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Lettres de Sequedin (juillet / aout 2013)

Fin juillet, une autre détenue est placée au mitard dans la cellule à côté de Christine. Celle-ci est violentée par les matons et peine à avoir un entretien avec un médecin. Christine décide alors de refuser de remonter de promenade en solidarité avec sa voisine de cellule. Aucun résultat. Les matons ne répondent alors plus à ses appels incessants à l’interphone. Pour les faire se bouger, elle leur dit alors « il va y avoir de la prise d’otage dans l’air ». Rapidement matons et toubib viennent voir sa voisine, mais le toubib refuse d’entrer dans la cellule, puis s’apprête à repartir sans aucune consultation. Christine l’interpelle en lui disant de ne pas partir car elle avait dit qu’elle ferait une prise d’otage. Ni une ni deux, elle est renvoyée en cellule par une dizaine de matons. Quelques heures plus tard, on vient la chercher pour la transférer à Lille-Sequedin.

Arrivée là-bas, une note interne interdit au personnel soignant de rencontrer Christine sans la présence des matons. Ces derniers s’y plient. Christine se lance alors de nouveau dans un bras de fer, cette fois-ci pour elle-même avoir droit à une consultation médicale. Refus de remonter de promenade, incendies de poubelles, rien n’y fait et le niveau de violence que les matons donnent en réponse ne cesse de grimper. Christine décide alors de faire une grève de la faim et de la parole. Ils l’ignorent ou tentent de l’en dissuader, mais Christine tient bon. L’OIP de Lille est réactif et somme l’Administration Pénitentiaire et le service médical (UCSA) de s’expliquer sur la situation.
Le lendemain, au bout de huit jours de grève de la faim, Christine obtient satisfaction vis à vis de ses revendications (consultations permettant le secret médical, coup de fil à son avocate et entretien avec la direction).
Le 16 août, les 45 jours de mitard écoulés (15+30 avec une pause de quelques jours. Maximum 30 jours de mitard consécutifs depuis une réforme de 2009) elle sort mais est placée directement en Quartier d’Isolement (QI).
Cela ne durera qu’une semaine. Le 22 août, elle est de nouveau placée au mitard. Cette fois-ci pour avoir fait valser un vélo après s’être vu refuser de passer l’heure de sport avec sa voisine de QI.
Elle passera lundi 26 août en commission de discipline pour ces faits mais également pour « violences aggravées » contre des matons (au moment de son bras de fer pour voir le toubib). Ils se seraient blessés en cognant Christine… Ils ont également porté plainte.

 

SEQUEDIN,
dimanche 28 juillet

Bon ben, j’ai encore changé d’adresse. […] Me voilà à Lille, de la Redoine Faïd est arrivé à mettre les voiles. Comme je n’ai pas son réseau, je pense pas pouvoir sortir du Quartier Disciplinaire [QD/mitard] avant le 20 août et d’ici avant le 20 septembre, après le procès d’Arras.

Pour résumer l’histoire, […]mercredi ils ont amené K. une fille que je connais à peine, avec l’équipement anti-émeute que je me croyais réservé. Elle était super énervée, même quand ils sont partis. Elle gueulait toute seule à coup de «  j’m’en fous », «  bande de salopes », « j’vais aller à l’hosto » et tapait sa fenêtre comme une sourde. Elle ne me répondait pas et les a envoyés chier quand ils ont ramené la gamelle.

Mais enfin, vers 3h, elle a eu une demande claire : elle voulait aller au téléphone pour appeler SOS amitié (n° gratuit). Ça aurait été le moyen qu’elle discute, mais ils ont botté en touche à coup de « on verra plus tard ». Moi même j’étais assez énervée par le bruit qu’elle faisait et par le retard du courrier (distribué normalement à midi). Bref, elle a bouché les chiottes et a déclenché la chasse d’eau une centaine de fois. Au bout d’une demi heure, le QD (nos 2 cellules et le couloir) était noyé. Quand je leur ai dit à l’interphone, d’un seul coup, ils ont été disponibles. Ils m’ont collée en promenade avec mon courrier et ont nettoyé ma cellule. Mais elle, ils ne lui ont pas ouvert, ces cons ! Je leur ai dit ce que je pensais de leurs méthodes et ils m’ont répondu qu’elle avait les mêmes que moi (sauf que là il n’y a pas « dégradation par moyen dangereux » comme avec le feu). À 17h30, quand ils m’ont ouvert pour rentrer, je leur ai dit que j’avais un devoir de solidarité et que je ne rentrerai pas tant que K. n’aura pas ses lunettes, son tabac, ses bouquins et les couvertures qu’ils étaient venus lui prendre avec les casqués à 16h. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire sans l’équipe alors je leur ai dit que j’attendrai dans la cour qu’elle arrive. Je pensais voir débarquer les casqués pour me remettre en cellule, mais ils ne sont revenus qu’à quatre dont le directeur Mathieu. Le chef du Quartier Femmes (QF), Wattel, m’a dit qJe suis sortie du mitard ce WE. Pas originaux, ils m’ont collé direct au QI, comme à Joux.
Ils ont justifié ça par le dossier disciplinaire, ce QI n’est pas valable. En vrai, ils ne veulent pas que j’aille en bâtiment où les filles (et les mecs aussi d’ailleurs) se font tripoter avant chaque promenade. Ils savent que je refuserai la palpation et n’ont pas envie de me cogner dessus à 10 contre un devant les filles qui pourraient être choquées et du coup (oh horreur !) solidaires.
[…] Hier, lundi, [ma voisine de QD] passait au prétoire. Moi j’étais dans la salle où il y a le téléphone, à une dizaine de mètres. J’ai entendu qu’ils la rentraient de force, elle criait qu’elle avait mal. Forte de l’expérience passée et de la promesse du psy, elle pensait que ça s’arrêterait là, mais ils lui ont mis 30 jours ! Devant leur violence (4 matonnes étaient arrivées en courant au QD en plus), j’ai cogné sur la porte de la salle. Bizarrement, en quatre coups de pied, j’ai fait péter la serrure et me suis retrouvée dans le couloir qui donne d’un côté sur le QD de l’autre sur le QI et de l’autre sur la rotonde et l’accès à la grande promenade. Je suis allée vers le QD, il y avait 6 matonnes derrière la porte, dont la directrice. Une brigarde moins conne que la moyenne m’a dit : « Je t’assure qu’on ne l’a pas cognée, je ne l’ai même pas menottée. Là, le psychiatre va venir. Mais toi, on a jamais vu ça et l’alarme a été déclenchée. Regarde les gars arrivent. Couche-toi au sol c’est le mieux  ». J’ai plutôt confiance en elle et je l’ai crue. Je me suis retournée vers l’autre bout du couloir. À 20m, derrière la grille, il y avait 5 mecs. Je leur ai crié : « Qu’est ce que vous voulez ? ». Il m’ont dit « Rentre dans la pièce » et je suis retournée calmement dans la salle de téléphone. J’y suis restée presque une minute à les attendre. Je les entendais, de plus en plus nombreux. Je suis ressortie en leur disant «  Vous attendez les casqués ? Y’a pas besoin… ». Ils étaient plus de 20. La chef de détention, Sylvie, a traversé leur groupe et a franchi la grille en leur disant de rester derrière. Elle est venue seule vers moi et m’a demandé ce qui se passait. Je lui ai répondu en une phrase et l’ai tout de suite suivie pour qu’elle me mette en cellule. […]

Mercredi 21, 7h : Bon c’est l’équipe de jour qui va prendre le relais. Cette nuit, ils n’ont rien voulu comprendre. À minuit et ½, ils ont tapé sur la porte au point de réveiller la voisine. Trois fois, ils sont venus à au moins 5 pour me foutre la lampe torche dans les yeux. Mais ce n’est pas allé à l’affrontement.
Bah, du coup, j’ai bien eu le temps d’observer les rats (très nombreux) qui baladent sous la fenêtre, tant la nuit que le jour. 100 % des fenêtres de la MAF sont fermées par un grillage, soit disant pour qu’on ne les nourrisse pas, mais ça ne change rien. Moi, en tant que rurale, ça ne me gène pas du tout, au contraire : je vois du vivant sans uniforme ! J’aimerais bien essayer d’en apprivoiser un…

Je raconterai ça plus tard…
À la prochaine
Christine u’il n’avait rien pu lui donner car elle était trop énervée. Comme je n’ai pas de raisons de le croire, j’ai crié pour appeler K. Mathieu m’a dit « vous parlerez mieux à la porte ». Je savais que c’était pour me faire rentrer mais j’ai accepté car j’espérais qu’elle serait d’accord pour m’écouter. Ils m’ont même ouvert la porte et j’ai tenté de lui parler à travers la grille. Mais elle était super énervée, criant et tapant la fenêtre, inaccessible à la moindre discussion, murée dans sa colère et sa douleur. Quand je lui ai dit qu’il fallait qu’elle pense aux bébés dans le bâtiment, elle a gueulé «  le mien de bébé, il est au cimetière ! ». Je ne pouvais rien faire, j’en étais dégoûtée et j’ai accepté de rentrer dans ma cellule. Je savais qu’elle cherchait à aller en HP et ça me rendait très triste de la voir se détruire.

A 18h30, ils sont venus équipés pour la menotter et bien qu’ils en aient trop fait, elle n’a pas réagi violemment. En fait, elle était contente d’être calmée de force et d’aller à l’hosto. Mathieu m’a confirmé que j’aurai le tél le lendemain avec ma famille. Vers 23h, ils l’ont ramenée et j’étais contente qu’elle ne soit pas en Hospitalisation d’Office. Mais ces salauds l’ont remise dans sa cellule pleine d’eau sale, sans couverture ni tabac. Je les ai suppliés de la mettre en cellule propre ou de me laisser passer la raclette mais rien à faire. C’est vrai qu’elle était assez calme à cause de la piqûre mais de m’entendre m’énerver l’a remontée. Et c’est reparti pour 1h de tapage au milieu de la nuit pour réveiller tout le bâtiment. Ce salaud de chef qui avait refusé de l’accueillir proprement est venu voir : il s’est fait envoyer paître. Puis, entre minuit et 1 heure, la fatigue l’a gagnée (et la piqûre) et elle s’est calmée. Moi j’ai peu dormi entre colère et tristesse.

Le lendemain, jeudi donc, j’ai expliqué dès 8h aux surveillantes qu’on ne pouvait pas la laisser comme ça, qu’il fallait au moins lui apporter un café chaud et que je lui passais du tabac. Elles ont compris, mais se sont réfugiées derrière le sempiternel « on ne peut rien faire sans l’ordre du chef… qui n’arrive qu’à 9h ». Alors, je leur ai mis 9h comme ultimatum. Mais à 9h, rien. Comme c’était plus calme depuis 5h du mat’ je lisais un récit d’un espagnol des années 80-90 qui racontait les revendications soutenues par des séquestrations de matons et les FIES [1] qui avaient suivi. Alors, j’ai dit à l’interphone : «  vous vous en foutez hein quand on vous parle calmement . Eh ben venez avec vos boucliers pour la promenade, parce que il y a de la prise d’otage dans l’air ! ». Bien sûr, je n’avais aucun moyen de prendre qui que ce soit en otage : ils sont toujours plus nombreux que moi et je n’ai pas d’armes. Mais s’ils venaient équipés, ils n’auraient pas d’excuse de ne pas sortir K. le temps de nettoyer sa cellule. J’ai renouvelé la menace à 10h quand j’ai demandé quand était ma promenade à l’interphone et que la matonne a dit « ça sert à rien de crier » ; j’ai crié « non, ça sert à rien de crier, mais ça sert à rien non plus de parler, y’a qu’avec une prise d’otage que vous nous écouterez ! ».
A 10h30, ils sont venus à quatre, dont Wattel et la matonne avec qui j’avais discuté calmement à 8h, Mme Robert, et le toubib. K. l’a envoyé chier. Moi dans la cellule ouverte comme je lui ai appris, je l’ai engueulé de sa complicité face à la maltraitance que subissait K.. Il en a vite eu marre et est ressorti. Je l’ai suivi dans le couloir où étaient les bleus pour continuer à lui dire qu’on chopait des mycoses les pieds dans l’eau et qu’elle n’avait rien mangé depuis 24h. Quand il s’est approché de la porte pour sortir du QD, j’ai crié en faisant un pas en avant (j’étais au seuil de ma porte) «  Eh toi, tu restes là ! J’ai dit que je faisais une prise d’otage ! ». La menace était ridicule et je n’avais touché personne, mais les 4 se sont rués sur moi et j’ai été coincée contre le mur. Je leur ai dit « calme, calme, je ne bouge pas » et la pression physique s’est relâchée mais ils avaient déclenché l’alarme. Quand la cavalerie est arrivée, je bloquais la grille assez facilement et ils étaient 4 à pousser et à se pousser dans le sas. Mme Robert était en première ligne car elle voulait calmer le truc. J’avais déjà accepté l’idée de ne pas aller en promenade, mais je voulais la promesse de Wattel que j’aurais le tél à 11h. La matonne était compressée par ses collègues et ça se voyait qu’elle avait mal. Quand Wattel a promis, j’ai retiré le pied et suis rentrée.
[…] Toute l’après-midi, j’ai appelé à l’interphone, toutes les demi-heure pour leur dire de venir avec le toubib, à chaque fois sans crier. J’ai crié pour dire aux filles du bâtiment ce qui se passait ici mais aucune n’a réagi.
Vers 15h15, ils ont enfin emmené K. à l’UCSA, sur un fauteuil roulant, menottée devant. Elle est revenue ¼ d’heure après, avec une ordonnance de radio, sans plus. Ils n’avaient toujours rien déposé dans sa cellule.
A 16h30, l’heure habituelle de ma promenade de l’après-midi, ils ne sont pas venus. J’étais super en colère mais n’ai rien fait. Dans l’après-midi, je les avais entendu bouger mes cartons dans la cellule à côté et j’avais pensé au transfert mais vu l’heure qui avançait, je me suis dit que je me faisais des films.
Vers 17h, les casqués sont arrivés, […] J’ai demandé si j’allais en garde à vue, si je devais prendre tabac et documents et il m’a dit que ça suivrait. C’est là que j’ai compris qu’on allait à la MA de Lille – Sequedin. Ils m’ont menottée dans le dos et je me suis laissée faire. J’ai quand même gueulé un « au revoir, les filles, je change d’air »
[…] Dans l’équipe du transfert, il y avait B······ [2] qui se régalait de me voir entravée, menottée dans le dos et en cellule. Il a continué à faire les gros bras devant ses collègues d’ici. À Bapaume, comme ailleurs, j’avais refusé la photo et la prise d’empreintes et c’était passé. Là, B······ m’a prise par la gorge et les cheveux contre le mur et je n’ai pu que fermer les yeux et ouvrir la gueule. Idem pour l’empreinte à force de torsion du poignet mais je ne crois pas qu’elle sera utilisable (« On n’aura pas mieux » ai-je entendu). Alors que j’avais accepté la fouille à nue à Bapaume, ils m’en ont fait une autre ici. Comme ils étaient nombreux et que des mecs, ils m’ont dit : «  Tu te mets face au mur et tu ne te retourne pas. C’est bien compris ? Tu te désapes sans te retourner. C’est clair ? » J’ai obtempéré pour éviter la palpation mais j’ai obtenu mon tee-shirt avant de retirer le pantalon et n’ai pas tendu mes sandales qu’ils ont du ramasser eux-même. Puis traversée de la MA « libre » entre six matons d’ici, après avoir donné RDV à B······ le 19 septembre à Arras (en discutant avec ces potes d’ici, il a dit «  Maintenant j’habite à 1km du taff »). […]


SEQUEDIN,
mardi 30 juillet

[…]Ce matin, vers 10h30, une autre toubib est venue. Comme son collègue, elle a refusée une consultation honnête. […] C’est la chef de détention (Sylvie ? Sophie ?) qui m’a ouvert pour la promenade à 14h30. […] Je lui ai redit, très calmement, que je ne rentrerai que lors de la visite médicale. J’avais un peu d’espoir car elle avait géré un conflit qui aurait pu dégénérer le dimanche, alors qu’une brigarde refusait que j’amène un livre en promenade (alors que c’était passé avec elle le vendredi et le samedi). J’avais dû bloquer la grille, heureusement sans blessé. Mais là, quand elle est revenue à 15h30 pour la fin de la promenade, elle avait déjà fait équiper 4 gars avec casques et boucliers. Ça a été l’assaut le plus violent de mon histoire pénitentiaire. Ils m’ont délibérément envoyée plusieurs coups de poings au visage pendant le menottage. Puis, ils m’ont cogné la tête dans chaque angle de murs sur le trajet du mitard. À Joux, l’arcade s’était ouverte et les avait immédiatement calmés. Mais là, elle a tenue. Ils m’ont dé-menottée sous le lit, en tordant doigts et poignets, comme d’habitude. […]
La douleur est presque passée, j’ai juste une gène au doigt tordu. Je sens une bosse au front, mais ne peux pas savoir si c’est devenu bleu.
Demain matin, c’est le jour de la douche. J’irai et bloquerai encore au retour s’il n’y a pas le toubib. Je n’ai maintenant plus d’espoir de respect, mais celui que la résine coule : ça les calme très vite et les fait appeler l’UCSA ou le 15.

SEQUEDIN,
samedi 3 août

Jusqu’ici, quand je m’affrontais à l’AP, je risquais des coups et du mitard, mais je pouvais m’appuyer sur la loi pour me garantir une certaine sécurité mentale. Là, il n’y a plus de garde-fous et ça me fait peur. C’est en partie de ma faute car j’ai entamé une grève de la faim, alors que je m’étais toujours opposée idéologiquement à ce mode d’action dangereux.
[…] Le mercredi matin, c’était le jour de douche et de retour de WE du chef de bâtiment. Il m’a demandé ce qu’il s’était passé et m’a dit de me préparer pour la douche et la promenade. Je lui ai répondu que j’étais tout à fait d’accord, mais que comme la veille, je ne rentrerai volontairement qu’après une visite médicale. Il est reparti puis est revenu avec un chef ++ (chemise bleue claire). Lui m’a dit que pour aller à la douche, je devais subir la fouille par palpation. J’en ai rigolé tant c’était ridicule : la douche est au QD et je ne croise aucune fille. En plus, si je ne m’abuse, la loi interdit les fouilles systématiques non justifiées. J’avais, par apaisement, accepté le passage à la « poêle » électronique au retour de promenade jusqu’à la veille (négociée par une fouille à nue à la 1ère promenade, le vendredi). Il a gueulé «  palpation ou rien ! » et est parti en disant que je n’aurais rien ce matin là. J’essaye d’avoir quelqu’un à l’interphone à partir de 11h pour la promenade, mais rien. Quand le chef de bâtiment m’apporte la gamelle, il me dit que je verrai le médecin vers 15h. Effectivement, il est là à 14h30. Mais il me dit «  Je vais vous examiner dans une salle spécifique, mais des surveillants resteront avec nous ». Je lui réponds très poliment que c’est impossible, que ce sont eux qui m’ont agressée, qu’il doit me faire confiance, que je ne l’agresserai pas et qu’il a dit le serment d’Hippocrate. Il discute 5min, puis part (« Je vous laisse réfléchir »). Je l’appelle, en pleurs, mais il ne revient pas. Plusieurs fois dans l’après-midi, je demande à la surveillante à l’interphone de m’écouter, de trouver une solution. Ça fait 36h que je suis dansa  cage, presque nue car les vêtements ont été mouillés et salis lors de la contention. Malgré la loi, ils me privent de douche, de promenade et visite médicale. Quand le chef amène la gamelle à 18h30, je suis au 36ème dessous, dégoûtée par le mépris. Il fait semblant de discuter mais c’est juste pour que je lui remette le lacet qu’ils m’ont laissé la veille avec une chaussure et ma boîte d’allumettes. Je me calme grâce au courrier des copains, reçu de l’alpage et remets mon projet de feu (j’avais planqué des allumettes et un grattoir dès le 1er soir). […]
Le jeudi matin, à 7h, […] je retente de demander calmement un médiateur (la chef de détention par ex), mais on me dit juste que la chef viendra plus tard (pour le repas donc). Ça fait 3 jours que je parle très calme (sauf la crise de pleurs mercredi soir, mais où je n’ai insulté personne), que j’essaye de trouver des solutions, et ils me font tricarde. Je n’ai plus le choix : malgré les conseils des copains, je dois me faire blesser pour avoir enfin un toubib et lui expliquer. Je fous donc le feu aux barquettes en plastiques de quatre repas précédents, sans que ça ne représente un danger pour mes codétenues et leurs bébés. Bien sûr, ils arrivent équipés pour me foutre dans le mitard d’à côté. Malgré les coups de poings (ça doit être le protocole ici !), l’arcade tiens bon : et merde ! Mes vêtements sont mouillés par l’extincteur et la cellule complètement vide sauf le matelas. Je demande mes affaires à l’interphone qu’ils raccrochent immédiatement. À midi et ½, c’est la chef de détention, que j’accueille nue. Elle n’a aucune affaire pour moi. Je sais qu’il peuvent me faire tricarde comme ça jusqu’au 17 août, la date de fin de sanction décidée à Bapaume. Pour accélérer, il faut donc se mettre en grève de la faim. J’y ajoute une grève de la parole puisque, quoi que je dise, quel que soit le ton, je ne suis pas entendue. […] Le toubib et une responsable SMPR [3] sont venus me voir vers 17h, alors que je ne les espérais plus. Comme le chef le matin, ils m’expliquent qu’ils n’y peuvent rien, que c’est l’AP qui décide. Je leur réponds par petits papiers que c’est des menteurs puis mets fin à ce faux entretien à travers la grille. C’est toujours le même chef à 18h30, qui se pointe pour que je refuse la gamelle, il aimerait que je lui parle mais me refuse mon tabac. Par contre, j’ai enfin le reste de mon paquetage resté au mitard à Bapaume.
[…] Je sais que je ne verrai rien ni personne cet après-midi. Et que ça sera pareil demain. Sauf que ça fera 3 jours que je refuse la gamelle et qu’ils devront prévenir la DI [Direction Inter-régionale de l’AP].
La revendication posée pour l’arrêt de la grève (de la parole et de la faim) c’est que je puisse discuter, dans l’ordre où ils veulent avec :
mon avocate par téléphone
un médecin dans des conditions de consultation
un représentant de la direction, quel-qu’il soit et même à travers la grille
Je sais par une amie  qu’une grève de la faim peut durer 2 semaines avant qu’on soit abîmée et je tiendrai.
À moins qu’ils me collent au QI comme à Joux, il faudra qu’ils lâchent le 17 août quand je serai de retour en bâtiment et en promenade collective. Ça va être long… !
Salut ! Y Viva la Lucha !


SEQUEDIN,
samedi 10 août

Ma situation s’est débloquée jeudi vers 16h. Immédiatement, j’ai mangé le plat de lentilles mis de côté (j’avais de l’espoir) à la gamelle de midi. J’avais repris à parler depuis mardi 14h, aux premiers prémices.
Voilà ce qui s’est passé :
[…] Mardi,5ème jour de la grève, même si le chef du jour (le chef de bâtiment) est un peu moins con que la brigade du WE, je n’ai ni promenade ni téléphone. Mais il me passe mon guide de l’OIP et j’ai la référence des textes qui interdisent la fouille systématique et je lui fais passer.
À 17h30, je vois le big boss (il paraît que c’est exceptionnel qu’il voie un taulard) et la chef de détention des premiers jours, Sylvie. Il me dit que je verrai dorénavant les médecins correctement (s’ils le demandent) et que, puisqu’on n’est pas d’accord sur l’interprétation de la loi et que je ne dispose que d’un livre «  fait par des crétins qui n’y connaissent rien », il va me faire passer demain les textes en question. En signe d’apaisement, Sylvie me file deux clopes à elle et me les regarde fumer en discutant calmement. Elle m’en laisse aussi une pour le lendemain matin. Moi, je lui donne deux allumettes coincées dans la poche depuis jeudi (elles ne me servent à rien, je n’ai pas de grattoir). J’ai aussi des livres de la biblio demandés depuis lundi matin.
À 17h, le mercredi, c’est le chef de bâtiment. Il m’allume bloqué sur sa putain de palpation. Toute la matinée, j’attends les papiers promis par le dirlo en trépignant. À 10h, la même toubib pétocharde qu’hier vient, mais n’ouvre pas la grille car elle n’aurait pas encore reçu la consigne . À 11h30, il amènent au mitard une fille en lui faisant mal, elle est dans le même état que K. et on ne peut pas discuter. À midi la toubib revient et ouvre la grille. Cette pétocharde s’est faite accompagner par un infirmier SMPR bien costaud, mais le rendez-vous est correctement fait. « Mais on ne vous connaît pas… », « Ben justement ! ». Je les envoie chez la voisine qui hurle qu’elle a mal.
[…]À 16h, le directeur vient enfin avec les papiers. Je lui demande de revenir dans une heure quand je les aurai étudiés. Il me dit qu’il est dans les clous puisque les fouilles à chaque sortie de cellule des 900 personnes enfermées ici sont justifiées par le risque de trafic J’aurais aimé manger ce soir, mais je veux pouvoir étudier les textes sans le laisser mentir. Il dit qu’il reviendra demain (il paraît que c’est encore plus exceptionnel 3RDV comme ça en 3 jours , je suis VIP !), je lui demande de venir le matin (pour manger à midi), mais il reste le Big Boss et me dit « je viendrai quand j’aurai le temps ».
Jeudi, […] le dirlo arrive à 15h30. J’avais préparé mon exposé, comme une bonne élève. La seule chose que je sens qui fait mouche c’est quand je fais, sur le ton de la confidence psy, le parallèle entre palpation et viol, puis viol et autorité et que j’explique en quoi la fouille à nue (sans contact et où les deux parties sont mal à l’aise) est moins humiliante. Il se retire avec Sylvie et reviennent 5 min plus tard me dire que je peux aller au tel. Je n’ai aucune fouille, il n’y a que la chef de détention et le chef de bâtiment de visibles. J’appelle non seulement mon avocate, en lui demandant une visite, mais aussi mes parents pour les rassurer. Puis je vais en promenade. Assise torse nu au soleil, je savoure la barquette de lentilles ! Ils m’ont aussi donné des allumettes, avec le protocole que je leur ai expliqué (une boîte avec un chiffre donné, puis comptage au retour des brûlées et des soufrées).De retour en cellule, j’ai la barquette. Ça y est, c’est calmé !
À la gamelle, le chef me demande si je suis contente. Je lui explique que je n’ai pas à être contente d’en avoir tant chié pour que la justice règne enfin. Il me dit que j’ai eu raison de parler du tripotage et de ce que j’en ressentais, je lui réponds que c’est un discours de voyeur malsain. Il ne comprend pas pourquoi on n’est pas potes… Moi je mange la moitié de la gamelle et m’endors le ventre plein dès 19h30. Ouf !
[…] L’essentiel pour moi est gagné : visite du médecin en vis à vis et pas de tripotage . […] J’ai appris aujourd’hui que le dirlo avait pondu une note à mon sujet disant :
pas d’ouverture de la porte (je dis bien la porte pas la grille !) sans un(e) brigard(e)
fouille électronique sans contact, mais face au mur
effectif renforcé lors des promenades : au moins 1 brigard et 6 en tout
une seule promenade par jour
contrôle œilleton toutes les heures en journée et quatre fois par nuit
Je ne sais pas comment ils comptent revenir à la normale en une semaine… Soit ils y arrivent et tant mieux, j’irai en bâtiment. Soit ils vont me coller au QI sans raison ces salopards…


SEQUEDIN,
mardi 20 août

Je suis sortie du mitard ce WE. Pas originaux, ils m’ont collé direct au QI, comme à Joux.
Ils ont justifié ça par le dossier disciplinaire, ce QI n’est pas valable. En vrai, ils ne veulent pas que j’aille en bâtiment où les filles (et les mecs aussi d’ailleurs) se font tripoter avant chaque promenade. Ils savent que je refuserai la palpation et n’ont pas envie de me cogner dessus à 10 contre un devant les filles qui pourraient être choquées et du coup (oh horreur !) solidaires.
[…] Hier, lundi, [ma voisine de QD] passait au prétoire. Moi j’étais dans la salle où il y a le téléphone, à une dizaine de mètres. J’ai entendu qu’ils la rentraient de force, elle criait qu’elle avait mal. Forte de l’expérience passée et de la promesse du psy, elle pensait que ça s’arrêterait là, mais ils lui ont mis 30 jours ! Devant leur violence (4 matonnes étaient arrivées en courant au QD en plus), j’ai cogné sur la porte de la salle. Bizarrement, en quatre coups de pied, j’ai fait péter la serrure et me suis retrouvée dans le couloir qui donne d’un côté sur le QD de l’autre sur le QI et de l’autre sur la rotonde et l’accès à la grande promenade. Je suis allée vers le QD, il y avait 6 matonnes derrière la porte, dont la directrice. Une brigarde moins conne que la moyenne m’a dit : « Je t’assure qu’on ne l’a pas cognée, je ne l’ai même pas menottée. Là, le psychiatre va venir. Mais toi, on a jamais vu ça et l’alarme a été déclenchée. Regarde les gars arrivent. Couche-toi au sol c’est le mieux ». J’ai plutôt confiance en elle et je l’ai crue. Je me suis retournée vers l’autre bout du couloir. À 20m, derrière la grille, il y avait 5 mecs. Je leur ai crié : « Qu’est ce que vous voulez ? ». Il m’ont dit « Rentre dans la pièce » et je suis retournée calmement dans la salle de téléphone. J’y suis restée presque une minute à les attendre. Je les entendais, de plus en plus nombreux. Je suis ressortie en leur disant «  Vous attendez les casqués ? Y’a pas besoin… ». Ils étaient plus de 20. La chef de détention, Sylvie, a traversé leur groupe et a franchi la grille en leur disant de rester derrière. Elle est venue seule vers moi et m’a demandé ce qui se passait. Je lui ai répondu en une phrase et l’ai tout de suite suivie pour qu’elle me mette en cellule. […]

Mercredi 21, 7h : Bon c’est l’équipe de jour qui va prendre le relais. Cette nuit, ils n’ont rien voulu comprendre. À minuit et ½, ils ont tapé sur la porte au point de réveiller la voisine. Trois fois, ils sont venus à au moins 5 pour me foutre la lampe torche dans les yeux. Mais ce n’est pas allé à l’affrontement.
Bah, du coup, j’ai bien eu le temps d’observer les rats (très nombreux) qui baladent sous la fenêtre, tant la nuit que le jour. 100 % des fenêtres de la MAF sont fermées par un grillage, soit disant pour qu’on ne les nourrisse pas, mais ça ne change rien. Moi, en tant que rurale, ça ne me gène pas du tout, au contraire : je vois du vivant sans uniforme ! J’aimerais bien essayer d’en apprivoiser un…

Je raconterai ça plus tard…
À la prochaine
Christine

Bapaume

Début avril, elles est de nouveau transférée, au CD de Bapaume ce coup-ci, dans le Nord-Pas de Calais. Le premier mois est plus calme. Elle intègre rapidement le quartier femmes en régime de « portes ouvertes ». Les contacts avec les matons sont réduits. Elle n’a plus de fouille à chaque entrée et sortie de cellule. Ses permis de visite lui sont restitués…
Mais cela ne dure pas longtemps.
Après deux passages de moins d’une semaine, fin mai, elle écope de 30 jours de mitard. La situation se corse avec les matons durant la première semaine. Provocations, violences, humiliations incessantes de leur part, Christine ne se laisse pas faire, la tension monte et peine à redescendre.

Le 13 juin, elle est extraite de détention pour être emmenée en garde à vue à la gendarmerie de Bapaume. Des matons ont porté plainte contre elle. De là, le parquet veut la faire passer en comparution immédiate. Ce qu’elle refuse. Elle est alors renvoyée en détention avec une date de procès pour le 4 juillet au tribunal d’Arras.

Le 5 juillet, à Bapaume, pour avoir persisté à manger leur gamelle en promenade, Christine et une amie codétenue se voient poser un ultimatum par l’AP. Soit elles acceptent de réintégrer leur cellules en régime « porte fermée » jusqu’à nouvel ordre, soit elles partent au mitard. Christine part au mitard. Son amie se retrouve en régime porte fermée. Pour protester contre ce régime et la mise au mitard de Christine, elle entame une grève de la faim qui durera 15 jours. Elle obtient finalement un entretien avec le dirlo de Bapaume et accepte de se réalimenter.

Dès le vendredi 5 au soir, Christine est de nouveau placée en préventive au Quartier Disciplinaire (mitard). En régime « portes ouvertes », la gamelle est distribuée à 18h les détenues doivent réintégrer les cellules à 19h. Avec une autre codétenue, elle profite de ce laps de temps pour manger dans la cours de promenade. L’administration pénitentiaire, ayant décidé de ne pas voir cela d’un très bon œil, leur a signifié qu’elle n’autorise pas ces repas en « extérieur ». Depuis plusieurs jours Christine se livre alors à une petite bataille pour continuer à manger sa gamelle du soir à « l’air libre ». Elle leur demande les textes qui stipulent cette interdiction, il n’en existe pas, mais on lui rétorque qu’il n’en existe pas non plus qui autorise cette pratique…
Vendredi soir, comme tous les autres soirs, Christine mangeait sa gamelle en cours de promenade, quatre matons et le dirlo sont venus la trouver pour lui poser un ultimatum : le retour en cellule ou le mitard. Elle est partie au mitard.
Lundi 7, il était déjà prévu qu’elle passe au prétoire pour être jugée sur les mêmes « incidents » qui seront jugés au pénal le 19 septembre. Pour cela elle écope de 14 jours de mitard, pour les repas dans la cours de promenade elle en prend 30. Elle y est donc jusqu’à mi-août.

Extraits de lettres ( janvier/avril 2013)

Depuis son incarcération, Christine a eu de multiples embrouilles en détention. Elle a été placée au mitard (QD ou Quartier Disciplinaire) et au QI (Quartier d’isolement). Elle a été transférée de La Talaudière à Corbas (Lyon) puis à Joux-La-Ville. Aux dernières nouvelles, elle est maintenant à Bapaume, vers Lille (ses proches sont dans le sud !). L’accumulation d’altercations en détention risque d’alourdir sa peine, voire de la mener à nouveau devant les tribunaux.

Dans différentes lettres qu’elle a pu faire sortir de prison, elle raconte ses combats en détention et la répression féroce. Elle souhaite que ces lettres  soient diffusées auprès des groupes qui se préoccupent de ce qui se passe en prison, et publiquement.En voici de larges extraits.

• Jeudi 31 janvier, Corbas, QD

Ne reculant devant aucun défi pour vous fournir des infos fraîches et diverses, votre envoyée spéciale au pénitencier est maintenant au mitard à Corbas.
Je suis passée au prétoire (à la Talaudière) et j’ai pris quinze jours (de mitard) ferme et 8 jours avec sursis. Je ne croyais pas que six mois allaient s’écouler sans que ça me tombe dessus, même si l’idée était séduisante. J’ai donc appris que je serai transférée ce lundi 28 (il n’y a pas de mitard au quartier femmes de la Talaud).
Entre le prétoire et ce transfert, j’ai vu un OPJ au parloir pour m’auditionner sur « l’incendie du 28 novembre ». Il m’a dit que selon lui ce serait classé sans suite, mais on sait ce que ça vaut une parole de flic.
J’ai aussi eu un signalement au procureur le 19 décembre, suite à une prétendue bagarre avec une codétenue en promenade. Ça me fait beaucoup plus chier car c’est faux : on n’a pas échangé un seul coup et si, moi, j’ai été blessée, c’est par les gros bras en bleu qui m’ont sortie manu militari de la cour. J’ai donc fait un recours à la DI à propos de ce rapport pour que les infos contenues dans le dossier disciplinaire soient honnêtes si je vais un jour en procès pour ça.
Dimanche 27 janvier, à la promenade, je me suis à nouveau engueulée avec la même fille. Cette fois on a échangé des coups (J’en ai pris plus car elles étaient à 2 contre moi). Bien sûr c’est moi que les bleus ont remonté en cellule, menottée dans le dos. Après m’être calmée, j’ai demandé à téléphoner, comme j’y ai droit. En fait, la surveillante ne voulait pas m’ouvrir sans un surnombre de matons comme ils me le font souvent, malgré l’accord avec la direction le 15 novembre. (…) L’auxi peut témoigner que j’étais calme. Mais les matons m’ont foutue au sol le temps de mettre en cellule le repas dans une barquette en plastique. J’ai dit : « je veux juste téléphoner, j’y ai droit, de quoi avez-vous peur ? Je ne me débats même pas ». Mais ils m’ont refoutue en cellule et je n’ai pas pu bloquer la porte. J’étais furax et j’ai glissé du papier journal sous la porte pour l’enflammer, comme je l’ai souvent pratiqué. (…) Ils ont ouvert la porte, l’un d’eux avait un extincteur. Il ne s’est pas contenté d’asperger la porte mais m’a délibérément aspergée. J’étais en train de respirer à la fenêtre. Je suis allée vers eux en gueulant : « Tu t’amuses bien ? » Ils ont essayé de la refermer mais je l’ai bloquée avec le genou. Ils se sont alors énervé et m’ont foutu au sol, dans la neige carbonique. Ils m’ont menottée dans le dos en me faisant vraiment mal à l’épaule et en serrant très fort. Depuis leurs cellules des filles criaient : « Salauds ! Lâchez-la ! On t’a entendu dire que tu allais lui casser le bras ! » Il m’a demandé de dire aux filles de se calmer mais j’ai refusé, demandant juste à ce qu’il lâche l’épaule. Je suis restée au sol sous ce mec le temps qu’ils vident entièrement la cellule (fringues, bouquins, poubelle, table…) puis ils m’y ont refoutue en le laissant un doliprane sur l’évier. Elle était trempée et noire de papiers brûlés, moi j’étais trempée et mal en point.
(…)
À 7h du matin, (quand ils ont ouvert), je suis allée vers la cabine. Mais ils m’ont dit que je téléphonerai après la douche. J’ai accepté car j’en avais vraiment besoin. Quand je suis (retournée dans la cellule), ils en ont profité pour claquer la porte. (…) J’ai gueulé « Vous aviez dit que je téléphonerai après ! » et ils ont répondu « Ben ouais, après, tu téléphoneras après… Allez, bon QD ! » ET un de ces s… rigolait en disant : « Ben quoi, tu chiales Ribailly ? », alors que je répétais, à bout de nerfs : « T’avais dit ! ». (Puis Christine a été transférée vers Corbas.)
Entre 7 et 9h, toutes les filles qui sont passées ont vu mon bordel dans le couloir et la crasse sous la porte. Beaucoup ont été choquées et m’ont gueulé quelques mots de solidarité. J’ai aussi eu un yoyo de mon propre tabac qu’elles ont pris dans ma veste, sur le tas. (…) Hier j’ai vu le toubib dans le cadre de l’accueil arrivante au mitard. Elle m’a fait un certificat médical avec 3 jours d’ITT. J’aimerais déposer plainte pour abus de pouvoir et violences. Pensez-vous que c’est possible ? Voulez-vous m’y aider ?
Bon, après ça j’étais remontée à bloc pour faire face au mitard. Ils ont du le comprendre car ils ont eu une toute autre position qu’il y a deux ans. Au greffe, ils se sont contenté d’un « Non ! » quand ils m’ont demandé la biométrie. J’ai pu avoir mon tabac à la porte de la cellule. J’ai vite eu des bouquins et de quoi écrire. Grâce à la réforme, j’ai même une petite radio. (…) Du coup, libérée de la peur qu’ils me psychiatrisent, je vis bien mieux le mitard que je ne le craignais. (…) J’écris beaucoup (vous voyez), je fais des séries de pompes et abdos. Je dors bien. (…)
Qu’est-ce que vous ne savez pas sur le QD de la MAF (Maison d’arrêt pour femmes) ? Il y a trois cellules, 2 cours goudronnées de 6×8m cernées de murs ou grilles de 3 ou 4 mètres de haut, et au plafond tellement tapissée de barreaux, grillage serré et rouleaux de barbelés que j’imagine que la neige ne passe pas (En tous cas le soleil, c’est sûr, n’atteint jamais le sol). (…)

• Mardi 5 février, Corbas, QD

(…) On m’a fait signer mon transfert prochain pour Roanne. Perso, je sais que, CD ou pas, ça ne changera rien pour moi car je serai en secteur fermé. J’espère aussi que la peine que je vais récupérer mercredi prochain ne sera pas de plus de un an. Ainsi, la confusion de peine aurait des chances d’aboutir et je resterai peut-être à la Talaud, où je suis arrivée, tant bien que mal, à établir un mode de relation assez sain avec la matonnerie. Tout ce que je vous raconte est fait pour être diffusé.
Comme je vous fais des lettres détaillées pour chaque histoire, j’ai dit aux potes de Radio Canut (Lyon), La Haine des chaînes (Marseille), Les murs ont des oreilles (Grenoble) ou Radio Méga (Valence) et Papillon (Saint-Étienne). Je pense aussi à Rebellyon et Jura Libertaire. Faites-vous un pool commun des infos, analyses, récits et autres et rediffusez chacun sur vos réseaux, c’est fait pour ça !
Dans ma lettre où je racontais l’altercation du 27 et 28 janvier à La Talaudière, j’avais joint le mot d’une co-détenue qui se disait outrée du traitement qu’on me faisait subir et prête à bouger pour que ça change (elle parlait d’alerter les médias). J’ai deux autres lettres de filles qui m’ont écrit ici et qui disent à peu près pareil. (…)
Ici j’ai découvert une cellule encore plus flippante que le mitard. Voilà ce qui s’est passé. Avec le lieutenant, toute la semaine, ça s’était pas mal passé, malgré le sureffectif constant (me surveillant). On ne fait pas semblant d’être potes, mais il fait ce à quoi il s’est engagé et a compris que son intérêt était le même que le mien : que j’obtienne des réponses à mes mots dans un délai correct. Il a même institué sans que je lui demande la douche quotidienne, deux promenades par jour et plusieurs appels téléphoniques par semaine. Bref, j’avais pris mon rythme. Mais l’équipe de ce week-end a voulu changer la donne. (…) Dimanche, ça a été encore plus tendu : ils m’ont mis à la promenade dès 8 heures du matin, alors qu’il faisait presque encore nuit. Puis ils m’ont refusé la douche alors qu’ils me l’avaient proposé le matin. À midi, ils n’ont pas ouvert la grille pour me passer la gamelle. Alors le soir, quand j’ai vu qu’ils n’ouvriraient pas plus, je leur ai dit : « Si, vous allez ouvrir ! » et j’ai enflammé une feuille de papier journal. Ils ont refermé la porte en laissant la gamelle dans le sas, hors accès. (…) Puis est venu un lieutenant pour calmer le jeu. Je lui ai expliqué que je refusais d’être servie comme un clebs au chenil et que je lui donnerai le briquet en échange du repas quand il aurait ouvert la grille. (…) Il m’a dit que je grillais mes chances d’avoir le parloir interne que je réclamais, alors que la direction avait émis un avis favorable. Je me doutais bien qu’il mentait, mais je ne voulais pas prendre de risque, alors je lui ai donné le briquet. Il est parti aussitôt, sans ouvrir le sas, et sans même me donner la gamelle. Dix minutes après, ils étaient 6, avec casques et boucliers, pour me menotter. Cassée en deux, ils m’ont menée à travers toute la MA. Je n’ai pas bien compris où on allait mais on a repris le souterrain. Ils m’ont accroupie au fond d’une cellule pour me démenotter après m’avoir pris lunettes et baskets. J’ai demandé où on était et ils m’ont dit « aux arrivants ». Mais la cellule n’avait rien d’une cellule d’arrivants. Je sentais la patte de l’architecte pervers de la chambre de l’UHSA. Lit, table, tabouret, tout était en béton. La télé était protégée par un plexiglass, tout comme la fenêtre, impossible d’accès. Il n’y avait pas de draps, juste deux couvertures en tissus. Même la télécommande était incrustée dans le mur (et ne marchait pas). Une grande surface était prise par la douche et le chiotte. L’évier en alu comme au mitard, sauf qu’il n’y avait pas de robinet, juste un jet d’eau pour boire. Tout était super propre, lisse. J’ai vu un petit sac sur la table : il y avait une affichette. « Vous êtes en souffrance. Il est nécessaire de vous aider. Ce kit fait partie du protocole d’aide. Le pyjama est aéré pour un plus grand confort. En cas de détresse, faites appel au surveillant, votre premier interlocuteur ». Et un pyjama bleu, comme en HP. J’ai eu peur, j’ai pensé qu’ils m’avaient hospitalisée au SMPR, que j’étais en HO (hospitalisation d’office) sans avoir vu de toubib. J’ai appelé mais personne n’a répondu. Une demi heure plus tard, comme j’avais bouché le judas avec l’affichette, ils ont cogné à la porte, joué avec la lumière et appelé à l’interphone. J’ai décidé de ne pas répondre, comme eux. (…) Ils ne voulaient pas rentrer, juste mater. (…)
À 9h le lendemain, j’avais faim et envie de fumer. J’ai fureté dans la cellule pour faire quelque chose. On ne pouvait rien casser, pas appeler. La fenêtre donnait sur une cour intérieure, un toit en fait, où jamais un humain n’est allé. Tout était arrondi, lisse, aseptisé, c’était franchement flippant. Au plafond il y avait une demi-sphère en alu poli pour faire miroir depuis le judas et ne laisser aucun espace sans vue (même collé à la porte). C’était vraiment de l’incitation au suicide, par sa volonté affichée de le rendre impossible. La frustration, même pour moi qui ne veux pas crever, était à son comble. (…) Enfin vers 11h, j’ai entendu une surveillante me dire que j’allais voir un médecin. J’ai pris une grande inspiration et accepté. Ils étaient au moins douze dans le couloir ! L’entretien a été assez court quand elles ont compris que j’étais en colère et pas suicidaire. Elles m’ont dit le sigle de la cellule, mais je ne m’en souviens plus, il y avait un P comme « protection » et elle est effectivement au quartier arrivant. (Puis Christine a été ramenée à la MAF.)
J’imagine le pauvre gars, tout juste sorti de garde à vue et enfermé dans cette cellule d’incitation au suicide lors de sa première arrivée à la rate. La façon la plus ignoble de lutter contre la surpopulation ! Elles sont belles, les règles européennes. (…)

• Dimanche 10 février, QD de Corbas

Demain je dois retourner à la Talaud. (…)
Excédée par le refus de parloir interne (avec son compagnon, incarcéré aussi à Corbas), j’ai essayé encore de revendiquer vendredi.
Sanction immédiate : plus de lumière et plus d’allume-cigare (bien sûr, pas de briquet en cellule). (…) Je vous joins la lettre que j’ai écrite à la direction :

Quand on se targue d’apprendre aux autres à respecter la loi, il faut d’abord, par cohérence, à défaut d’honnêteté, la respecter soi-même. Or :
J’ai été quinze jours au QD, trois lundis, et vous ne m’avez permis qu’un seul parloir.
J’ai signalé dès l’arrivée au médecin que j’avais une ordonnance pour de la kiné hebdomadaire et il n’y a eu aucun suivi.
Je n’ai pas pu m’alimenter du dimanche 3 à midi au lundi 4 à midi (deux repas refusés).
Malgré sa demande du 30 janvier, mon avocat n’a pas obtenu son permis de communiquer.
J’ai été jugée en mon absence le 5 à Aix en Provence, sans que soit organisée d’extraction ou de visioconférence.
Je n’ai pu ni lire ni écrire ni fumer du vendredi 8 à midi au samedi 9 à 8h.
L’évier de la cellule du QD est bouché.
La télévision de la cellule d’incitation au suicide ne marche pas. Le flotteur des toilettes est coincé.
La première semaine, je n’ai vu qu’une fois le médecin.
Vous avez laissé nombre de mes courriers sans réponse et les gradés ont parfois refusé de répondre à mes questions.
La cage de promenade est cernée de murs si hauts et fermée par un grillage si serré que ni la neige ni le soleil ne l’atteignent. Où est l’heure de promenade obligatoire « à l’air libre » ?
Le courrier interne m’a toujours été remis en retard, ou pas remis du tout.
(…) Je continuerai à exiger le respect des lois (à défaut du respect humain qui vous est inaccessible).

• Dimanche 17 février, Joux, QD

Je continue mon tourisme pénitentiaire. Je suis maintenant en CD, près d’Auxerre.
(…) (À mon arrivée) j’ai accepté la fouille au corps et répondu au topo du chef : « Si vous vous tenez bien, ça se passera bien » par « Si vous me touchez pas, je me tiendrai bien ». Ils n’ont pas insisté pour les empreintes et ont fait une photo tête baissée et yeux fermés pour la carte de circulation. Puis je suis allée au mitard. (…) Il fait super froid en cellule et ma voisine, une jeunette toute maigre, en chie beaucoup. Depuis trois jours on réclame qu’ils viennent prendre la température, mais ils ne font rien. (…) Je me souviens avoir lu qu’un mitard avait été fermé après qu’un huissier ait relevé 14°C. Je suis sûre qu’il ne fait pas plus ici. (…)
Il y a deux mois, deux filles ont pris en otage une surveillante. Après 30 jours de mitard bien agités et une comparution immédiate (18 mois pour l’une, deux ans pour l’autre), elles ont eu le droit à un transfert disciplinaire, mais je ne sais pas où.

• Jeudi 21 février, quartier disciplinaire, Joux

(…) Des nouvelles du « frigo » :
Vendredi, alors que j’étais assez détendue, vu l’accueil moins militarisé qu’à Corbas, j’ai réclamé par écrit au directeur qu’il s’inquiète de la température des cellules. Même s’il m’avait promis, lors de la rencontre arrivant, de répondre à mes mots, je n’ai pas eu de réponse. Samedi après-midi, ma voisine a eu des crampes à force de se crisper contre le froid. Un infirmier de l’UCSA lui a donné un doliprane et lui a promis du Decontractyl (qui n’est pas arrivé). À chaque passage, on relançait la demande de prise de température. [1] Le lendemain vers 17h, elle s’est bloqué les reins. L’alerte a été vite passée par les filles (moi, on ne me répondait plus). Une surveillante l’a vue bloquée sur son lit et a dit qu’elle allait prévenir. Durant une heure, j’ai essayé de la calmer car elle paniquait (« je ne veux pas mourir ! »), s’engourdissant toujours plus. Vers 18h enfin, j’ai entendu qu’on ouvrait la grille. Il n’y avait que des matons et deux chefs. Ils voulaient la forcer à se lever et elle criait qu’elle avait trop mal. J’ai même entendu : « Arrêtez de pleurer ou on va se mettre en rogne ». Quand ils m’ont apporté la gamelle, je les ai engueulé de ne pas avoir appelé de médecin et ils m’ont répondu : « Mêle toi de tes oignons ». Alors j’ai mis le feu aux poubelles. Et j’ai pris un rapport d’incident (…)
Mardi matin, le technicien est enfin venu. Il faisait 15°C près du radiateur (dans le sas) et 13°C dans le coin le plus éloigné. (…) Le médecin qui venait pour la visite hebdomadaire m’a dit que la température d’une salle d’habitation normale était entre 19 et 21°C. On en est loin ! J’ai fait une lettre de plus (la troisième) au directeur. (…) Le prétoire [commission de discipline suite au rapport d’incident] aura lieu le mercredi 27, soit le lendemain de ma sortie de trente jours de mitard, ils pourront donc m’en remettre autant (il suffit de trouver des violences, c’est pas dur).

• Mercredi 27 février, quartier d’isolement, prison de Joux

(…) Vendredi, à 18h, le chef, Dinan, m’a fait passer la gamelle sans ouvrir. Je lui ai rappelé que j’avais fait un mot et que je voulais une réponse. J’ai dit « Il faut que je les appelle, c’est ça ? ». Il m’a dit de ne pas crier, qu’il allait voir lui-même. À 18h30, je met la lumière, une matonne me dit qu’il est monté à la rue. À 18h45 je me met à taper sur la grille, les filles m’engueulent mais je continue. À 19h comme il n’y a rien, je met le feu aux poubelles. Ma voisine de mitard ne tarde pas à appeler à l’interphone, c’est plus de la balance que du soutien, mais ça les fait venir. À 19h15 ils arrivent avec l’extincteur et noient littéralement la cellule, m’aspergeant par la même occasion. Quand ils veulent refermer la grille, je me précipite pour bloquer. Ça les énerve et ils me foutent au sol trempé, bien violemment, la tête sous leurs godasses. Je ne le sens pas tout de suite, mais l’arcade sourcilière a pété. Eux voient le sang et me tirent au sec dans le couloir où ils me maintiennent au sol mais sans faire mal. Après qu’ils m’aient menottée dans le dos et relevée, j’en dénombre pas moins de 25 dans la coursive. Le chef me nettoie la figure avec une serviette propre et déclare : « Ce n’est rien, le médecin va venir. Tu vas pouvoir rencontrer un médiateur aussi. » C’est facile, le pouvoir du sang ! Car ils m’ont déjà fait bien plus mal avec les clés de bras par le passé. (…) L’attente commence. Je parle calmement, sans crier, sans insulte, répétant que j’en suis à la troisième lettre à la direction. Tous me font le discours « si tu te calmes pas dans ton comportement, tu ne sortiras jamais d’ici, penses à tes parents au moins ». Ils sont repartis, certains sont au bureau pour faire le rapport comme quoi j’ai glissé sur le sol mouillé. Ceux qui sont en cellule se détendent petit à petit. Puis arrive une directrice qui me dit de me calmer alors que je suis parfaitement calme, même si je me balance car mes vêtements mouillés me donnent froid. Je lui refais le topo : demande de suspension de peine. Aucune réponse. J’apprends plus tard que c’est la directrice technique, bref, rien d’utile !
Puis arrive le toubib. Enfin, ils acceptent de me dé-menotter et je suis escortée d’une dizaine de matons à l’infirmerie. Il nettoie, met des strips et me donne 1g de Paracetamol. Voilà, au revoir. « Et j’ai mal au genou aussi ». Mais il est parti. (…)

(Christine passe la nuit dans la cellule pleine de flotte et de cendres, sans ses affaires. Le lendemain, la cellule est nettoyée et elle récupère ses affaires.)

En prenant mes chaussures pour la promenade, je récupère papeterie et tabac. Ils promettent les couvertures propres et m’allument une clope dans la cour. Je suis crevée, mais leur dit quand même « Bon, on est revenus au point d’hier soir : couvertures, mitard propre, tabac. Maintenant, je n’ai pas changé de discours, je n’y retournerai pas s’il n’y a pas de chauffage d’appoint. » À la promenade, je marche peu et finis par m’assoupir, assise accroupie. Ils sont 6, me chopent tout de suite, menottes dans le dos, retirées alors que je suis glissée sous le lit. « Et dis-toi bien que ce sera comme ça tous les jours. » J’ai le moral en berne. Ça va un peu mieux après la sieste et une clope à 16h (par la grille, bien sûr).
Dimanche, la réintégration est encore plus violente, avec un clé de bras dont je sens encore les effets aujourd’hui. Ils ne perdent pas de temps avec les menottes et me portent directement sous le lit. J’entends le chef de détention, Bacher, dire « Ne prenons pas de risque avec cette connasse ».
Le lundi, je suis extraite au tribunal de Lyon pour voir une juge d’instruction pour une plainte déposée il y a deux ans contrer l’administration pénitentiaire et l’UHSA. C’est super frustrant. 7 heures de camion en cellule de 0,3 mètre carré pour une demi-heure devant cette juge qui, escorte aidant, n’arrive pas à me parler comme à une « victime ». J’essaie de prendre le temps avec l’avocat, mais l’escorte veut rentrer et nous interrompt au bout de dix minutes à peine.
Quand je reviens, je les suis jusqu’au mitard où ils me disent de récupérer mes affaires. Je les range dans les cartons stockés dans la pièce en face puis demande « C’est où la cellule ? ». « Mais tu y es ! » Et voilà, j’ai fait 2m, je passe du QD (Quartier disciplinaire) au QI (Quartier d’isolement). Dans l’après-midi, ils m’amènent la convocation pour pour le débat contradictoire (ndlr : une mesure d’isolement est prise après une commission) du jeudi, mais je sais que c’est déjà joué, j’en ai pour trois mois au moins. Je réclame la promenade, c’est la même que les douze jours précédents, il n’y a que la trace de mes godasses dans la neige.
Il n’y a guère que le mobilier qui change : les chiottes sont séparées, le radiateur plus central, la chaise peut bouger (…) Comme la fenêtre n’a pas de grillage et que le mur (en face) est à 20m plutôt que 2, il y a un peu (on est en Bourgogne) de soleil. La température est environ de 16°C. J’ai accès au téléphone et à la douche tous les matins, soit deux fois plus qu’au QD. Les surveillants passent à 9h le matin. Et l’article D247 du CPP qui dit que la nuit sans ouverture ne peut dépasser 12 heures… Ouais, de 18h à 9h, ça fait combien ?
(…)
Le chef du quartier femmes, Dinan, m’a dit que le toubib avait eu un appel de l’OIP (ndlr : au sujet du chauffage en cellule) mais qu’il avait botté en touche. La technique, c’est pas lui, c’est Sodexo. Ce à quoi j’ai répondu. « Non, le respect de la loi, c’est vous. À vous de mettre la pression sur Sodexo ». Et là, pompon : « On le fait. Ils nous payent des amendes quand ils ne répondent pas à nos demandes ». En gros, merci les taulards de vous battre, vous enrichissez l’AP, et Sodexo l’a cool. Vive les Esquimaux !

• Samedi 23 mars, QI de Joux

(Christine raconte qu’elle envoie régulièrement des mots à la direction et exige des réponses, au sujet du fait qu’elle n’a pas rencontré la SPIP depuis son arrivée, qu’elle a demandé une négociation du prix de la télé avec Sodexo, une visite du médecin au sujet du suivi psy, et quand serait ré-examinée sa mesure d’isolement. Le vendredi 15, une chef et deux surveillantes sont venues lui parler en lui proposant de dialoguer pour apaiser la situation et en lui disant que les mots répétés à la direction ne serviraient à rien, mais que, elles, voulaient instaurer une « relation saine ». Malgré l’attitude moins « bienveillante » d’autres surveillantes, Christine espère que ce dialogue va apaiser la situation.)

Le samedi, à 18h, ils m’ont tendu le repas sans un mot, je l’ai pris et ai poussé du pied le sac poubelle bien fermé, pour qu’il franchisse le seuil de la porte. Là, le mec me l’a renvoyé d’un coup de pied. J’ai shooté dedans et il a éclaté dans le couloir. Ils en ont refoutu une partie en cellule et ont claqué la porte. Moi, j’ai repoussé les détritus contre la porte, ai caché l’œilleton et me suis mise à manger. Au premier passage à 19h45, la matonne a tapé, et je lui ai dit d’ouvrir, de ramasser ses poubelles, et qu’alors je déboucherais le judas. Elle m’a répondu « je t’ai entendu, ça suffit. T’as qu’à rester dans ta merde ». Pour le passage à 21h30, j’avais mis un mot sous la porte : « Cognez tant que vous voulez, ce sont les autres filles que vous réveillerez. Je vous demande juste que vous ramassiez vos poubelles puisque vous ne me laissez pas sortir les miennes ». Ça a cogné très fort à 22h30, moins fort à 1h30, 5h du mat’. Le lendemain dimanche, 7h, ils étaient plusieurs pour retirer le cache, sans un mot et sans prendre les poubelles. J’ai remis un cache aussitôt (sur l’œilleton). À 9h30 j’ai branché l’infirmier sur l’hygiène. Il était énervé. « Je dois déjà gérer l’OIP à cause de vous, alors vos histoires de poubelles, j’en ai rien à foutre ! » (…) À la gamelle, à 18h15, ils étaient au moins 6 pour me repousser quand je pousse les poubelles du pied.
La violence monte clairement. À 19h45, je suis étonnée car la porte s’ouvre. Ils sont huit. Je connais ce chef ? J’imagine que c’est le délégué CGT, car il m’appelle « camarade », ne cherche jamais la violence et sifflotte Bandera Rosa quand il approche de ma cellule. Il me fixe le marché : je retire le cache ou ils vident toute ma cellule ? Je lui redis le mien : ils vident leurs poubelles ou je laisse le cache. On discute pour le plaisir plus de dix minutes. Puis ils se décident à tout vider, y compris matelas, télé et couvertures, chaise et papier cul. Ça vire même à la franche rigolade car ils se savent ridicules. Il calme ses sbires quand, pour faire un peu de sport, j’essaie de gêner la fermeture de la porte et en rigole. Bien sûr, je cache l’œilleton aussitôt avec les moutons restés sous le lit. D’abord, je vais bien car il n’y a eu aucune volonté d’humiliation, juste l’obéissance idiote à des ordres idiots… que j’ai contrés. Mais la nuit est longue sans bouquins, et je commence à avoir froid sans couvertures. À 1h30, les coups dans la porte me réveillent et je n’arrive plus à m’endormir, même pelotonnée contre le radiateur. Par l’interphone, je demande la Ventoline et une couverture. Une bonne demi-heure plus tard (…) ils sont 3 à la fenêtre à me tendre la Ventoline. Ils font un autre aller-retour pour les couvertures que le chef, ensommeillé, me tend entre les barreaux en disant :
— Tu sais que tu fais chier, toi ?
— T’en fais pas, c’est réciproque…
(… le lendemain matin, Christine peut récupérer quelques maigres affaires.) Le chef m’appelle pour me signaler un CRI (Compte-rendu d’Incident) : jet de poubelles et insultes le samedi soir ! Je m’explique longtemps. (Puis elle récupère petit à petit toutes ses affaires.) Moi je vois que le QI les oblige à faire les loufiots puisque tout mouvement m’est interdit. Donc ils sont vexés. Mais au lieu de dire à la direction que la situation est idiote, ils la renforcent pour avoir un rôle plus « noble » de « disciplineurs ». Du coup, le temps et le nombre d’agents est multiplié à l’infini pour une peccadille à la base. C’est ce que j’essayais d’expliquer au juge le 13 février : « Foutez-moi la paix, ce sera plus simple pour vous, plus agréable pour moi. »

(L’embrouille suivante que Christine raconte a lieu un jour où elle doit aller voir le kiné :)

À 7h, j’ai prévenu en glissant un mot sous la porte que je devais monter voir la kiné. À 9h, quand ils sont venus ouvrir, je l’ai redit. Mais ils m’ont dit que j’avais le temps d’aller en promenade car elle ne venait qu’à 10h. Quand ils sont revenus vers 10h30, ils étaient 4, dont 2 mecs. La grille vers le bâtiment était fermée, et ma cellule ouverte. J’ai refusé tranquillement d’y entrer, expliquant qu’après, il serait trop tard. Le chef a voulu me saisir, je me suis débattue et retrouvée au sol. Là j’ai eu la possibilité de le mordre au bras mais je ne l’ai pas fait, mais le bracelet de sa montre a cassé quand il a retiré son bras. Ils m’ont tenue au sol le temps que les renforts arrivent. Ils m’ont menottée dans le dos, foutu une serviette dans la bouche et traînée jusque sous le lit du mitard. Mes lunettes étaient tombées depuis longtemps. Par deux fois, je suis arrivée à bloquer la fermeture du sas, puis ils m’ont délibérément écrasé la main dans la grille. Il restait un drap sous le lit et je l’ai mis sur le sas pour boucher la vue. Un quart d’heure après sont arrivés trois infirmiers psy. Je me suis d’abord adressée à la matonnerie en disant : « D’accord, je suis en prévention. Mais au mitard j’ai le droit aux bouquins, à de quoi écrire, aux couvertures. Alors quand vous m’aurez passé ça, je vous donnerai mes chaussures et mes lacets. _ Quand vous aurez mis l’allume cigare en route, je rendrai le briquet. Et je retirerai le drap quand j’aurai la convoc’ pour le prétoire. » Ils n’ont rien répondu. Les psys voulaient causer, que je retire le drap. Je leur ai dit que j’étais d’accord pour une consultation, qu’ils fassent ouvrir la grille, et ils ont refusé au prétexte qu’ils n’étaient pas toubibs. Puis ils ont essayé de me brancher en répondant au mot que je leur avais fait il y a une semaine. À la fin, je les ai envoyé chier et ils sont partis en disant : « Continuez comme ça et on vous fait hospitaliser ! » Même s’ils n’étaient pas médecins, ça m’a foutu les jetons. Une heure plus tard, à l’heure de la gamelle, ils sont rentrés avec les boucliers alors que j’étais assise sur le lit. Ils m’ont menottée et la chef Michel m’a tripotée pour trouver le briquet qui était dans la poche. (Elle ne l’a même pas trouvé !) Torture : ils faisaient mal exprès pour me faire « avouer où j’avais planqué le briquet ». J’en ai chialé de cette pseudo tournante ! Ils ont tout pris : veste, tabac, godasses, drap et même matelas. Ils sont partis sans me laisser à bouffer. Toute l’après-midi j’ai grelotté en écoutant si le brancard arrivait. Le chef « camarade » est venu me signaler la prévention et le CRI car j’aurais mordu le maton ce matin. Je lui ai redemandé mes affaires, il m’a dit de voir avec un gradé. Le médecin aussi est venu, sans ouvrir la grille malgré ma demande (« C’est non, vu les évènements ! »), je lui ai juste dit que je n’avais eu ni Doliprane ni repas (« Je vais leur signaler »). Ça a duré 30 secondes au plus. Je me demandais ce que je devais faire. J’avais froid et peur, j’étais en colère aussi. Puisqu’ils me privaient de bouffe, j’ai pensé commencer une grève de la faim, mais je suis contre ce mode d’action qui s’apparente à une tentative de suicide. À 18h, ils étaient super nombreux, dont le chef de détention Bacher pour m’apporter la gamelle. (…) Ils ont ouvert pour me rendre le matelas et mis le radiateur en route (mais au minimum). La discussion avec Bacher a été très agressive.
— Je veux mes affaires !
— Tu ne les auras pas et si t’es pas contente, t’as qu’à écrire à l’OIP.
— Et comment je leur écris sans stylo ?!
— Fais pas chier ! T’as mordu un collègue, t’es entre quatre murs et c’est bien fait pour ta petite gueule !
— De toutes façons, j’y suis entre quatre murs, que ce soit ici, en face, ou même en secteur ouvert !
— Et on va t’y faire triquarde si on veut. Tu vas apprendre que c’est pas toi qui décide. En 25 ans de pénitentiaire, j’en ai maté plus d’une, de petite conne comme toi !
(…) J’étais un peu rassurée car le risque d’hospitalisation d’office semblait s’éloigner, mais bien désespérée de passer tout le week-end dans cette cellule encore plus vide qu’une chambre d’isolement en HP… et plus froide. (…) J’ai essayé d’expliquer aux surveillantes que, quels que soient les ordres de la direction, elles devaient me passer mes affaires car c’était la loi. Je leur ai dit, très calmement, qu’après Nuremberg, pour contrer les « J’ai obéi aux ordres », l’armée française avait ajouté un paragraphe qui disait que tout soldat avait le devoir moral de refuser d’obéir à des ordres contraires à la dignité humaine. Elles approuvaient de la tête mais ne m’ont rien donné.
(Puis le chef lui restitue ses affaires petit à petit.) Il a aussi augmenté le radiateur qui souffle maintenant tous les quarts d’heure et mis en route l’allume-cigare. Je lui ai alors rendu le briquet, comme je l’avais promis 24 heures plus tôt. (…)
Dinan a voulu me faire un discours d’apaisement, me disant qu’il savait bien que je n’étais pas folle. N’empêche que ces s… n’ont appliqué la loi que quand ils ont pu voir que je craquais. Ça a du les faire jouir, ces sales m… !

• Dimanche midi : re-salut !

(Christine a reçu son dossier en vue d’un passage au prétoire pour les altercations survenues.)
Le 1er surveillant dit que je l’ai mordu et qu’il a 3 jours d’ITT. Le certificat n’est pas dans le dossier. Et je sais par expérience que ces s… sont capables de se mordre eux-mêmes pour des congés et des dommages et intérêts. J’ai donc demandé par courrier la production d’un certificat et une prise d’empreinte dentaire, bien que je sache que je ne l’obtiendrai pas. En plus il porte plainte. Voilà comment prendre un an de plus ! (…)
Dans le mot à la direction, j’ai aussi parlé des mauvais traitements de jeudi et vendredi, avoisinants à de l’incitation au suicide, et des permis de visites promis et toujours bloqués.

• Lundi 25 mars

(Christine est amenée au prétoire mais ni son avocat, ni son commis d’office ne sont présents.)
J’ai dit à la directice que je considérais cette commission comme illégale puisque mon droit à être assistée n’était pas garanti. Elle m’a dit que la commission aurait lieu quand même et que si je voulais je pouvais retourner en cellule. Là c’est vrai, j’ai crié : « Je ne veux pas retourner en cellule. Je ne veux pas être enfermée, et ce n’est pas la première fois que je le dis ! »
— Bon ! Et vous voulez vous exprimer sur ces faits ?
— Oui je veux m’expliquer devant une commission légale, assistée d’un avocat.
— Alors je vous écoute.
— Cette commission n’est pas légale.
Alors les matons qui étaient dans le couloir sont entrés pour me saisir.
(…) La directrice : si vous n’êtes pas contente, écrivez à la DI ou au batonnier. Moi je vais statuer.
— Non, vous avez la possibilité d’ajourner ce prétoire, pour qu’il se passe dans les règles. (…)
— Les commis d’office ne se déplacent pas pour une seule personne, je n’y peux rien. Alors maintenant, c’est à vous de décider si on vous ramène en cellule tout de suite ou si vous vous expliquez sur l’agression de ce surveillant.
— …
— Ok, emmenez-la !
Ils me sont tombé dessus à 10 et m’ont menottée. Je me débattais (sans une insulte) et mon pull et tee-shirt me sont passés au dessus de la tête. Torse nue, portée par ces gars, alors que je criais « Je n’agresse personne, moi ! », ça avait un côté « la Liberté guidant le peuple », mais ça manquait de témoins pour la postérité ! 🙂
Au mitard, ils m’ont démenottée alors qu’un maton avait un genou sur ma gorge. Je lui ai dit « Retire ton genou de là, je pourrais te mordre » et je me suis pris une baffe. J’ai ensuite essayé de bloquer la porte du sas. _ L’un a dit : « On la menotte au pied du lit ? », mais ils m’ont glissée dessous et sont arrivés à fermer le sas, comme d’habitude. (…)
La chef Michel m’a demandé si je voulais signer les papiers et je lui ai dit que je voulais d’abord les lire.
— Bon, donc vous venez de prendre 30 jours (de mitard) pour avoir mordu le premier surveillant.
— Je ne l’ai pas mordu !
— Si !
— Non !
— Si !
— Non ! Et j’ai demandé une empreinte dentaire pour confondre ce menteur qui veut des congés et des parties civiles.
— Vous vous rendez compte de ce que vous dites ?
— Parfaitement, et je parle d’expérience.
(…) Dans les motivations de la CDD (Commission de discipline) était écrit : « La détenue ne veut pas répondre aux questions. Elle ne reconnaît pas la CDD au prétexte qu’elle n’a pas d’avocat. Elle déclare n’avoir agressé personne. Les faits sont avérés et constituent une faute du 1er degré. Il convient donc de sanctionner par 30 jours de QD ».
(…) Putain ! Encore trois ou quatre ans comme ça, ça va être long… ! Et ça c’est dans les meilleurs des cas, si je fais attention à ne jamais me défendre de manière efficace lors de leurs démonstrations de force… Nom de dieu comment font les autres taulard(e)s ? Comment tenir debout dans ces conditions ?

• Mardi 9 avril, Bapaume, quartier arrivants

Ce matin à 8h j’ai eu droit au transfert. Il y avait les ERIS, aussi nombreux et équipés que le 15 février. Mais cette fois j’ai eu le droit à un fourgon cellulaire. J’ai donc refusé d’entrer dans la cage avec les menottes (devant) et les entraves, mais je n’ai rien pu faire. L’arrivée ici a été un peu plus calme. Bizarrement, je ne suis ni au QI ni au QD. (…) J’ai déjà rencontré la nana qui a pris une matonne de Joux en otage il y a deux mois. Je vais pouvoir aller en sport et en promenade collective. Je vais commencer par fêter ça avec une sieste et un coca devant la télé, quel confort ! Je vous tiens au jus de l’évolution, à bientôt.

Christine

Au départ de cette incarcération (12/2012)

Suite à une altercation avec les matons en se rendant à un parloir à la taule de Corbas, Christine passe devant le tribunal correctionnel de Lyon (TGI) le mercredi 19 décembre à 14h. Elle y comparaît notamment pour refus de prélèvement ADN, outrage, rébellion et évasion de garde à vue.

 

Le 8 novembre, elle se rendait à la Maison d’arrêt de Corbas pour rendre visite à un proche incarcéré. A l’entrée, elle passe sous le portique détecteur de métaux qui ne détecte rien, mais les matons lui demandent pourtant d’enlever sa veste. Elle refuse, considérant que « les familles n’ont pas à se déshabiller sur ordre, il suffit qu’on ne fasse pas sonner le portique ! ». La direction arrive et approuve la démarche de ses matons. Christine continue de contester cette mesure. Trois gendarmes sont alors appelés à la rescousse et l’embarquent pour outrage. Elle ne les suit pas volontiers : rébellion. Elle est alors placée en garde à vue. Là, la porte de sa cellule ferme mal. Elle en sort. Quand les flics reviennent quelques heures après, elle n’est pas partie bien loin, elle fume une cigarette sur le parvis : évasion. Le lendemain elle est escortée par le GIGN en taule pour y purger une vielle peine et y attendre aussi le procès du 19 décembre.

Ce n’est pas la première fois que Christine est poursuivie pour avoir dénoncé les conditions dans lesquelles se déroulent l’accès aux parloirs pour les familles : fouilles arbitraires, délais d’attente avant et après les parloirs, salles d’attente exiguës pour de nombreuses familles, parloirs reportés voire annulés après souvent des heures de route pour s’y rendre…
Pour les proches de détenus aussi la prison est synonyme d’humiliations et d’arbitraire.
Autant de raisons d’ouvrir sa gueule, et autant de raisons pour l’Administration Pénitentiaire de jouer la carte du chantage en faisant sauter les permis de visite ou en envoyant les flics lorsque ce chantage ne fonctionne plus.

Christine est donc aujourd’hui incarcérée à la Maison d’Arrêt de la Talaudière à St Étienne. Elle y purge plusieurs peines de prison ferme accumulées ces dernières années suite à de multiples insoumissions à l’autorité de différentes institutions (flics, administration pénitentiaire, institution psychiatrique,…). Institutions qui, jour après jour, s’attellent à défendre les frontières de la paix sociale en broyant ceux qui s’aventureraient hors de celles-ci.