au téléphone), mais ils ont arrêté les tripottages continuels. Ce que je ne sais pas, c’est si ils continuent en détention. (…)

J’ai appris un peu par hasard que je suis conditionnable(3) depuis le 6 juillet. J’ai donc lancé les démarches. L’avocat m’a bien expliqué qu’il ne fallait pas que je rêve trop, d’abord parce qu’il y a deux peines (6 mois + 4 mois) qui n’ont toujours pas été mises à exécution. Et puis surtout que la JAP tient beaucoup compte du « bon comportement » et que mes transferts à répétition ne plaident pas en ma faveur. (…)

Bonne niak à tous et toutes !

Christine »

notes :

  1. Prétoire = commission de discipline interne
  2. UCSA = service médical
  3. être conditionnable = avoir le droit de demander une libération conditionnelle

Fleury-Mérogis, vendredi 21 août
Le 13 août j’ai rencontré le big boss de Fleury (« J’ai 4000 personnes à gérer, mais vous êtes un cas »), comme ça avait été le cas à Séquedin. D’ailleurs, la gestion est exactement la même, le QI en moins. Comme il passait son temps à mentir, disant que j’avais cogné sur des matons à Rennes, je l’ai forcé à me promettre de me faire lire le rapport qui accompagnait mon transfert disciplinaire. Bien sûr, il n’a pas tenu parole et j’ai dû à nouveau faire pression sur le chef de détention. Mardi, j’ai pu le lire. J’y ai donc appris que « l’urgence » qui motivait le transfert c’était un mouvement de matons qui pleurnichaient à la menace de prise d’otages. Je n’ai rien fait, mais un tract syndical a du poids pour obtenir le transfert d’une emmerdeuse ! J’ai lu aussi dans ce rapport de l’AP de larges extraits d’une expertise psy faite pour le procès de Bapaume. J’avais récupéré les conclusions au greffe de Rennes : l’étanchéité justice – AP laisse à désirer… Bien sûr, je n’en ai pas une copie et ne pourrai rien faire de ces infos avant d’être libérée et que la CNIL leur ait ordonné de me laisser lire mon CEL [Cahier Électronique de Liaison]. Bref dans au moins 3 ans. J’espère qu’à ce moment-là j’aurai mieux à faire qu’à faire chier ces cons : faire naître un agneau, préparer l’apéro pour les potes, accompagner K. au collège en vélo, cueillir un bouquet de fleurs pour Maman, retaper le camion, jouer avec mon chien… «