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Lettres de Réau (déc / février… puis Rennes)

CD de Réau, mercredi 11 décembre 2013

Depuis mercredi dernier, je suis de nouveau au mitard. Avec l’AP, chassez le naturel il revient au galop ! L’ « équilibre des nuisances » dont je parlais dans ma lettre précédente [12 novembre] a été rompu par un officier qui remplace celui du CDF pendant ses congés, et qui a préféré jouer les gros bras plutôt que de se renseigner sur la relation qu’on avait mise en place.

Au prétoire (où, comme à Joux, il n’y avait pas d’avocat car c’était hors des jours habituels), j’ai vu qu’il avait salement chargé le CRI, inventant (mais là non plus ce n’est pas original) que j’avais essayé de le mordre. J’ai pris 18 jours jusqu’au 21 décembre, mais là il reste encore des CRI en suspens. Pourtant, depuis le 25 novembre, et ma demande de prolongation de parloirs pour voir mes parents le WE du 21 et 22 décembre, j’avais repris ma carte de circulation et il n’y avait plus eu de rapport.

Au mitard ici, on a la douche dedans. D’ailleurs, elle déclenche l’alarme incendie avec la buée quand elle est bien chaude ! Par contre, malgré la loi de 2009, la pénitentiaire ne fournit pas de radio au prétexte que les ondes FM ne passent pas les murs de cette foutue taule. Heureusement, mes voisines basques m’ont dégoté un petit transistor avec lequel je chope « France Bleue » en ondes courtes. Quand mon corps fait antenne près de la fenêtre (position assez sportive), je chope même « France Musique » en FM.

À propos de musique classique, il y a eu un concert avec les cuivres de l’orchestre de Chambre de Paris le 15 novembre au gymnase. Pour la première fois à Réau, les gars du CD1 et CD2 et nous du CDF avons pu y aller en même temps. Quand nous sommes arrivées, avec près d’1/2h de retard, une trentaine de gars étaient assis sur leurs chaises groupés au fond du gymnase. Nous, on était une quinzaine de filles. Toutes se sont assises sur les chaises groupées. Entre les gars et nous, il y avait un « no mans land » de 4m de large. Moi, bien-sûr, puisqu’on ne nous avait pas donné d’ordre, je suis allée m’asseoir sur une chaise libre de l’autre côté. Les filles, qui avaient intégré la norme avant même qu’elle soit formulée, me regardaient effarées.

Les gars avec qui j’essayais péniblement d’engager la conversation me regardaient aussi comme un extraterrestre. Ça a quand même duré 2 bonnes minutes. Puis un maton est venu me dire de changer de côté. « Pourquoi ? » « Là c’est les hommes » « Et alors ? » »Vous ne vous mélangez pas ». Alors je me suis levée en lançant à la cantonade « Désolée les mecs, il paraît que je vais choper des maladies si je reste à côté de vous ! ». Ça n’a fait rire personne mais le maton n’a rien dit. Quand j’ai pris ma place parmi les femmes, il s’est assis au milieu de la travée.

Puis le concert a commencé. Il était de bonne qualité et les musiciens prenaient le temps entre les morceaux de nous les situer dans leur contexte historique, de nous présenter leurs instruments. Après un bonne heure, le chef d’orchestre a dit « Mesdames, messieurs, nous vous remercions pour la qualité de votre écoute » et les matonnes ont dit « Mesdames, on y va ». Alors je me suis levée et j’ai dit aux musiciens « Messieurs, j’espère ne pas me tromper en disant que c’est nous qui vous remercions pour ce beau concert. D’entendre comme ça des musiques qu’on connaissait dehors c’est presque comme recevoir du courrier. Quand je suis venue, je dois dire c’était surtout pour sortir de cellule et croiser nos voisins, mais là, en plus, on a eu un concert de grande qualité. Merci. ». Je crois que ça les a émus, alors j’ai continué « Messieurs, si vous voulez continuer à nous faire plaisir, s’il-vous-plaît, offrez-nous une valse qu’on puisse inviter nos voisins ». Là, l’orchestre, pris au dépourvu, interroge la nombreuse matonnerie du regard, qui s’interroge entre elle sans un mot, mais avec une lueur de panique amusée. Devant cette absence de refus, ils entament aussitôt une valse. Je franchis alors l’espace de « sécurité » et invite le premier gars en face. Il refuse en secouant la tête. Je tend la main vers un voisin qui bredouille un « Je sais pas danser ». Je regarde alors l’ensemble de ces 30 gars et tous font un signe de refus. Dépitée, je retourne chez les filles et leur demande à voix basse : « Mais pourquoi vous en profitez pas ? ». La réponse : « Faut pas brusquer les bleus, c’est déjà une belle victoire. Et puis on sait pas danser ».

Devant cette déconfiture, le morceau s’achève assez vite. On ne demande pas de bis. Mais au moment de partir, les quelques filles qui avaient un compagnon de l’autre côté vont lui faire une bise furtive, de quelques secondes. Puis on part toutes sagement, sans un mot.

Moi, j’ai été stupéfaite que personne ne pense à sortir de la norme. Je n’ai rien fait de contraire au règlement ou la loi, mais j’ai choqué tout le monde. Au bout de quelques années de taule, homme ou femme chacun(e) a intégré des limitations dans l’espace et dans la relation à l’autre. J’ai du mal à rire quand j’entends parler de culture comme élément de re-socialisation … C’est désespérant.

Pour la petite histoire, la directrice a demandé après au matons du CDF de me coller un CRI pour un geste d’impatience, ni dangereux pour qui que ce soit, ni abîmant du matériel de l’AP, ni insultant ou vulgaire que j’avais eu à l’attente (1h quand même !) dans le sas avant l’entrée au gymnase. J’ai pris 3 jours de mitard pour avoir fait des tractions sur une grille, 20 jours après les faits…

CD de Rennes, jeudi 6 février 2014

Au Centre de Détention Femmes de Réau, les filles qui n’ont plus le droit au « régime de responsabilité »1 (donc que l’AP maintient en irresponsabilité avec la complicité de l’UCSA) ont quand même la possibilité de faire les deux premières heures de promenade de l’après-midi au chaud. Ils appellent ça « la salle de convivialité » et on peut y avoir accès à quelques jeux de société.

Le 2 décembre, j’y étais juste avec Kaoutar (qui cartonne au scrabble !). Dans le couloir on a entendu du grabuge car une fille voulait y venir alors que la matonnerie le lui refusait (depuis, selon son souhait, elle a été transférée, elle devrait même être dehors à l’heure qu’il est).

Le 3 décembre, on n’a pas eu accès à cette salle car elle sert aussi de vestiaire quand il y a des arrivantes. Et le 4 au matin, une affiche la déclarait fermée, sans explication et sur ordre de la direction.

J’ai demandé aux surveillantes puis aux gradés pourquoi, aucun n’a voulu me répondre, tant il était évident que c’était juste une crise d’autorité injustifiée. Je suis alors allée demander à l’officier, dans son bureau. Il a encore forcé la dose sur l’autoritarisme et le mépris, m’envoyant, grâce à un CRI mensonger, au mitard pour 18 jours. Au prétoire du 6, la directrice a dit qu’elle ré-ouvrirait la salle « dans une semaine ».

Mais quand je suis sortie du QD le 21 décembre, la salle était toujours fermée, sans plus de raison. On en a parlé en salle de muscu avec les filles du RDC et on a décidé de demander la ré-ouverture mais aussi une ouverture exceptionnelle le 1er janvier à midi « pour commencer l’année sous le signe de la bonne camaraderie », selon les termes de notre courrier signé par 11 d’entre nous (sur 13 au rez-de-chaussée !). Les chefs ont eu cette lettre collective le 24 au soir. Le vendredi 27, on n’avait toujours pas de réponse. J’ai insisté auprès des chefs qui m’ont refusé une audience mais ont pris 5 filles à part pour leur dire « Ne suivez pas Ribailly dans ses conneries. On peut très bien vous mettre un CRI car les pétitions sont interdites. C’est nous, et nous seuls, qui décidons si la salle sera ré-ouverte et quand ». Elles sont rentrées à fond dans la menace et m’ont dit qu’elles feraient rien qui risquerait de déplaire à la pénit’. Moi, j’ai chopé la directrice dans le couloir dès que j’ai pu, c’est à dire le lundi 30. Elle m’a dit, une fois qu’elle a compris que je lui collerai aux basques jusqu’à avoir une réponse, que la salle serait ré-ouverte le lundi 6 (c’est à dire à la fin des vacances scolaires, quand les activités reprendrons, logique,…) et qu’ils allaient décider en équipe pour l’ouverture de mercredi, qu’on en serait informées le lendemain en fin d’AM.

Donc le mardi 31, à 15h, juste à la sortie du gymnase, je suis appelée au bureau des chefs. Il y avait 2 bricards, Ho-a-Kwie et Borde, une nouvelle. Il m’a dit : « Je t’ai appelé pour te donner la réponse pour la salle demain ». J’étais convaincue que c’était refusé et j’ai dit : « pourquoi juste moi ? On est 11 à l’avoir signé cette lettre, il y a une semaine ! » Il a essayé d’expliquer que j’étais la seule à avoir mis une affiche (c’est vrai et ça m’a valu un CRI de plus, à mettre sur la pile), à avoir alpagué la dirlo, donc que j’étais la porte-parole. J’ai refusé ce terme et il m’a dit qu’il préviendrait chacune des filles individuellement. Après, ils m’ont passé des documents administratifs, en partie périmés que j’ai bâclé, et je suis partie. Une dizaine de minutes plus tard, j’étais de retour, un peu calmée et j’ai demandé un imprimé pour répondre aux papiers que j’avais jetés. Et (et c’est juste à ce moment-là que j’ai eu tort car je savais qu’ Ha-o-kwie est un sale menteur), avant de partir, je me suis retournée vers lui :
Tu préviens les filles une par une, hein ? Parce que depuis 10 min, tu n’as rien fait, alors que la moitié sont à la biblio où tu pourrais nous parler à toutes en même temps.
Je fais ce que je veux !
Non, foutu psychopathe, tu ne fais pas ce que tu veux ! Tu as pris un engagement, tu le tiens ! Si t’as un problème avec la « toute puissance », vas donc voir le psychiatre que vous m’avez balancé dans les pattes alors que je réclamais la radio au mitard !
Tu t’en vas de ce bureau !
Et pourquoi ? Pour te laisser le temps de rédiger un CRI pour l’affiche, alors que tu dois nous répondre ?
J’ai dis que je te répondrais. Je le ferai si je veux, c’est ça la liberté d’expression !
Sale menteur ! Vous passez votre temps à ça : mentir et menacer. Comme quand vous avez dit aux filles de se méfier de moi…
On sait bien que c’est toi qui a écrit cette lettre. Et il n’y a que toi qui fait chier…
Quoi ? J’ai pas écrit cette lettre ! Je l’ai rédigée, c’est tout ! On est 11 à l’avoir signée !
Ouais, t’as même fait signer les filles qui savent pas écrire !
Qu’est ce que tu dis là ? C’est vous qui menacez les filles, pas moi ! Y a des filles qui t’ont dit qu’elles avaient signé alors qu’elles ne voulaient pas manger ensemble, peut être ?
On m’a dit que tu leur faisais peur…
Là, ça a été trop ! J’ai fait un pas en avant, bien vif, dans sa direction, mais sans le toucher. Borde et deux matonnes qui s’étaient approchées à cause du bruit de l’engueulade, m’ont saisie par le bras, lui a bondi de son siège, effrayé. Je n’ai pas bougé, j’ai juste ricané : « C’est toi qu’a peur, minable menteur ! ». Alors qu’elles étaient trois à me tenir sans que je me débatte, il a pointé son index sur moi pour me menacer : « c’est une agression sur personne ! Tu vas manger ! ». Je l’ai laissé délirer trente secondes puis, lassée, j’ai fait mine de le lui happer le doigt. Je sais que je n’ai pas serré les dents, mais il est aussi douillet que lâche et l’alarme a été lancée. Ils m’ont foutue au sol et menottée dans le dos pendant que ce salaud m’envoyait des coups de poing au visage.

Au mitard, ils m’ont arraché mon survêt’ (avec lacet) et m’ont laissée à poil et menottée pendant près d’une heure. Je n’ai eu l’ensemble de mes affaires que 36h plus tard. Je n’ai vu le toubib que 72h après, c’est à dire après le prétoire qui a eu lieu le 2 janvier.

Le prétoire a été dégueulasse. Il y avait un vice de procédure énorme (je n’ai pas eu le dossier 24h avant ) mais mon commis d’office était minable. Il n’y avait pas non plus les images de la caméra qui donne sur le bureau des chefs et qui devaient montrer les coups de poing au visage (confirmés par le certificat médical, 3 jours après). Il n’y a même pas le Compte Rendu Professionnel (CRP) d’une matonne qui dit que j’ai crié au chinois « c’est toi qui a peur ! » et qu’elles me tenaient quand je l’ai « mordu », mais la dirlo n’en a pas tenu compte. Il n’y avait aucun certificat médical constatant cette « grave blessure » que je lui avais infligé. Bref, sans originalité, j’ai pris 30 jours avec une promesse de dépôt de plainte et de transfert disciplinaire à la clef.

Le lendemain, le mitard étant très proche de la cour du RDC, les filles m’ont saluée et m’ont dit qu’on leur avait proposé à 11h d’aller à la salle de convivialité. À sept, elles ont partagé le sac que j’avais préparé pour ça (soda, gâteaux, bonbons, saucisson). Elles n’y sont pas restées à midi parce que c’est interdit d’y fumer. Depuis, je ne les ai pas ré-entendues dans la cour mais l’aumônière m’a dit qu’elles me saluaient bien.
Une autre bonne nouvelle : mercredi, bien sûr, quand j’ai pu aller en promenade, j’ai dit : « je rentrerai quand il y aura un transistor ». Ils sont venus, comme d’habitude, avec casques et boucliers. Jeudi, ils m’ont laissée en promenade de 11h à 14h30 ! Mais quand je suis rentrée en cellule, en plus de la gamelle froide, il y avait un petit poste de radio FM. On ne capte que Radio Autoroute, ce qui n’a rien d’exaltant, mais c’est quand même une victoire. Ma voisine de QD qui était là depuis 12 jours, a eu aussi le sien. Elle n’a pas compris l’ironie quand j’ai lancé « El pueblo unido jamás será vencido » en guise de chant de victoire. […]

Les 30 jours sont passés, lentement bien sûr, mais sans trop de provo, à part le refus de courrier interne, commun à tout le CPSF (Centre Pénitencier Sud Francilien), de leur part. J’avais la radio et j’ai eu un parloir de 2h30 avec ma mère. J’appréciais les visites des aumônières ou autre pour le break, pour voir des gens sans uniforme. J’attendais aussi la GAV. Elle n’a eu lieu que le 28, à la toute fin. Contrairement aux gendarmes de Bapaume, les flics de Moissy on été bien cons durant la GAV, singeant la paranoïa des matons, même après 2 heures d’audition. J’ai appris, quand j’ai pu lire le dossier avec l’avocat de la comparution immédiate, que ce pauvre maton violenté, qui a récupéré 1 jour d’ITT (alors qu’il était au boulot le lendemain), n’a été déposer plainte au comico de Moissy Cramayel que le 22. Au tribunal, à 20h30, j’ai refusé d’être jugée sans un avocat correct et avec plein de pièces manquantes (notamment le témoignage de la matonne du 31 décembre, mon certificat médical du 3 janvier et les images de la caméra de la coursive). Bref, je repasse le 5 mars à 13h30 au TGI de Melun et Ha-o-Kwi sera partie civile (pour avoir un 13ème mois).

Le lendemain, j’étais, après 30 jours de QD, transférée à Rennes. Là, je suis au quartier arrivante du CD. L’architecture ici est très différente des prisons Bouygues. Il y a moins de caméras et pas de sas. Les matons ne sont pas cachés dans leurs aquariums à déclencher des portes à distance. Donc ils sont moins paranos, donc ils sont moins dangereux, donc ça va mieux. Bon, je ne me fais quand même pas d’illusion, j’attends de voir où se niche leur perversité… en profitant de l’herbe dans la cour de promenade et en retournant au sport.

Résistance à la taule de Réau, un maton porte plainte contre Christine

Mi-octobre 2013, Christine se fait incarcérer au Centre de Détention de Réau en banlieue parisienne. Dès son arrivée, elle refuse de prendre la carte de circulation nécessaire aux passages des multiples sas de sécurité au sein de la taule. Elle est alors maintenue en « régime de portes fermées ». Pour les détenues placées sous ce régime, une seule pièce, la « salle de convivialité », permet de passer des moments ensemble. Début décembre, l’Administration Pénitentiaire (AP) décide de fermer cette salle sans donner de motif à cette décision.

Immédiatement, Christine demande des explications. L’AP n’apprécie pas trop cette insolence et lui colle au total 21 jours de mitard en faisant tomber des Comptes Rendus d’Incidents gardés sous le coude.
Au mitard, elle continue de protester, mais cette fois-ci pour obtenir un poste radio (obligatoire au mitard depuis la loi pénitentiaire de 2009). à sa sortie du mitard, elle rédige avec ses co-détenues un courrier destiné à l’AP, revendiquant la ré-ouverture de la « salle de convivialité » ainsi qu’une ouverture exceptionnelle de cette même salle le 1er janvier pour prendre ensemble le repas de midi.

L’AP tarde à répondre, et le 31 décembre le chef de détention Ha-o-kwie convoque Christine pour lui rendre, à elle seule, la réponse négative. Elle proteste et refuse de devoir annoncer elle-même cette réponse à ses co-détenues. Ha-o-kwie insinue alors que c’est elle la meneuse et qu’elle aurait manipulé ses co-détenues pour rédiger la lettre de revendications. Elle fait un pas de défiance en avant. Là, trois autres matons restés à proximité l’agrippent par les bras pendant qu’Ha-o-kwie la menace en agitant son index sous le nez de Christine. Pour stopper cette humiliation, elle lui pince le doigt avec les dents. Menottée, les matons la collent au sol pendant qu’Ha-o-kwie lui envoie des coups de poing au visage.

Suite à cette altercation, Christine prend 30 jours de mitard. Ne voulant pas rater l’occasion de se faire un treizième mois, Ha-o-kwie porte plainte pour violence. Le dernier jour de mitard (le 28/01/14), Christine est placée en garde à vue et présentée au TGI de Melun pour être jugée sur cette plainte. Elle refuse cette comparution immédiate et reçoit une convocation en correctionnelle pour le 5 mars à 13h30 au même TGI de Melun. Dès le lendemain matin, elle est transférée pour raison disciplinaire au Centre Pénitentiaire de Rennes.

En 14 mois de détention, il s’agit de son sixième transfert disciplinaire et donc de sa septième taule. En 14 mois elle aura passés 205 jours au mitard et 70 jours en quartiers d’isolement. Après avoir écopé de 6 mois fermes et plusieurs centaines d’euros à verser à différents matons de Bapaume décidés par le Tribunal d’Arras, c’est maintenant le Tribunal de Melun qui veut venir en rajouter une couche.

N’appréciant pas les réfractaires, l’Administration Pénitentiaire, avec l’appui de la Justice, joue la carte de l’acharnement pour tenter de détruire Christine. Même si nos marges de manœuvre sont étroites, ne laissons pas Christine seule face à la machine à broyer.

 

Suite au procès du 13 février 2013 à Lyon, le parquet avait jugé la peine (3 mois fermes) trop clémente et avait donc fait appel. La date de cette nouvelle audience est tombée. Ce sera le lundi 14 avril 2014 à 13h30 à la Cour d’Appel de Lyon.

Lettres de Réau ( oct / nov 2013)

Centre pénitentiaire de Réau, dimanche 20 octobre 2013

À Séquedin, jeudi 17, ils m’ont dit de faire mes cartons pour 8 heures du mat’. J’étais contente, car ça voulait dire que j’allais arriver ici au quartier arrivant, normalement, pas au mitard. Et puis je me disais qu’à Réau, je ferais la connaissance de Kaoutar dont j’avais lu les combats dans l’Envolée. Bref, j’ai fait mes cartons sans traîner, et accepté la fouille à poil sans rien dire. Au greffe, j’ai signé mes papiers pour la compta et la chef de détention a dit de ne pas s’emmerder avec la prise d’empreinte du doigt. Elle m’a saluée convivialement, certes contente que je débarrasse le plancher, mais je l’ai cru sincère quand elle m’a souhaité bonne chance pour la suite.

Quand la chef d’escorte a voulu me menotter devant, je lui ai demandé si c’était un fourgon cellulaire. Comme elle m’a répondu que oui, j’ai refusé le menottage en lui citant l’article 803. Je l’avais déjà fait avec les gendarmes lors de l’extraction pour le procès à Arras le 19 septembre et ils avaient compris, il n’y avait donc pas eu de problème. Mais il faut croire qu’à l’Administration Pénitentiaire (AP), ils savent moins lire… Bref, ils m’ont dit de retourner en cellule le temps de rappeler la chef de détention. Elle est revenue vingt minutes après pour me dire que ce n’était pas négociable, que c’était systématique, ce qui est totalement illégal. Je suis restée très calme, n’ai pas crié et ai ré-expliqué et cité le texte. Elle est partie se coordonner avec le directeur, j’imagine. J’ai eu espoir un moment car ils avaient tout intérêt à ce que je parte et je restais très calme, absolument pas menaçante. Mais je les ai entendus s’équiper avec les boucliers et se coordonner.

Quand ils m’ont plaquée au mur dans la cellule, je n’ai pas réagi. J’allais me laisser menotter car la Spip (une femme bien, c’est assez rare pour le noter) m’avait
promis qu’elle ferait tout pour que je puisse voir mes parents au parloir samedi, que ça soit à Séquedin ou à Réau, et je n’avais aucune envie d’être marquée au visage. Mais ils gueulaient et ils m’ont balancée au sol. J’ai essayé de me débattre, et comme régulièrement à Séquedin, ils m’ont envoyé des coups de poing dans la gueule. Ils m’ont menottée dans le dos en faisant exprès de me faire mal, et mis les entraves. J’ai résisté vaillamment pour ne pas rentrer dans la cage du camion, mais un casqué m’a prise à la gorge et je n’ai pas pu bloquer longtemps. J’ai passé deux heures de route pas cool, avec l’œil qui gonflait et les poings ankylosés dans le dos.

Je n’avais pas vraiment mal mais j’étais dégoûtée de devoir expliquer à mes parents dans deux jours que je m’étais encore fait casser la gueule, alors que tout devait se calmer. Alors, une demi-heure avant d’arriver, une fois que j’étais bien calmée, j’ai demandé à la surveillante de sortir du camion juste avec les menottes devant, pour ne pas reproduire l’image qu’ils m’avaient fabriquée à Bapaume et Séquedin. Elle a compris et a négocié avec le chef d’escorte qui a promis. Mais sur le parking de la zonz’, il n’est pas venu me retirer les entraves. Et quand on est arrivés dans le sas, devant le greffe, il est allé prévenir ses collègues avant de m’ouvrir. Bref, j’avais les larmes aux yeux quand une bricarde d’ici est montée dans le camion me dire qu’ils allaient me dé-menotter si je promettais de ne pas cogner. Dans le couloir du greffe, il y avait déjà quatre casqués avec les boucliers… Bien sûr, comme d’habitude, j’ai refusé de donner mes empreintes et la photo.

Le chef de détention m’a alors prise dans son bureau un quart d’heure pour me faire la morale : tout allait recommencer à zéro, j’allais arriver au quartier arrivants, mais il fallait que j’y mette du mien. Je lui ai expliqué que je n’accepterais pas une deuxième fouille à nu car ils ne m’avaient pas lâchée depuis quatre heures. Il m’a dit que les nouveaux portiques promis par Taubira étaient arrivés et qu’il n’y avait pas de fouille systématique après les parloirs. Il insistait surtout pour que je fasse l’empreinte biométrique pour la carte de circulation, qui semblait leur être très importante.

Puis il m’a refilée à une bricarde du CDF(Centre de Détention pour Femmes) le temps d’aller téléphoner. Il y avait aussi une gradée, elles ont continué à me mettre la pression surtout pour la carte en alternant promesses et encouragements. J’étais épuisée et j’ai cédé. J’ai mis ma main dans la machine, avec les casqués à deux pas. Ils ont volé une photo pendant que je signais le papier (pas d’empreinte digitale). Il n’y a pas eu de fouille intégrale et elles m’ont conduite, sans les casqués, au CDF. Dès que j’ai été en cellule, bien qu’il y ait le repas sur la table et qu’il soit 13 h 30, je me suis couchée.

Ils m’ont réveillée une heure plus tard pour voir la toubib qui m’a fait un certificat de coups et blessures. Puis j’ai revu la bricarde dans son bureau, accompagnée de la directrice. J’ai essayé de leur expliquer les règles à respecter. Quand on a fait l’inventaire de mon paquetage, la directrice a tiqué sur l’Envolée et les bouquins sur les socialistes utopiques (je suis des cours d’histoire avec Auxillia) et ça m’a fait rire. Elle m’a même demandé de quelle organisation je faisais partie, alors que je n’ai jamais été encartée à quoi que ce soit, sauf six mois à la confédération paysanne lors de mon installation agricole.

Puis je suis allée en promenade où j’ai rencontré une dizaine de filles qui sont en « portes fermées ». Il y avait notamment Kaoutar, qui vous passe le bonjour. Elle m’a expliqué qu’elle avait pris vingt jours de mitard mais que le psy avait ordonné le fractionnement : deux jours au Quartier Disciplinaire (QD), trois jours en bâtiment, sur deux mois. […] Ici beaucoup de filles sont ensuquées au médocs. Le shit est objectivement le meilleur allié de l’AP !

La nuit, ils sont passés donner de la lumière toutes les heures, comme si j’étais suicidaire. À chaque sortie de cellule, ils étaient au moins quatre. Les filles m’ont dit qu’ils leur avaient aussi conseillé de se méfier de moi. Donc j’ai fait un mot dès le vendredi matin pour leur dire d’arrêter leur provocation. J’ai vu un autre chef pour l’entretien d’accueil et le dépistage suicide et j’ai renouvelé ma demande. Le soir, à la gamelle, ils m’ont dit qu’ils arrêteraient de venir toutes les heures. Effectivement, depuis, ils viennent toutes les deux heures ! Et ils sont toujours en surnombre pour mes mouvements. Donc je mets le cache sur l’œilleton et je leur ai expliqué pourquoi.

Samedi j’ai vu mes parents au parloir pendant deux heures et demi. Mais ils ont imposé des fouilles (palpation à l’entrée, à nu au retour) sous prétexte que les nouveaux portiques étaient certes arrivés, mais pas mis en place. J’ai râlé un peu mais j’ai accepté comme à chaque fois qu’ils tiennent mes proches en
otage. Aussitôt après, j’ai voulu aller en promenade, une fois déposé mon sac de livres et de linge propre en cellule. Ils ont accepté mais m’ont demandé de repasser sous le portique détecteur de métaux alors qu’ils ne m’avaient pas lâchée depuis la fouille. J’ai gueulé et j’ai crié « Bip-bip-bip » en passant dessous : « Là, ça va comme ça ? » Quand j’ai atteint la porte qui donne sur la cour, quatre casqués étaient en train d’arriver en courant au CDF. Je les ai ignorés et suis allée en promenade. Le CDF a été bloqué vingt minutes, sans explications. Le retour s’est fait normalement, mais avec quatre maton(ne)s. Ma cellule n’avait pas été fouillée.

Dimanche, je n’ai pas vu le chef à qui j’ai écrit. J’espère que ça sera aujourd’hui (il est maintenant 5 h 30 du mat’ et je continue cette lettre car j’ai été réveillée par les contrôles nocturnes). Hier j’ai essayé d’expliquer au bricard que si je ne lui disais pas « bonjour », c’était une forme de respect par le refus de l’hypocrisie : je n’ai aucune envie qu’il passe une bonne journée : j’espère chaque fois qu’il y aura des évasions et des mutineries. Je ne pense pas qu’il a compris…

Bon, voilà les news, à utiliser comme bon vous semble […]. Les infos circulent, le dehors bouge aussi, c’est l’essentiel. […] Gardez la niaque et à la prochaine.

Centre pénitentiaire de Réau, vendredi 22 novembre

Jeudi, je devrais avoir le délibéré du procès du 19 septembre à Arras. De manière un peu originale, le juge avait demandé une visio-conférence quelques jours avant. Je n’avais pas bien compris pourquoi car je n’ai pas la possibilité de parler à l’énoncé du verdict. Je me suis dit que c’était juste de la perversité de sa part : il voulait voir ma tronche quand il me dirait que j’ai pris un an de plus pour n’avoir même pas cogné sur des matons, et peut être avoir une possibilité de relever un outrage à magistrat… Bref, à 15h15, j’étais dans la salle de vidéo, au parloir avocat.

Pendant presque 3/4h, la surveillante a bataillé pour mettre la machine en marche car la connexion ne passait pas malgré de multiples essais. Ça commençait à me gonfler et j’avais envie d’une clope. J’ai dit à la surveillante « Mais on s’en fout de la vidéo ! Tu téléphones juste au tribunal pour leur demander la sentence, c’est tout ». Bien sûr elle a répondu : « je ne peux rien décider, je vais voir le chef ». J’ai réussi à ne pas crier en disant : « Mais pourquoi t’as besoin d’un chef ? Cette justice est rendue au nom du peuple français. T’en fais parti, non ? N’importe qui peut rentrer dans la salle là-bas. Y a pas besoin de chefs pour que j’arrête de glander ici : tu te renseignes et je vais en promenade. » Pour que je ne puisse pas fumer sans me prendre un Compte Rendu d’Incident (CRI) [2], elle m’a collé dans une cellule plus petite, sans fenêtre.

Au bout d’un quart d’heure, l’officier du CDF est venu me dire qu’il avait eu le juge au téléphone. Le délibéré est repoussé d’une semaine et il demande une extraction. Je n’en revenais pas : une virée Paris-Arras, 5h de route, cinq gendarmes au moins (ou 2h de TGV et trois gendarmes) pour 5 minutes au tribunal !

J’ai appelé l’avocat pour savoir ce qu’il en pensait et lui aussi est étonné. Ça nous permettra au moins un RDV…

Cette insistance du juge pour me parler me fait espérer qu’il a quelque chose de sérieux à me dire. Pourtant, ma plainte contre Bapaume, déposée le 12 juin, n’est toujours pas enregistrée et l’avocat fait les démarches pour contrer le parquet et obliger un juge d’instruction à s’y coller. Alors quoi ? C’est juste pour me faire la morale ? Encore quelques jours avant de savoir…

Ici, la situation se tend un peu avec la matonnerie. Quand je suis arrivée, le 17 octobre, le chef de détention en personne m’a demandé de prendre la carte biométrique en m’assurant que ça ne serait pas transmis au FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques) ou autre. Comme il m’a promis que je serai au Quartier Arrivants (QA), avec le même régime que toutes les autres filles et que j’étais fatiguée par la dernière démonstration de force de Séquedin (voir le récit précédent), je l’ai acceptée.

Mais durant 5 jours, il y avait une escorte renforcée (sans bouclier/casque) à chaque ouverture de cellule, des contrôles nocturnes très fréquents, et je ne suis toujours pas à l’étage, en portes « ouvertes ». Donc le 23 octobre, je lui ai rendu la carte en lui disant qu’il n’était qu’un menteur. Je pensais que cette provocation allait le faire réagir, mais il a laissé couler. Durant 3 semaines, je me suis très bien passée de cette carte pour tous les mouvements (activités, promenade et même accès à l’infirmerie, dans un autre bâtiment). Ils me mettaient juste la pression pour les parloirs et là, comme ils tenaient mes proches en otages, je me soumettais.

Mais ils ont organisé un prétoire jeudi au sujet de cette grève de carte. Bizarrement, ils ont été réglos et m’ont notifié qu’une faute du 3ème degré (7 jours maxi de mitard). J’étais contente de revoir le chef de détention, Schesser, que je réclamais en vain depuis plusieurs jours. On a discuté très clairement, sans compromission. J’étais sûre d’aller au QD, j’avais préparé le sac. Mais il ne m’a mis que 5 jours de sursis et m’a dit de reprendre la carte ; Bien sûr, j’ai refusé puisqu’il ne s’était pas excusé de ses mensonges. Donc, il a remis un nouveau CRI et je repasse en commission de discipline la semaine prochaine. Depuis, le chef de bâtiment m’a refait la morale à coup de « il s’en fout, il n’est pas ici, mais planqué dans son bureau. Il est orgueilleux et ne lâchera pas. Acceptez la carte et vous monterez vite à l’étage. Sinon, ça va devenir de plus en plus dur pour vos parloirs. »

J’attends le prochain prétoire pour décider de mon attitude face à ce menteur. Rassurez-vous, je me souviens de ce que j’ai dit le 19 septembre à Arras : je n’irai plus dans une bagarre que je ne peux pas gagner. Je vais essayer de tenir mon orgueil en laisse et ne pas pourrir mes parloirs mensuels avec mes parents. Ceci dit, je maintiens : on ne peut pas être respecté si on n’est pas respectable.

Centre pénitentiaire de Réau, mardi 12 novembre

Salut ! Pour moi, depuis presque 4 semaines ici, ça ne se passe pas mal . Certes, je suis toujours en « portes fermées » alors qu’après le temps d’observation en QA, durant 10 jours dont 5 jours avec un renfort de matonnerie à chaque ouverture de cellule, ils ont bien compris que je savais m’adapter à la vie en collectivité. Mais j’ai l’impression qu’on atteint une espèce d’équilibre dans le pouvoir de nuisance. À la différence des premières semaines à Bapaume, où je ne m’étais pas faite cognée dessus non plus, ici ils n’esquivent pas le conflit par la bonhomie. Il est affirmé des deux côtés qu’on n’est pas potes, mais pour autant, par économie et confort, aucun n’a envie d’aller au physique.

Par, exemple, jeudi soir, c’est monté haut en décibels pour une histoire d’accès à la promenade où on est censé rester 2h en rang, ce qui est bien long surtout avec cette météo hivernale. Or j’ai dégoté deux lignes dans la règlement interieur qui dit qu’on peut aller en promenade après une activité. Donc il suffit d’aller à la biblio ou à la muscu durant 1h ou 1h30 pour rester dans la cour 1h ou 1/2h. Ça a énervé des matons plus habitués à la normes qu’à la règle, mais ils ont dû céder. L’un d’eux m’a même dit le lendemain : « Je ne devrais pas te le dire mais en vrai tu nous es utile car tu oblige la direction à prendre position au lieu de nous laisser nous démerder, nous surveillants de base, avec des textes inadaptés » ! V’la l’meilleur maintenant : la récupération !

Pour arriver à rire de ça, j’ai une vrai aide. Tous les jours, je vais à la salle de muscu au moins 1h.

Je fais du rameur, en endurance ou en résistance, des séries d’abdos, des exercices de musculation des épaules (c’est ce qui fait le plus mal quand ils tordent…). De sentir le cœur accélérer parce que l’écran indique qu’on a parcouru 5km à vélo (même si on a pas bougé d’un centimètre) c’est bien plus agréable que de le sentir cogner parce qu’on se dit : « Je viens de les envoyer chier. Là, ils en réfèrent au chef. Dans 10min, ils reviennent avec les casques et les boucliers. Dans un quart d’heure, je suis au mitard, les épaules en bouillie. Ah ! Je les entends… Oh putain, ils sont au moins dix ! ». Je me tape une bonne sué tous les jours, ça me fatigue et me détend à la fois. Pour eux aussi, même s’ils doivent gérer des mouvements [3] supplémentaires (notamment la promenade pour une demi-heure…), je suis sûre qu’ils se disent « Pendant 1h on ne la pas entendue, là, entre la douche et la sieste, on a encore 1h de tranquille… ». j’ai essayé d’expliquer à une surveillante qui voulait me brancher en discussion sur le bien être sportif que si elle en était convaincue c’était la dernière chose à supprimer quand un(e) taulard(e) s’énerve et non la première entre Quartier d’Isolement (QI), confinement, QD et autres saloperies, de punitions, de privations.

J’ai aussi commencé des cours (arabe pour débutante et espagnol) et des activités (chant, sophrologie, volley et badminton). La qualité varie beaucoup selon l’intervenant. Par exemple, le prof d’arabe est bien institutionnalisé, alors que la prof d’espagnol vient pour la première fois en taule. Elle est arrivée une demi-heure en retard au premier cours et nous a dit « Désolée, je ne pensais pas qu’il y avait autant de protes et de sas. Il a même fallu que je vide tout mon sac et leur laisse mon portable… », on a répondu « Sans dec’ ? » en ricanant « et encore, si t’avais eu un soutien gorge à baleines, tu y serais encore ! ». On lui a aussi expliqué que si elle voulait qu’on ait un cahier et un stylo, elle ferait bien de nous les fournir car on aller pas empiéter sur notre pécule pour le tabac. Tout ça l’a un peu étonnée, nous ce qui nous a étonné c’est le rythme auquel elle nous a mis au boulot : en 45min, on a appris les jours de la semaine, les 12 mois, à compter jusqu’à 100 et quatre phrases de base ! En 3h d’arabe, on a appris péniblement cinq phrases par cœur…

Les autres activités sont aussi assez aléatoires car, par exemple, on ne peut pas aller au gymnase pour faire volant si on est moins que trois (alors qu’il y a là-bas deux profs payés par l’AP). L’activité couture à laquelle je me suis inscrite il y a 8 jours a été annulée totalement aujourd’hui, une demi-heure avant l’horaire prévu du début…

Je sais bien que cet équilibre est précaire, qu’ils peuvent à tout instant décider de retourner à leur habitudes de répression. Ils ont déjà le moyen de mettre la pression car je leur ai rendu leur carte de circulation informatisée qu’ils m’ont refourguée à coup de mensonges et de promesses à mon arrivée ici il y a un mois. Pour l’instant , ils ne m’obligent à l’utiliser que lors des parloirs, quand ils tiennent mes proches en otages. Le reste du temps, ils s’en passent : ils ne vont pas me mettre à la porte ! Mais s’ils veulent, ça peut entraîner un CRI à chaque sortie en promenade. Un peu comme le refus d’ADN au pénal, ça peut faire enquiller des peines de 7 jours de mitard à l’infini…

Voilà juste un an que je suis enfermée. L’anniversaire c’était samedi 9 novembre. J’aimerai bien que ça continué comme ça, même si je ne monterai jamais à l’étage des « portes ouvertes ». Si je suis encore là en janvier je pourrais commencer un formation horticulture. Ce n’est pas qu’un CAP me tente, mais j’aimerai pouvoir me salir les mains avec de la terre, à bosser avec du vivant…

En février je devrais pouvoir recevoir mes parents 6h en UVF (Unité de Vie Familiale) [4]. Pour ça, il faudrait que je reste plus que 3 moi, ce qui n’a pas été la cas dans les cinq taules précédentes…

Dans une semaine, j’aurai le délibéré du procès d’Arras du 19 septembre où la proc’ a demandé un an à cause des peines planchers. Et puis, il y a encore le procès de Lyon où javais pris 4 mois le 13 février et où le proc’ a fait appel : on n’a toujours pas la date. Au mois de novembre, il dois y avoir une Commission d’Application des Peines (CAP) où il me diront que tout mes CRP (Crédits de Réduction de Peine) [5] ont sautés et que je n’aurai pas de RPS (Remises de Peines Supplémentaires). Les démarches pour la confusion de peines traînent. Je vais passer un 2ème Noël loin de mes parents… Fait chier !

Christine