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Compte-rendu du procès de Roanne

Procès de Christine contre des surveillant-e-s de Roanne

mercredi 27 juillet 2016

Christine est au centre de détention de Roanne depuis le 24 mars 2016. Elle passe ce 27 juillet devant le tribunal local pour des faits survenus d’avril à juin. Au jour de l’audience, Christine est libérable au 16 décembre 2016. Elle est finalement condamnée, en plus, à un an de prison dont 6 avec sursis et mise à l’épreuve.

A la va-vite, voici un compte-rendu de l’audience.

Aujourd’hui Christine comparaît pour quatre (ou cinq ? On s’y perd tellement elles se répètent!) altercations avec des surveillants et surveillantes de Roanne. : elle est accusée d’une dizaine d’infractions de « rébellion et/ou violence sur personne dépositaire de l’autorité publique » sans ITT ou avec des ITT inférieures à 8 jours. Elle est aussi accusée du refus de prélèvement d’empreintes (digitales, photo…) lors de la garde à vue.

Résumé

Au sujet de ces altercations, qui la mènent pour la énième fois devant un tribunal, et rallongent indéfiniment sa peine, Christine tient d’abord à préciser : « Je ne vais jamais au contact physique la première. Jamais. Quand il y a un problème en détention, je le signale aux surveillants. Si rien ne se passe, éventuellement, je fais un blocage. Mais je ne vais jamais, jamais, au contact la première ».

Ensuite elle raconte les quatre histoires pour lesquelles elle comparaît, en détails, même lorsque la juge tente de la couper en lui demandant de se « limiter aux faits » : Christine veut faire comprendre au tribunal et au public ce qui se déroule et comment on en vient à des accusations de violences et de rebellions, comment ces faits sont inscrits dans un contexte.

« Je me suis retrouvée outil dans une guerre entre certains surveillants qui veulent selon eux se battre contre la voyoucratie et la direction : ceux qui veulent juste être les plus forts » et « des agents qui veulent faire confiance aux détenus ». Selon elle ces surveillants ne supportant pas ce qu’ils considéraient comme des « privilèges » qu’elle aurait obtenu (alors même qu’elle était placée au mitard!) ont provoqué des incidents. Elle explique qu’au fur et à mesure, la violence est montée en intensité.

Un exemple

Pour l’exemple, résumons ici l’une des histoires pour lesquelles elle est poursuivie aujourd’hui.

Christine explique que « le tricot a un avantage phénoménal quand on est débutante : ça fait passer le temps ». À la présidente qui l’interrompt et lui ordonne « d’aller à l’essentiel », elle répond : « C’est ça l’essentiel ! Je suis en prison depuis quatre ans, c’est essentiel de faire passer le temps. »

Des voisines lui préparent un sac de laine et demandent à une surveillante de lui faire passer. « La surveillante refuse, ce qu’elle niera ensuite dans son rapport. Le problème est là ! Il est dans le manque de respect total et continuel des surveillants. Comme elle a refusé, mes voisines m’ont envoyé la laine en promenade. Une surveillante veut vérifier la pelote de laine, la confisque et promet de la rendre lors du repas. Mais le bricard ne la restitue pas car il me reproche d’avoir récupéré la laine en promenade (ce qui n’est pas réglementaire) au lieu d’avoir demandé à la surveillante de la faire passer! Deux mensonges en une journée ! Aucune violence de ma part. » Au moment du repas, Christine et un surveillant ont une explication à ce sujet : « Le surveillant me prend par le col. C’est là que je le prend par le col. À la base je voulais juste passer mon week-end tranquille à tricoter. Cette fois ça a été très violent. Les surveillants entrent dans ma cellule avec les boucliers , me poussent au sol, l’un d’eux me met des coups de poing quand je suis au sol… Ils m’ont volé ma promenade la veille, et ma laine ce jour là ».

La juge admet ensuite que les plaintes des divers surveillants déposées suite à cette histoire ne sont pas précises. Pourtant, elle est ici jugée et condamnée entre autre pour ces faits.

Christine précise qu’elle a demandé à l’OPJ (officier de police judiciaire) qui l’a entendue pour ces faits de faire témoigner ses voisines au sujet de la laine et du mensonge de la surveillante. Il n’en a pas tenu compte. La juge estime que le problème n’est pas là et qu’il est uniquement dans l’attitude de Christine.

Voilà le genre d’histoires qui mènent Christine à être condamnée pour « rébellion et violence ». Elle est aussi accusée d’avoir refusé de se soumettre aux prises d’empreinte en garde à vue. À la juge qui la questionne sur ses positions de principe contre le fichage, Christine répond : « En général je refuse d’être fichée, mais là ils ne peuvent pas me poursuivre pour ça : ils ne m’ont jamais demandé mes empreintes en garde à vue ! Ni si je voulais manger, ni si je voulais aller aux WC d’ailleurs. »

Morceaux choisis

Le procureur reproche à Christine de ne pas supporter les surveillants et de tous les traiter de « nazis ». Christine lui répond qu’il n’y a qu’une surveillante qu’elle surnomme « la nazie », depuis qu’elle l’a entendue dire au sujet des prisonnier-e-s : « Pour ces gens là, c’est pas la prison qu’il faut mais des camps, comme ça on les ferait marcher à la shlag ou au fusil mitrailleur. » Christine ajoute : « J’ai jamais dit que tous les surveillants étaient des nazis. Mais elle, j’ai porté plainte contre elle pour ce qu’elle a dit. Où est ma plainte ?».

Alors que la juge ne cesse de lui parler de « votre cellule », Christine rappelle : « ce n’est pas MA cellule, ce n’est pas chez moi ici ». Christine a déposé une demande de libération conditionnelle pour la deuxième fois depuis son entrée en prison en novembre 2012 pour une peine initiale de 3 mois.

Conclusion

La présidente reproche à Christine de légitimer ses attitudes en critiquant celles des surveillants : « S’il y avait vraiment un problème du côté de l’administration pénitentiaire, ça arriverait à tous les détenus. Vos problèmes sont liés à votre comportement ».

Christine répond : « Je suis en prison depuis novembre 2012, j’ai fait 620 jours de QD et 160 jours de QI, ma peine se rallonge pour des altercations avec des surveillants. Je ne comprends pas à quoi ça sert, à part peut-être à enrichir les vendeurs de cahiers de mots croisés. A part à enrichir quelques surveillants, je comprends pas à quoi ça sert. Je suis bergère. Mon utilité, c’est de fournir aux gens des côtelettes pour qu’ils fassent leurs barbecues l’été. 70 % des détenus n’ont pas de peine interne, pour eux la vie dehors et dedans c’est pareil : télé et shit. Mais 30 % des détenus ont des peines internes. Quand vous condamnez des gens, c’est à tout ça que vous devez penser. »

Plaidoirie

L’avocat de Christine, Benoît David, rappelle que l’enfermement de Christine ne sert à rien. Il relève surtout les contradictions, incohérences et absences d’éléments précis dans les dépositions des surveillant-e-s. Pour exemple : une surveillante qui ne décrit dans sa déposition aucune violence de Christine contre elle, mais qui plus tard demande réparation pour une douleur à l’épaule.

Verdict

Christine est relaxée pour le refus de prélèvement. Reconnue coupable pour tout le reste.

Elle est condamnée à douze mois d’enfermement dont 6 ferme et 6 avec sursis et mise à l’épreuve, c’est-à-dire que lorsqu’elle sortira enfin, elle subira de nombreuses obligations (soins, suivi…). Trois surveillantes recevront un chèque de 100 à 600 euros, une autre est renvoyée à une audience ultérieure pour tenter de gagner elle aussi sa chance au grattage. Il n’y a pas de mandat de dépôt, ce qui laisse croire que la peine pourra être aménageable, que c’est ce que désire la juge. En effet, elle sait que le JAP (Juge d’Application des Peines) doit répondre le 4 août à la demande de conditionnelle. Oui mais voilà, le 4 août, il la refuse. Il est donc trop tard pour un appel. Et le proc’ a promis de « faire tomber vite ces 6 mois en cas de refus, pour ne pas gêner une autre demande ». Qu’ils sont gentils !!