Monthly Archives: mars 2015

Strasbourg ( janvier / mai 2015 )

Mercredi 6 mai

[…]

Tout d’abord, d’accord avec toi : merci aux camarades poitevins pour leur boulot d’info. J’ai envoyé l’article de la Nouvelle République à M., je suis contente que la plate-forme soit sortie. […] Bref, il y a eu du monde.

Bien sur, ça n’excuse pas la paranoïa des gendarmes et le refus d’extraction ! Tu t’en doutes, j’en étais particulièrement frustrée. J’étais même en colère parce que les deux extractions précédentes (mercredi 22 à l’hôpital, jeudi 23 à Arras) avaient déjà été bien riches en délire sécuritaire. J’ai rêvé un moment qu’au moins on aurait un parloir toute les deux le jeudi, mais je comprend que ça n’est pas été possible pour toi.

Suite à ça, j’ai vu un officier qui m’a dit qu’une demande de transfert était en cours et que je devrais dégager « prochainement ». J’ai hâte, j’en ai marre. Durant les 30 derniers jours de mitard, j’ai chopé une douzaine de CRI (insultes, blocage de promenade, déclenchement de l’alarme incendie…), j’ai pris des gnons, ils m’ont faite tricarde (pas d’eau, pas de matelas, pas de couvertures pendant 36h par exemple). Bref, ils ont tout ce qu’il faut pour me recoller 30 jours pour « violences », même s’ils n’ont pas d’ITT. Si le prétoire a lieu assez rapidement, le transfert aura lieu alors que je serai au mitard et je risque de commencer dans la nouvelle taule par 3 semaines de QD, le départ pourri par excellence (cf. Joux-la-ville).

Mais il y a pire. Hier, ils sont allés encore plus loin dans la perversité. Ils sont arrivés à monter des filles contre moi (des que j’avais dépanné en tabac en plus!). Hier, une est venue au contact physique, elle m’a envoyé deux coups de poing. Je n’ai pas réagi, les matons n’attendaient que ça pour me foutre au mitard. Ils ont tout vu, ne sont pas intervenus. Ils nous ont mises en promenade ensemble. Ils attendaient que je fasse un faux pas. J’ai donné RDV à F. dans l’angle mort, elle n’est pas venue. Elle n’a pas été appelée au bureau. Quand j’ai tapé dans une porte, j’ai pris 30 jours ; là ils autorisent une fille à taper sur une autre : logique de salauds ! Ils avaient déjà joué à ça à la Talau et à Rennes pour activer le transfert qu’ils voulaient encore plus que moi. Vivement que ça arrive !

Bon, tout ça pour dire que je risque d’utiliser plus ton bouquin que ton numéro de téléphone dans les jours qui viennent… Mais, je tiens bon, je sais toujours où j’en suis et qui sont mes ennemis, ils ne m’auront pas.

Par exemple, lundi, j’ai eu RDV avec le kiné suite à l’ordonnance du toubib qui a refusé de m’examiner à l’hôpital alors que j’étais entourée de robocops. J’ai pu lui parler très calmement et il m’a entendue. D’ici quelques jours, je devrais avoir un nouveau RDV avec un toubib compétent.

Lundi 4 mai

J’ai bien reçu ta lettre, avec le journal chilien. Ils font gaffe avec moi et je n’ai jamais été censurée, ni en envoi, ni en réception ; ça me fait très bizarre que mon histoire soit relayée jusqu’en Amérique du Sud. Je n’ai vraiment pas l’impression de faire des trucs exceptionnels, j’essaye (et réussi) à rester vivante, c’est tout. Est-ce donc si bizarre ?

Je n’ai toujours pas eu de retour du blog à part le tract d’appel pour venir à Poitiers le 28 dont j’ai discuté avec K.

Tu as du savoir que cette extraction a été annulée au dernier moment, sans aucune explication alors que je tournais en rond dans la cellule depuis 2 h minimum. Après, j’ai pu joindre l’avocat. Il m’a dit que c’était reporté au 6 octobre à 14h ; ça me fait chier car on attendait cette sentence pour poser une nouvelle condi et, là, ça reporte à assez loin pour annuler l’espoir de passer Noël avec mes parents. En plus, je comptais apercevoir des potes dans la salle d’audience et pouvoir causer le soir (et pourquoi pas en promenade) avec mes camarades de Vivonne. Bref je suis frustrée.

En plus, il y a eu 2 extractions auparavant : mercredi à l’hôpital pour un contrôle de mon genou et jeudi pour voir un juge à Arras suite à une plainte déposée il y a 2 ans contre des matons à Bapaume. Les 2 fois, ils ont complètement déliré sur le côté sécuritaire, humiliant, sadique, paranoïaque. Ils m’ont collé une escorte digne de Ferrara ou Saïd Redoine, étaient sur les dents, se la jouaient. C’était assez épuisant de faire face à ces mabouls…Bref, je crois que si la « virée » du 28 a été annulée c’est à cause de la paranoïa de la gendarmerie qui croyait une évasion possible puisque je savais depuis des jours l’heure et le trajet de cette sortie des murs et qu’ils sont convaincus que « mon comité de soutien » est capable d’organiser une évasion (si au moins c’était vrai !).

J’attends un transfert. Je pensais qu’il aurait lieu à la fin des 30 jours de mitard, qui ont été plutôt chauds. Mais non, ils ont préféré me faire chier (et faire chier mes parents) plutôt que s’assurer leur propre confort ! Sauf que là il y a surpopulation au quartier femme. Il y a 20 cellules, dont 1 mitard, 1 cellule pour suicidaire en cas d’urgence et 1 amenagée pour recevoir une femme et son bébé. Donc 18 places. Et on est 36 en ce moment. Ils ont mis quelqu’un avec la mineure et L. n’a que 16 ans. Moi, ils me laissent seule : ça a du bon d’être une emmerdeuse ! Mais du coup, il y a une cellule où elles sont 3, dont une tire le matelas de dessous le lit pour la nuit. Je trouve ça inacceptable mais ça n’a l’air de choquer que moi : les autres filles attendent les transferts ou les libérations passivement puisque « on ne peut rien faire » ; ça me fait honte ! Bon ceci dit, ça hâtera peut être mon transfert disciplinaire…Je l’espère car je m’ennuie ici.

Samedi 21 mars 2015, MAF de Strasbourg

« … »

Je t’avais raconté l’engueulade avec le chef le 17 février. Ça a fait ressortir 2 autres CRI rédigé par la même surveillante, et que lui avait tenté d’enterrer car la provocation était évidente. Mais le 3 au matin cette même matonne en a remis une couche dès la levée du courrier à 7h30. Il y a eu bousculade, même si je ne l’ai pas cognée. Comme j’en avais marre d’attendre le prétoire qui n’était toujours pas programmé (je voulais voir la dirlo à propos notamment de ma demande de transfert, du téléphone avec « mon ami à st. Martin » et l’accès aux cours mixte qui étaient bloqués), j’ai accepté très tranquillement d’aller au Q.D.: ça fait longtemps que cela ne me fait plus peur…
J’ai été sidérée qu’elle me mette 30 jours (10 avec sursis) pour  ce dernier CRI, les autres ayant abouti à des peines minimes et confusionnées. Les images de la caméra du couloir prouvaient que le CRI était mensonger. En plus, le mardi 16, j’ai eu parloir avec un OPJ (pas une GAV avec « sortie ») car la chercheuse de merde a déposé plainte pour « violence ». Je me disais donc que le seul but était qu’ils aient le temps , à la D.I., de me trouver une place ailleurs…Même pas !
Bien qu’ici (et c’est la seule taule ou j’ai vu ça), il n’y ai qu’une promenade par jour, j’ai bien tenu le choc. Il faut dire qu’il n’y a pas de Q.D. Spécifique et que j’entends mes voisines. Certaines me saluaient ouvertement quand j’étais dans la cours de 8h30 à 9h30. J’avais aussi beaucoup de lecture.

Eh oui, j’ai fini par céder à ces palpations qui me révulsent : je n’aurais pas pu tenir 20 jours dans ces 7m2. C’est humiliant mais il y allait de ma santé. En plus, le printemps est arrivé en Alsace. Le bricard leur a passé des consignes et les matonnes ne font pas de zèle. Ça démontre le seul but de ces palpations : l’affichage de la soumission. L’excuse sécuritaire est bidon au possible.

Le bricard m’a dit qu’ils étaient d’accord pour le téléphone avec « mon ami à st. Martin » mais que c’était à moi de téléphoner car il n’y a pas ici l’équipement d’une ligne fixe sur laquelle il pourrait appeler. Or il n’y en a pas non plus à st. Martin de Ré (c’est pourquoi c’est lui qui appelait à Renne et Vivonne) !
Ils ont bonne conscience : Ils ne refusent pas. Et nous, on l’a dans le cul ! Et bien sur, en deux mois ils n’ont pas eu le temps d’installer une ligne, dans un des box du parloir avocat par exemple, qui la rendrait accessible aux mecs comme aux nanas (je ne suis pas la seule à avoir un proche enfermé!) !

Enfin, ils ont gagné sur le tripotage (fut-il symbolique), c’était peut-être là leur  seul but. Mais c’est un mauvais calcul car maintenant je vais rencontrer mes voisines 2h chaque jours dans la cour (et avec cette météo elles y sont nombreuse), L’incitation à l’émeute va être plus facile ! 🙂

« … »

Christine

18 mars à 5h du mat’ (en attendant un parloir avec les parents) :

[…] Hier matin [17 mars], j’étais appelée au parloir avocat pour voir un OPJ. La matonne qui m’a repoussée le 3 après avoir refusé de prendre mon courrier a déposé plainte pour « violences sur agent ». Je suis dégoûtée ! L’audition s’est bien passée mais maintenant il faut attendre 3 mois pour savoir si le proc’ va classer sans suite ou s’il y aura un procès à Strasbourg d’ici 6 mois.

Sinon, la vie au QD [Quartier Disciplinaire] suit son cours. Je ne suis pas revenue sur ma compromission sur les palpations et ça me permet d’aller dans la cour tous les jours de 8h30 à 9h30. Je suis arrivée à trouver quelques bonnes émissions à la radio et j’avais pas mal de bouquins en stock. J’ai la visite de l’aumônier bouddhiste le lundi et celle de la catho le mercredi, ça fait des « marqueurs de temps ».

Vendredi, j’ai vu les délégués de la CGLPL [Contrôleur général des lieux de privation de liberté] durant près de trois quarts d’heure en cellule (ils ont fini par s’asseoir par terre). Je leur ai parlé des fouilles systématiques mais aussi du fait qu’il n’y a ici qu’une promenade par jour au QD alors que dans toute la France, conformément aux directives anti-suicide, on en a une le matin et une l’après-midi. […] Je leur ai dit aussi qu’un médecin refusait de faire ouvrir la grille lors des visites hebdomadaires obligatoires au QD. Ils auront l’info… […]

Il est maintenant 16h, la soirée commence. Exceptionnellement, comme je n’ai pas pu aller dans la cour de 8h30 à 9h30, pour cause de parloir, j’ai été en promenade de 14h à 15h. […]

A midi, je n’ai pas eu de courrier. Depuis plusieurs jours, il traîne car la direction s’est mise à le lire avant de me le filer. J’étais étonnée qu’ils ne le fassent pas avant car c’est une pratique régulière avec moi dans toutes les taules […]

Par contre, j’ai enfin eu la réponse de la direction que j’avais réclamée lors du prétoire du 5. Le téléphone inter-prison n’est toujours pas mis en place : ils seraient d’accord mais il y a un « problème technique »…qu’ils n’ont pas réglé durant ces 20 jours de pause forcée. Le transfert n’est pas non plus au programme, dimanche [22 mars] je retourne dans la cellule en face du « kiosque » [bureau vitré des matonnes]. Je n’aurais toujours pas accès aux cours mixtes à cause de mon « comportement agressif ». Bref, je ne comprend pas ! [qu’il n’y ai pas de transfert prévu] Pourquoi attendre que le conflit dégénère pour cause de mépris récurrent ? Certes, ils ont obtenu que je m’humilie en acceptant leurs tripotages avant chaque promenade. Maintenant que c’est fait, je ne vais pas revenir dessus et j’irai en promenade dimanche après-midi. Mais ils croient que le problème est résolu ? Non, sérieux ? Putain de merde !

Le chef du QF [Quartier Femmes] m’a demandé : « Vous avez bien dit à l’OPJ [Officier de Police Judiciaire] de visionner les images de la vidéo du couloir du 3 ? » Bien sur ! Et ta honte d’appartenir à un troupeau de menteurs ne changera rien à la confiance que le proc’ aura en la parole d’un « agent dépositaire de la force publique » plutôt qu’en celle d’une taularde…
Bon, voilà où j’en suis. Et c’est pas très glorieux… Certes, dimanche je pourrai voir les filles à la messe puis à la promenade, je pourrais me couper les ongles des pieds, manger du chocolat cantiné il y a trois semaines et téléphoner à ma frangine. Mais rien n’est réglé. A part m’améliorer aux mots croisés, à quoi ont servi ces 20 jours de cachot ? Enfin, bon, plus que 3 jours à y glander…

Je ne sais pas comment finir cette lettre sur une note gaie et intelligente. Je t’embrasse. Passe le bonjour aux potes. Merci. A plus.
Christine

Le dimanche 15 mars

Salut
Je t´écris depuis le mitard où je suis depuis 13 jours, depuis le 3 mars au matin.
Donc tu as compris que l’engueulade avec le chef du quartier femme lors de son intervention a changé la donne de notre pseudo « kolaboration ».
Il a été vexé que je l’insulte devant les filles alors qu’il veillait depuis plus d’un mois à ce que je n’aille pas au nmitard. [il a menacé] de bloquer les parloirs téléphoniques (…).

Mais bon. La direction a redréssé la barre et a demandé à ce qu’il fasse un CRI et mette en place le téléphone inter prison. Sauf qu’il y a des « contingences matérielles indépendantes de sa volonté »  qui font que je ne peux toujours pas joindre J. Et ce CRI en a réveillé deux autres, faits par une matonne, que cette politique d’apaisement  révoltait et qui voulait m’apprendre que « c’est pas [moi] qui fait la loi ici ». Il y a eu des incidents minimes les 9 et 14 février et le chef les avait plus ou moins enterrés…

Bref, le 3 au matin, j’attendais toujours le prétoire pour ces 3 CRI (insultes et tapage) et j’étais plutot contente de voir la dirlo car elle ne répondait pas à mes courriers, notamment à propos de ma demande de transfert vers un CD.
C’était la même matonne chercheuse de merde qui a ouvert à 8h pour prendre le courrier. Il était dans la boite contre la porte, elle n’avait qu’à tendre le bras. Mais elle a voulu que je me lève. J’étais au lit, donc à poil et j’ai obtempéré. Là elle a refusé de me prendre les lettres que je lui tendais dans le couloir et tenté de me repousser dans la cellule et de fermer la porte. J’ai résisté, sans jamais la cogner, sans l’agripper ou la bousculer, sans même lâcher mes lettres.
Le renfort est arrivé et je suis rentrée en cellule une fois qu’ils ont accepté de prendre le courrier. 5 minutes après, alors que je m’étais habillée et que je fumais tranquille à la fenêtre, la chef de détention elle même est venue me dire que j’allais au mitard. J’ai accepté sans aucun problème : au moins j’étais sûre de voir la dirlo dans les 2 jours. Peu après, elle est revenue assez piteuse au mitard me dire qu’elle avait vu les images de la caméra du couloir, qu’effectivement j’avais accepté de me lever, mais qu’elle maintenait la mise en prévention au QD pour que ca soit vite étudié.

Le prétoire a été très long : 1/2h avec l’avocat commis d’office, 1h d’audition à propos des 4 CRI et des contentieux avec la direction (notamment les palpations sytématiques qui faisaient que je n’allais pas en promenade depuis plus d’un mois) et 1h de délibéré ( du jamais vu dans ma grande expérience des CDD).

J’ai pris 5 jours fernes pour l’insulte le 17, 5 jours de sursis et un avertissement pour les deux premières provos de la matonne et 30 jours ( 20 fermes + 10 de sursis) pour l' »agression » de la surveillante 2 jours plus tôt !
C’était dégueulasse, super malhonnête. Ca veut dire que je vais sûrement prendre 40 jours de retrait de CRP, que je n’ai pu voir K. que le 4 et mes parents que le 18 alors qu’ils viennent pour 2 jours ( 2 fois 2 heures) de parloir. Mais je me disais que ca enclencherait peut être le transfert que j’attends depuis 2 mois.

Le pire, c’est quand j’ai appris jeudi que mardi 17 à 9h45 j’étais convoquée au parloir pour voir un OPJ suite à une plainte pour « violence sur agents ». Le mitard ca leur suffit pas, ils veulent aussi un procès en correctionnel. Il n’y a rien dans le dossier,c’est un putain de montage sur la parole d’une menteuse ! ALors bon j’attends. On verra mardi, et puis apres, peut être que ca sera classé sans suite, c’est déjà arrivé…

Bon a part ca, ca ne va pas trop mal au mitard. J’ai des bouquins, du tabac, du courrier et le transistor. J’ai cédé sur les palpations, (après une ulitme provo de ma part) pour pouvoir aller dans la cour tous les jours de 8h30 à 9h30 : je n’aurais pas tenu 20 jours sans sortir de ces 7m2 et le printemps arrive.

J’ai la visite des aumoniers boudhistes et cathos les lundis et mercredis. Tout est bon à prendre, même le « parloir » de mardi prochain ! Certaines voisines me saluent quand je suis dans la cour et elles à leur fenêtre
Vendredi, j’ai eu un entretien de 3/4 h avec les délégués de la CGLPL en visite d’inspection a la MA de Strasbourg. Je leur ai fait un topo super précis, mais je ne les crois pas capables de bouger l’AP juste à coups de « recommandations ».
C’était une visite plus longue que celle des aumoniers, c’est toujours ca !
Je leur ai écris de Réau, Vivonne, Fleury, et ici…en vain.
(…)
Dimanche 1er Mars 2015, MAF de Strasbourg

« … »

Ça m’aide cette météo pourrie d’Alsace, à supporter l’absence de promenade depuis un mois. J’espérai que cette formation horticulture allait me permettre d’aller un peu dans la cours, me salir les mains dans la terre, mais ça n’a pas duré longtemps : je me suis faite virée au bout de deux jours.

Le premier jours, le formateur nous a fait lire un polycopié sur « l’éco-citoyennisme ». Non seulement il n’avait pas préparé son cours, ne sachant pas expliquer le vocabulaire de la brochure, mais j’ai eu beaucoup de mal, idéologiquement avec ce concept « consommez et triez vos déchets et vous serez des gens biens ». Ça à lancé un débat entre nous, sur lequel le prof n’a pas su rebondir et qu’il n’a même pas su gérer. Moi j’ai été sidéré par le discours de mes voisines : « si il n’y avait pas de lois, ça serait l’anarchie. Tout le monde ferait n’importe quoi, y aurait pas de respect », « si t’es en prison c’est que tu as fait des conneries. Maintenant tu dois payer », « les surveillantes sont gentilles, elles ne font que leur travail. Il ne faut pas mal leur parler », « qu’est-ce qu’on en a à foutre des palpations ? Ça dure que 5 seconde. En plus c’est pour notre sécurité ! » …
Crois moi, je n’invente rien, tout ça a été dit par des taulardes !

Le lendemain, le prof nous a collé un test de français à faire en 3 heures. Je n’ai eu besoin que d’1/2 heure, alors j’ai décidé d’aider ma voisine qui galère en lecture. Mais notre conversation gênait celles qui voulaient bosser en silence. J’ai donc déplacé notre table à l’autre bout de la pièce. Or à ce moment là, le chef QF était en train de discuter avec le formateur (et j’ai beau ne pas être parano, je ne doute pas que le débat de la veille et mon rôle étaient abordés). Le lundi, le prof nous avait bien dit que l’important c’était l’entraide et le respect dans le groupe, mais quand le chef a gueulé « Ribailly, vous remettez tout de suite cette table à sa place ! » ce lâche n’a rien dit. Alors je me suis tournée vers lui et j’ai dit « Si Raymond a quelque chose à me dire, il peut le faire tout seul. Si il suit les ordres d’un connard, c’est que tu es un lâche ! ». Bien sur, ça a jeté un froid dans la salle et il m’a dit tout penaud « Remettez vous à la table en U » et le chef est parti en disant « on se reverra bientôt ».

Le mercredi, à 13h30, j’étais convoquée au bureau où il y avait ce bricard et la chef chargée de la formation.
Ils m’ont dit que j’étais exclue de la formation pour « incitation à l’émeute ». Le responsable QF était furax : je peux bien le comprendre puisque je l’ai insulté devant les autres filles mais il ne tenait pas son calme comme d’habitude. Il m’a dit qu’il avait rédigé un CRP pour la direction et qu’en répression de l’insulte il ne demanderait pas un prétoire mais le refus de téléphone inter-prison avec « mon ami à St.Martin ». Lui qui me disait être droit et pas rancunier… le « partenariat » avait méchamment pris du plomb dans l’aile ! Ça a gueulé sévère dans le bureau et j’ai mis du temps à me calmer à la sophro. Peut après j’avais parloir avec un pote Et ça c’était sympa.

Le vendredi, le bricard est venu en cellule me dire qu’il avait discuté avec la directrice. Elle lui a dit de mettre en place le parloir téléphonique car « mon ami à St.Martin » n’était pas responsable de mon comportement. Elle lui a demandé de faire un CRI pour l’insulte. Je trouvais ça réglo. J’étais aussi contente de pouvoir la voir pour la brancher sur le refus de cours à mon niveau et la demande de transfert vers un CD qui traîne.

Mardi 24, j’ai eu l’enquête pour ce CRI pour insulte. Ils m’ont joint aussi 2 autres sur des petites engueulades avec des matonnes le 6 et 14 février où il n’y a pas eu d’affrontement physique. J’ai fait mes dépositions à l’écrit et ai demandé l’assistance de David (l’avocat de Christine). C’est sur que je vais être déclassée puisque c’est déjà fait. Au pire, je risque 14 jours de mitards pour « tapage » et « insulte ». Mais la tension a nettement baissée et je ne crois pas qu’ils aient envie de me foutre au QD vu comment ils ont merdé début janvier. Pour l’instant je n’ai toujours pas eu la date du prétoire, je pense que ça sera dans la semaine qui vient…

Le lundi 16, après la journée de formation, j’ai été appelée au greffe. C’était une convocation pour le 29 juin au tribunal d’Evry. Je t’avais dit que j’avais fait une GAV à Fleury pour plusieures plaintes de « violences sur agent » et que le proc’ avait demandé un complément d’info. Après 4 mois sans nouvelles j’espérais que ça avait été classé sans suite…Ben non, ça a juste été requalifié en « rébellion » pour 3 plaintes sur 4. Boh ! Ça fera une sortie…

Je vais essayé de joindre David au téléphone demain pour qu’on fasse le point : le prétoire, les procès à venir, l’appel pour la condi (le 16 mars) et les démarches contre les fouilles systématiques par palpation ici.
Je sais bien que je n’ai rien a espérer pour la condi dans ces conditions.

« … »

Christine

25 février

(…)Ici ca continue sans heurts particuliers, mais avec un ennui réél. Comme je refuse les palpations, voici un  mois que je ne suis pas allée en promenade. Je vois quand meme quelques voisines a l’aumonerie ou au sport ou en sophrologie. Mais je ne retrouve pas l’ambiance solidaire, combative, et festive de Vivonne.
Ils m’ont inscrite a une formation « horticulture » qui doit durer 3 mois.
J’espérais que ca me permettrait enfin de sortir a l’air de la cour. Mais j’ai été virée au bout de 2 jours pour « incitation à la rebellion »… Je passe au prétoire la semaine prochaine pour ca.

Je ne risque que le déclassement, déjà effectif, car ils ne veulent pas me gérer à coup de QD. Le chef s’est mis en tête le défi de m’apprendre l’obéissance sans violence,de prouver à ses collègues qu’il y est arrivé, lui.
Donc pour ca il ne faut pas que j’aille au mitard d’où les transferts disciplinaires sont plus rapides à obtenir.
Je voudrais partir d’ici, etre en CD où je pourrais voir mes parents en UVF, mais ca traine…
J’ai bien sûr fait les courriers à l’OIP, à mon avocat, au Défenseur des droits et au Controleur général à propos des fouilles systématiques par palpation, mais là ca traine.
Le 28 avril au plus tard j’aurai quelques secondes à l’air lors de l’extraction pour le procès à Poitiers. Je viens d’apprendre qu’il y en aura un aussi le 29 juin à Evry pour des engueulades avec les matons de Fleury, presque 1 an après…
Et il y a toujours le risque d’un autre à Lille, pour des faits vieux de plus de 18 mois à la MAF de Séquedin.
Quand ils tiennent un pigeon pour faire tourner les taules pourries, ils ne le lachent pas si vite hein ! (…)
Dimanche 22 février

Salut !
(Au sujet du numéro 40 de L’Envolée:) Je suis d’accord avec les extraits de lettres qui ont été choisis pour accompagner notre plate forme de la MAF de Vivonne. Mais je suis triste qu’il y en ait autant demoi, à croire qu’on avait raison avec (les copines) quand on ironisait sur « les trois pékins de l’envolée »… Par contre j’ai lu avec grand plaisir le compte-rendu de Marina de leur procès. En trois mois à Fleury, je ne l’avais rencontrée que quatre fois au sport, durant mes pauses entre les peines de QD, et je sais que c’est une nana pêchue. D’habitude dans le journal on lit surtout « je suis encore au QI » ou « Ils sont venus à 10 me cogner dessus ». De pouvoir lire que des camarades ont transformé le grand cirque judiciaire en une occasion de vie sociale, avec en plus de l’humour sur la phallocratie des enfermeurs, ça change dans le bon sens !

Je continue à croire qu’il est possible que des plateformes sortent des différentes taules, des différents quartiers, des différents étages. Pour ça, cependant, il faut deux conditions. D’abord l’amitié, ou de la confiance, entre les rédacteurs/trices, ce que les chercheurs en sociologie appellent du « lien social ». Par définition une plateforme collective ne peut sortir d’un lieu d’isolement (QI, QD, UHSI…). Mais nous avons prouvé que c’était possible en MA ou en « portes fermées », ça laisse, de fait, les plus rebelles sans guère de possibilité : l’AP connaît son taff… Donc il faut que le journal remotive des gens qui écrivent peu (souvent, et c’est tant mieux, parce qu’ils arrivent à s’occuper un peu avec les activités proposées). (…) Pour ça un appel officiel comme la lettre de novembre ne marchera pas. Là aussi, comme tu l’as fait avec moi, il faut une relance plus amicale, plus personnelle.

J’ai aussi appris que des potes à moi avaient décidé de créer un blog pour éditer les lettres à propose de la taule sur un site plus pérenne que rebellyon
(ndlr : https://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/).
Au début ça m’a choqué : je ne suis pas une rock star ! Mais j’ai compris les explications et je vous fais confiance.

L’internement a été une dure épreuve, tant pour moi, pour mes parents, que pour vous. Je ne pense pas que ça se reproduira, du mois à Strasbourg. Depuis le 27 janvier, je n’ai pas été appelée une seule fois au SMPR. Ça ne me gêne pas car je sais que je n’en tirerai rien de bon. Si je suis encore là (ce qui me semble malheureusement possible car il ne semblent pas décidés à organiser un transfert rapide, c’est-à-dire disciplinaire) quand ils étudieront les RPS, je demanderai just eune attestation de refus de suivi.

Pour moi, ici et pour le moment c’est une espèce de statu quo. Le chef du QF a décidé qu’il ne cèderait pas sur les palpations systématiques, avant la promenade. Voici donc près d’un mois que je ne suis pas allée dans la cour. Comme à Fleury, il n’y a pas de QI et il ne veut pas jouer la carte QD (à mon avis à cause de leur gestion dégueulasse les 10, 11 et 12 janvier dont il y a de quoi avoir honte). Donc il me laisse aller à pas mal d’activités. Celles qui ont lieu au QF (aumônerie, sophrologie et médiation animale), ça ne pose pas de problème. Mais celles qui ont lieu dans le bâtiment socio, aussi utilisé par les gars, c’est plus compliqué car ils étaient habitués aux palpations systématiques. Il est arrivé à organiser un changement d’habitudes pour la gymnase et la biblio et du coup, on passe toutes juste sous le portique. Mais je me suis vue refuser les cours niveau DAEU, mixtes. Il m’avait même inscrite à une formation horticulture prévue pour trois mois.
Contrairement au dernier stage, et bien que la salle de cour soit au QF, on ne se faisait plus pelotter, on passait juste sous le portique. C’était une victoire dont les autres filles n’ont pas pris la mesure. Je l’ai relevée durant les cours et j’ai été accusée d’ « incitation à la rébellion ». Si au moins ça avait pu être vrai … ! J’ai été virée de la formation au bout de deux jours et je dois avoir un prétoire prochainement qui ne fera que valider cette expulsion. Je ne suis pas arrivée à faire évoluer mes condisciples, qui me disaient : « Pourquoi tu parles mal aux surveillantes ? Elles sont gentilles. Elles ne font que leur boulot en nous palpant, c’est pour notre sécurité. Si ça ne te plaît pas d’être en prison, tu n’avais qu’à ne pas faire de conneries. Maintenant tu dois payer, c’est normal. S’il n’y avait pas de lois, ça serait celle de la jungle, tout le monde ferait n’importe quoi. Quand tu sortiras (si tu te calmes), tu auras payé ta dette ». Dur à entendre de la part de gens sans uniformes ! Donc, pour l’instant, j’ai quelques activités les lundis, mardis, mercredis et jeudis.
Le vendredi il n’y a que la douche du matin pour sortir de cellule. Le WE, rien (mais, parfois, pour tromper le temps, je vais à la messe, rigole pas!) Bref, je suis entre 22 et 24h par jour en cellule.

Christine.

PS : Je viens de relire mes textes dans l’envolée. Depuis Fleury je disais « Je fais gaffe à ne pas risquer du pénal ». Et ben c’est raté ! J’ai été en GAV le 25 septembre, 4 jours avant mon transfert sur Vivonne. Plusieurs matons avaient déposé plainte pour « violences ». Le proc’ n’avait pas demandé une comparution immédiate, contrairement à l’habitude. Il avait demandé un complément d’information. Depuis plus de quatre mois sans nouvelles, j’avais espéré que c’était classé sans suite. Mais je viens de signer une convocation pour le tribunal d’Evry le 29 juin pour trois « rébellions » et une « violence ».

Encore un truc : le côté « local » de la plateforme permet à des gens non-politisés de parler de leur quotidien et des idées qu’ils ont pour l’améliorer. Ça permet de mettre dans le mouvement des gens qui nous traiteraient d’utopistes si on ne réclamait « que » l’abolition de la prison. C’est sur ces idées, ces râleries entendues en promenade, qu’on peut bâtir une plate-forme qui reflète les idées de la « base », ce concept politique de gauche syndicaliste.
Le 28/01

Salut !

J’ai bien recu ta lettre à l’UHSA et ca m’a fait plaisir de savoir que l’info circulait bien, que du monde dehors était efficace.
L’ambiance à l’UHSA etait très différente de ce que j’avais connu il y a 4 ans au Vinatier.

Je n’ai pas été à l’isolement ( je venais d’en bouffer 5 jours horribles ) et ils ont arrété le traitement. Donc j’ai pu  m’expliquer et ils ont très vite compris que je n’étais pas malade. J’ai pu faire quelques activités avec les autres « patients » et j’ai profité de la mixité dont je suis privée depuis 27 mois.. c’est le psychiatre qui me suivait qui a levé l’HO, le JLD n’a servi a rien.
Bref ca n’a duré qu’une semaine et je suis revenue à la MA de Strasbourg lundi, avant hier, vers 16 heures.

Le problème c’est qu ils continuent avec les palpations  systématiques,comme a Fleury… L’ambiance ressemble plutot à la Talau: un petit QF de 30 nanas dans une vieille taule en centre ville. Mais ils veulent pas démordre de leurs saloperies de tripotage avant chaque promenade. Et ca moi, je ne peux pas accepter. D’habitude, dans ce cas, je bloque le mitard pour accélerer le transfert. Mais la on dirait qu’ils ne veulent pas. Le bricard veut beaucoup me parler et m’a lu une note interne qui sous couvert de vigipirate autorise ( et impose) ces fouilles illégales. Bien sur, je vais essayer de l’attaquer mais je sais que ce sera aussi long qu’inefficace. Donc pour l’instant, (depuis 2 jours), ils me repoussent sans trop de violence en cellule à 4 à chaque fois que je veux aller en promenade sans qu’ils me touchent. Je ne sais pas ce qu’il va en etre pour le sport et l’école mais si je suis privée de tout ca va etre dur !
En fait, comme à chaque fois, je ne comprends pas pourquoi les autres filles acceptent. Elles trouvent ca normal, ca ne les choque pas. Et ce n’est pas dans ce petit QF de MA que je trouverai des basques ou autres capables d’entendre un discours politique…
Mes potes de Vivonne me manquent. (…)

Gardez la niaque !

Maison d’arrêt de Poitiers Vivonne ( nov 2014/janv 2015)

L’introduction et les courriers marqués d’un * sont repris sur l’Envolée.

Christine et deux autres prisonnières se sont emparées de la proposition de plate-forme. Les extraits de courriers qui suivent témoignent des échanges, des doutes, des questions que suscite l’élaboration d’une parole collective. Elles ont finalement opté pour une liste de revendications en deux parties : revendications locales et revendications communes à toutes les détentions, que nous publions à la suite.

Maison d’arrêt des femmes du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne

Le 2 novembre 2014

Salut, […] Après pas mal de débats avec les deux copines d’ici, on est tombées d’accord sur l’utilité de coordonner les revendications locales dans les taules (voire dans les bâtiments) et de les porter dehors. Mais, je l’avoue, les premières phrases ont plutôt été : « Quelles revendications ? Les prisonnières sont adaptées et moutonnières ! On n’a aucune revendication commune. En prison, il n’y en a qu’un sur cent qui se bat. Et dehors, c’est pareil : l’Envolée, c’est quoi ? Trois pékins ? » Mais, portées par l’enthousiasme, on s’est dit que si l’Envolée pouvait faire passer dans toutes les taules les infos d’une lutte dans une, ça pourrait soutenir le moral des gens qui râlent ailleurs, sans savoir qu’il y a ce combat ailleurs.
Les Basques m’ont parlé aussi d’une bagarre qu’elles ont menée pour obtenir (comme les autres enfermées à Vivonne) les parloirs le samedi matin : dès que leurs familles ont diffusé des tracts au marché et devant la prison, ça a été accepté. Cette expérience prouve que si on arrive à sortir une liste de revendications dans le journal local, ça sera efficace. Du coup, j’ai écrit la liste suivante et je l’ai fait approuver par toutes les filles de la promenade. Bien sûr, ça ne veut rien dire car le jour où il faudra relever les manches pour obtenir des choses, on ne sera que trois à risquer le mitard (et dans le cas des Basques, ça nécessitera une coordination dans leur organisation). Mais bon, on aura la légitimité de dire au prétoire que si le mode d’action nous est personnel, la plate-forme était collectivement réfléchie…
PS : Comme à la télé, on a vu les manifs contre les violences policières suite à la mort de Rémi Fraisse, on a voulu se solidariser (à trois) et on a mis une affiche en promenade : « Assassiné sur la ZAD – suicidé(e)s en prison. Dedans ou dehors – la répression tue » : aucun écho, ni des filles, ni de l’AP…

*Jeudi 11 décembre

Nous avons donc affiché la liste de revendications le jeudi 13 sur le tableau des notes de services. A notre surprise, la feuille manuscrite y est restée quatre jours ! Mais nous n’avons eu aucun retour. Je l’ai donc expédiée à la direction qui n’a pas fait plus de commentaires. Alors nous avons fait une lettre, extrêmement polie, pour demander l’ouverture d’une salle aux mêmes heures que les promenades. Elle a été signée par toutes les filles de la MAF. Quand elle a été remise à la chef, j’étais déjà au mitard [NDLR : sanctionnée pour un refus de fouille à nu].
J’ai appris que le chef de bâtiment avait convoqué toutes les filles une par une dans son bureau pour leur faire peur en disant que les revendications collectives étaient interdites. Bien sûr, ils n’ont pas osé mentir ainsi aux Basques et à moi. En effet, ce qui est passible d’un CRI (compte-rendu d’incident), c’est « une action collective mettant en danger la sûreté de l’établissement », ce qui n’est pas notre cas. Au contraire, la loi de 2009 incite l’AP à consulter les détenus sur les activités qui leur sont proposées. Il en a profité pour leur dire aussi que c’était interdit de me saluer en criant (et comment peut-on faire autrement avec le béton qui nous sépare ?). Donc depuis quinze jours, seules les Basques me parlent.Bref, c’est l’attitude classique de l’AP…

*Le 11 décembre 2014

Je suis tout à fait d’accord avec le discours de Franck. Malheureusement, je suis d’accord avec son analyse sur notre impuissance !

Il veut déposer plainte contre l’AP… qu’il essaie donc et il verra, là encore, à quel mur il se heurte. Je l’ai fait à plusieurs reprises et ça traîne encore trois ans après mon dépôt de plainte. Pour eux, pas de comparution immédiate ! Peut-être que s’il a un bon avocat… je lui souhaite sincèrement ! […]
Je recopie ce que M. m’a écrit suite à sa lecture sur le texte de Franck : « J’ai parlé avec I., et bon, nous sommes d’accord toutes les deux pour dire qu’il se trompe à la base. Le problème c’est l’origine même de ce système pénitentiaire (pourquoi et dans quel but a-t-il été créé ?), et pas le trop grand nombre de bleus pourris comme il le prétend. Nous pensons également qu’il se contredit quelquefois (il pense que les prétoires sont importants mais reconnaît que la direction de la prison est impliquée, par exemple). Et bien sûr, si ce sont des actions bien organisées et qui cherchent l’union des gens, c’est bien, même, ce qu’il propose. Il faut se battre, dans l’union et l’organisation, et sur plusieurs fronts, à notre avis. Franchement, juste avec ce qu’il propose, vous n’arriverez pas très loin. Mais bon, c’est mieux que rien… pendant ce temps, nous continuerons ici… ça oui, debout et en lutte.
Bien sûr, il faut s’unir, et TOUTES les stratégies de lutte sont légitimes : la voie légale – en sachant ce qu’est leur Justice – et l’illégale.
Mais, à mon avis, il se croit trop dans un État démocratique. On peut faire améliorer les conditions de vie en prison, mais si on ne fait pas tomber le système capitaliste, ce monstre de l’AP continuera.

*Décembre 2014

LISTE DE REVENDICATIONS DES PRISONNIERES DE LA MAF DE VIVONNE

COMME AILLEURS, NOUS VOULONS :

– Des payes correctes, tant aux ateliers qu’au service général
– La suppression des QI et des régimes différenciés au CD
– Les portes ouvertes en MA et/ou le téléphone en cellule
– La mise en place systématique des aménagements de peine sans délais et des transferts en CD dès la condamnation
– La facilitation du téléphone, des parloirs et des UVF avec nos proches, enfermés ou non
– La fin des fouilles systématiques et/ou punitives
– Les repas appétissants : marre de manger du plastique !

LOCALEMENT, NOUS DEMANDONS :

– Des conditions dignes à la nursery : arrêt des réveils nocturnes, une cour avec de l’herbe, des temps de socialisation pour la maman… – L’accès à l’école pour toutes : fin des refus avec la fausse excuse de la mixité
– La télé à 8 euros par mois : alignement sur la loi, comme dans les prisons publiques (18 euros ici pour Eurest)
– La fin de l’interdiction des apports aux parloirs (livres, disques, produits d’hygiène…) : on n’est pas là pour enrichir les cantines privées
– L’ouverture d’une salle de convivialité : elle doit être systématique quand la météo est mauvaise car il n’y a pas de préau dans la cour
– Plus d’activités : actuellement, il n’y a que « bricolages en papier « et « fitness », 2h. par semaine
– L’accès au terrain de foot : seuls les hommes y ont droit
– La gratuité du courrier interne : on doit timbrer les lettres pour le quartier hommes (Ces demandes sont toutes réalisables dans l’état actuel de la législation)

*Mardi 6 janvier

[NDLR: écrit depuis le mitard après une embrouille avec des surveillants]

Salut ! Il y a quand même eu un truc très chouette. Le jeudi 25, six filles ont dit qu’elles ne rentreraient de promenade que lorsqu’elles auraient vu un chef pour lui remettre un courrier à propos des conditions de vie au quartier disciplinaire (QD). Elles ont obtenu gain de cause sans aucune violence. Elles passent au prétoire demain (mais les deux cellules du mitard sont déjà occupées : l’une d’elles est de nouveau de retour pour une pécadille et ces salauds lui appliquent le même protocole qu’à moi. Elle est donc en grève de la faim depuis deux jours). […] On n’a pas eu de retour officiel de notre affiche, qui est quand même restée quatre jours. Durant mes cinq jours de pause, on a demandé l’ouverture exceptionnelle d’une salle pour partager ensemble le premier repas de 2015, mais sans pétition.
Le 30, alors que j’étais au QD, on leur a dit que c’était accepté, mais que pour un goûter. Puis le soir, les matonnes leur ont dit que celles qui avaient un CRI (celles qui avaient exprimé leur solidarité contre la torture du QD cinq jours avant) en étaient interdites. Voilà comment marche l’AP… Je te recopie ce qu’écrivent les copines suite à la lecture de ta lettre : « Pour te répondre nous ne savons pas trop quoi dire… peut-être nous insisterons sutout sur un aspect : l’organisation. Peut- être faudrait-il faire des efforts pour trouver quelqu’un/une dans chaque prison pour faire un réseau de gens et de groupes, un réseau le plus ample possible. Après, les revendications, je ne pense pas que ça sera difficile d’en trouver en commun… et recevoir et envoyer de l’information, on est partantes, oui. »

Mardi 6 janvier

Salut

Je suis à nouveau au mitard. (…) Je suis sortie du mitard le 17 décembre. Ils voulaient me foutre au QI mais ils ont cédé aux arguments d’une bricarde moins conne que la moyenne et je suis retournée à la MAF. J’étais contente de revoir les filles mais triste parce que l’une d’entre elles venait de prendre 8 jours de QD, on avait passé ma dernière journée à causer à la fenêtre. Le dimanche 21 au soir, je voulais qu’ils lui passent du rab de la gamelle (j’avais laissé mon yaourt au chocolat car je sais qu’elle aime ça). Ils ont géré ma demande par le mensonge et le mépris.
Donc, le lendemain matin, à 7h, à l’ouverture, je suis sortie de la cellule avec ce foutu yaourt pour discuter avec la surveillante dans le couloir. Mais il y avait aussi un bricard avec qui ça s’était mal passé durant les 30 jours précédents. Il gueulait et m’a foutue au sol pour me menotter et m’envoyer au QD. Je me suis laissée faire. Au mitard, pour calmer le jeu, j’ai accepté de vider mes poches et j’ai dit que je donnerai mon survêtement qui avait un lacet en éch    ange d’un jean. Mais ce con tenait à sa crise d’autorité. J’ai négocié un quart d’heure puis il est redevenu violent. Là je suis arrivée à le mordre par deux fois au mollet. J’ai pris de la lacrymo en pleine face et ils sont sortis. J’ai attendu à poil jusqu’à 11H pour avoir enfin de quoi me laver et m’habiller.
Pour la promenade de l’après-midi, ils sont venus à quatre avec casques et boucliers et m’ont dit de me mettre face au mur pour être menottée. J’ai refusé et ça a encore cogné. Idem le mardi matin. Quand le médecin est venu pour la visite obligatoire, ils sont restés avec lui dans la cellule. Au prétoire, sans surprise, j’ai pris 30 jours. Le directeur m’a aussi promis le transfert disciplinaire (ouf!) après la GAV et la comparution immédiate qui devait suivre.
Depuis, chaque ouverture se fait avec les robocops mais ils ne tentent plus de me menotter et je reste assise sur le lit quand ils déposent la gamelle sur la table. Je prends quand même des coups régulièrement et le mépris est à son paroxysme (refus de me donner la balayette, refus de chaussures pour la promenade, froid en cellule, pas de respect du secret médical, etc…).
Là j’attends avec impatience la gardav’, ça me fera une pause dans la violence de l’AP.
J’avais eu une GAV le 8 décembre et ça s’était très bien passé. J’y ai appris qu’en plus de la plainte de la prison de Vivonne, il y en avait une, vieille de 18 mois, de celle de Séquedin. Si on ajoute à ça celle de Fleury, toujours en suspens, ça fait pas mal ! Bref, j’étais repartie avec une COPJ pour le 28 avril 2015. Là, j’attends la deuxième couche…

Bon voilà où on en est actuellement. Il y a quand même eu un truc très chouette. Le jeudi 25, six filles ont dit qu’elles ne rentreraient de promenade que lorsqu’elles auraient vu un chef pour lui remettre un courrier à propos des conditions de vie au QD. Elles ont obtenu gain de cause, sans aucune violence. Elles passent au prétoire demain (mais les deux cellules sont déjà occupées, I. est de nouveau de retour pour une pécadille et ces salauds lui appliquent le même protocole qu’à moi. Elle est donc en grève de la faim depuis deux jours).

On n’a pas eu de retour officiel de notre affiche (ndlr : une liste de revendications collectives) qui est quand même restée 4 jours. Mais l’officier a pris à part quelques filles pour leur dire de se méfier de « celles qui font de la politique » et les menacer d’un CRI si elles me répondaient de la cour. Bien sûr, ni les Basques ni moi avons eu droit à ces menaces idiotes et on a continué à se saluer tous les jours, entraînant de timides cris des autres.

Durant mes cinq jours de pause, on a demandé l’ouverture exceptionnelle d’une salle pour partager ensemble le premier repas de 2015, mais sans pétition. Le 30, alors que j’étais au QD, on leur a dit que c’était accepté mais que pour un goûter. Puis le soir, les matonnes leur ont dit que celles qui avaient un CRI (celles qui avaient exprimé leur solidarité envers la torture du QD cinq jours avant) en étaient interdites. Voilà comment marche l’AP… (…)

Je n’ai eu la réponse de la JAP que le 18 (j’attendais depuis plus de 48h, j’étais sur les dents!) : refus. Je pensais que l’appel viendrait de la proc’, pas d’elle puisque l’AP était pour. Mais entre temps, les conditions s’étaient bien dégradées au QD et il y avait cette première GAV… Bien sûr j’ai fait appel avec le baveux, mais sans aucun espoir vu l’ambiance actuelle. Je ne crois plus pouvoir sortir en 2015 de ces murs. Et merde ! (…)