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Le procès d’Arras ( 19 sept 2013)

Le 19 septembre Christine été jugée par le tribunal d’ Arras pour des faits survenus au Centre de Détention (CD) de Bapaume : refus de donner ses empreintes ; « violences » pour s’être débattue sous les coups des matons ; « menaces » pour avoir crié à un mastodonte qu’elle allait lui péter la gueule ; « dégradations » pour avoir gravé sur les murs de la cour « Mur par mur, pierre par pierre, nous détruirons toutes les prisons ! » et foutu le feu dans les différentes cellules dans lesquelles elle est passée.

Connaissant les longues plaidoiries de Christine qui avait été entendue sur les mêmes faits le 4 juillet, le juge a bien préparé et orchestré ce procès, à coup d’infantilisations et d’humiliations.

« Ce procès ne sera pas une tribune pour vous Mme Ribailly » annonce le Juge ; pas de contextualisation, à peine le droit à la parole, Christine doit répondre par « oui ou non » aux questions tendues telles des pièges par un président de séance qui a déjà pris le parti de sa culpabilité. En effet, la séance s’ouvre sur cette considération du juge : le parcours judiciaire de la prévenue montrerait qu’elle n’est « animée dans la vie que par son désir de se rebeller contre l’autorité des institutions ».
Main dans la main, le juge et l’avocat de l’Administration Pénitentiaire (AP) s’attellent donc à redorer le travail « difficile et courageux » des matons, réaffirmer leur autorité et notre devoir d’obéissance. Le juge lit le rapport d’un expert psy qui, après avoir dépeint le comportement de Christine comme paranoïaque, conseille de la poursuivre pénalement et qu’elle soit sanctionnée pour « ponctuer son parcours et qu’elle devienne actrice de sa vie ».

Résistant quotidiennement à ce qu’elle nomme les abus de pouvoir, faisant toujours valoir ses droits, Christine s’est retrouvée une fois de plus face un mur. Face à Christine la Justice ne s’est pas même encombrée des apparats de l’équité, trop soucieuse de réaffirmer l’autorité de l’État et ses chiens de garde dont elle fait partie.
Ironisant sur la « chance » du prévenu d’avoir toujours le dernier mot, le juge a donc mené à la baguette son interrogatoire : « Pensez-vous que votre attitude contribue à apaiser la situation ? Répondez par oui ou par non ? ». « Ne pouvez-vous pas passer comme les autres votre détention…tranquille ?! » dira l’avocat de l’AP.
Tranquille ?! L’audience en tout cas ne l’était pas. La tension était palpable dans la salle, qui comptait une vingtaine de copains et camarades venus soutenir Christine, et une dizaine de matons (dont Mickaël B.) et la dirlo de Bapaume venus soutenir leurs collègues.

Tandis que la Procureur réclame la peine plancher, 1 an de prison ferme supplémentaire pour Christine, son avocat plaide, une heure durant, sa relaxe. Il met notamment en avant la violence institutionnelle en dépeignant la réalité des conditions carcérales, démontrant que structurellement c’est le système carcéral qui crée la violence à l’intérieur de ses propre murs.

Délibéré rendu le 21 novembre.

Aujourd’hui Christine est de nouveau au mitard pour 30 jours et devrait être transférée au Centre de Détention de Réau (région parisienne) dans le courant du mois d’octobre.

 

Jeudi 26 novembre, le délibéré est tombé. Le tribunal a suivi de près le parquet en donnant 1 an ferme dont 6 mois en sursis mise à l’épreuve, il ajoute également une amende de plusieurs centaines d’euros pour dommages et intérêts aux matons qui avaient porté plainte après avoir cogné Christine (200€ pour Bocquet, 300€ pour Coret et encore 200€ pour un troisième). Les conditions du sursis mise à l’épreuve sont l’obligation d’indemniser les « victimes » et une obligation de travail.

Beau chantage, arrondir une fin de mois à la matonnerie ou prendre 6 mois de plus !

Sans surprise la justice a défendu ses chiens de garde et rallongé considérablement le peine de Christine. Avec cette nouvelle peine son hypothétique date de libération passe à fin 2015. À cela s’ajoutera encore un procès en appel à Lyon dont il manque toujours la date.

Aujourd’hui et depuis mi-octobre, Christine est incarcérée au CD de Réau en banlieue parisienne. Elle est toujours en régime « portes fermées » [1] mais a pour l’instant à peu près évité la case mitard/isolement. Elle est donc de nouveau en contact avec d’autres détenues. Ce qui n’était plus le cas depuis le mois de juillet (enchaînement de mitard/isolement à Bapaume puis à Séquedin).

 

 

Bapaume

Début avril, elles est de nouveau transférée, au CD de Bapaume ce coup-ci, dans le Nord-Pas de Calais. Le premier mois est plus calme. Elle intègre rapidement le quartier femmes en régime de « portes ouvertes ». Les contacts avec les matons sont réduits. Elle n’a plus de fouille à chaque entrée et sortie de cellule. Ses permis de visite lui sont restitués…
Mais cela ne dure pas longtemps.
Après deux passages de moins d’une semaine, fin mai, elle écope de 30 jours de mitard. La situation se corse avec les matons durant la première semaine. Provocations, violences, humiliations incessantes de leur part, Christine ne se laisse pas faire, la tension monte et peine à redescendre.

Le 13 juin, elle est extraite de détention pour être emmenée en garde à vue à la gendarmerie de Bapaume. Des matons ont porté plainte contre elle. De là, le parquet veut la faire passer en comparution immédiate. Ce qu’elle refuse. Elle est alors renvoyée en détention avec une date de procès pour le 4 juillet au tribunal d’Arras.

Le 5 juillet, à Bapaume, pour avoir persisté à manger leur gamelle en promenade, Christine et une amie codétenue se voient poser un ultimatum par l’AP. Soit elles acceptent de réintégrer leur cellules en régime « porte fermée » jusqu’à nouvel ordre, soit elles partent au mitard. Christine part au mitard. Son amie se retrouve en régime porte fermée. Pour protester contre ce régime et la mise au mitard de Christine, elle entame une grève de la faim qui durera 15 jours. Elle obtient finalement un entretien avec le dirlo de Bapaume et accepte de se réalimenter.

Dès le vendredi 5 au soir, Christine est de nouveau placée en préventive au Quartier Disciplinaire (mitard). En régime « portes ouvertes », la gamelle est distribuée à 18h les détenues doivent réintégrer les cellules à 19h. Avec une autre codétenue, elle profite de ce laps de temps pour manger dans la cours de promenade. L’administration pénitentiaire, ayant décidé de ne pas voir cela d’un très bon œil, leur a signifié qu’elle n’autorise pas ces repas en « extérieur ». Depuis plusieurs jours Christine se livre alors à une petite bataille pour continuer à manger sa gamelle du soir à « l’air libre ». Elle leur demande les textes qui stipulent cette interdiction, il n’en existe pas, mais on lui rétorque qu’il n’en existe pas non plus qui autorise cette pratique…
Vendredi soir, comme tous les autres soirs, Christine mangeait sa gamelle en cours de promenade, quatre matons et le dirlo sont venus la trouver pour lui poser un ultimatum : le retour en cellule ou le mitard. Elle est partie au mitard.
Lundi 7, il était déjà prévu qu’elle passe au prétoire pour être jugée sur les mêmes « incidents » qui seront jugés au pénal le 19 septembre. Pour cela elle écope de 14 jours de mitard, pour les repas dans la cours de promenade elle en prend 30. Elle y est donc jusqu’à mi-août.