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ÉVRY – Christine en procès le 17 novembre

Les chiens de garde de Fleury-Mérogis en remettent une couche.

(report de l’audience du 29 juin)

 

Incarcérée depuis novembre 2012, Christine purge plusieurs peines écopées ces dernières années suite à de multiples insoumissions à l’autorité de différentes institutions (flics, Administration Pénitentiaire, institution psychiatrique,..). Tous ceux qui, quotidiennement, ont pour rôle de réguler et réprimer nos vies, d’assurer le contrôle social. À l’intérieur, Christine ne faiblit pas et continue de résister. Régulièrement en conflit avec l’Administration Pénitentiaire (AP) et son personnel, elle se bouge contre ce qu’elle ne supporte pas : par exemple le fichage à l’entrée en détention, et les fouilles et palpations corporelles répétées. En réponse, l’AP et la justice ne manquent pas de moyens pour, chaque jour, tenter de la broyer un peu plus.

Mardi 17 novembre, à 9h, Christine sera jugée par le tribunal d’Évry pour quatre chefs d’inculpation de violences sur cinq matons de la Maison d’Arrêt des Femmes (MAF) de Fleury Mérogis. Il s’agit du report d’un procès initialement prévu le 29 juin. l’audience avait été reporté suite à une erreur de procédure soulevée par l’avocat de Christine.

Fin juin 2014, quand elle arrive à la MAF de Fleury Mérogis en transfert disciplinaire depuis Rennes, ce n’est qu’en transit, le temps qu’une place se libère au Centre de Détention de Poitiers-Vivonne. (voir ici sur son parcours)

Comme ailleurs, à son arrivée, elle refuse de donner ses empreintes, de prendre la carte de circulation et refuse aussi toute fouille ou palpation injustifiée [1]. La réponse de la matonnerie est directe, violente et sans concession. Elle est directement envoyée au mitard. A partir de là, elle n’en sort, à chaque fois, que pour quelques jours, voire les seules 24h légales[2], le temps qu’une autre commission de discipline ait lieu et l’y renvoie. Christine ne manque pas de se faire molester (plusieurs points de sutures à l’index dès son arrivée). À chaque retour au mitard, la fouille à nue obligatoire se transforme en une mêlée où une dizaine de matons s’affairent à forcer Christine à se déshabiller, quand ils ne lui arrachent pas littéralement ses vêtements. En plus de servir de sanction, le placement au mitard permet à l’AP de maintenir Christine isolée des autres détenues. Pas question de donner le « mauvais » exemple ! En effet, durant les quelques jours passés en détention normale, elle est la seule à sortir en promenade sans carte de circulation et sans palpation.

Une petite victoire que l’AP et ses matons vont faire payer cher à Christine.

Le 25 septembre, elle est placée en garde à vue afin d’être entendue à propos de plusieurs plaintes pour des soit disant violences sur des matons de Fleury. Le 29 juin c’est le tribunal d’Évry qui la jugera sur ces plaintes.

En trois mois passés à Fleury, Christine aura passé 87 jours au mitard.

Aujourd’hui, après de nouveaux transferts disciplinaires, elle est incarcérée au Centre Pénitentiaire d’Orléans-Saran. La treizième taule depuis le début de son incarcération, toujours dans la moitié nord de la France, le plus loin possible de sa famille et de ses proches. Elle continue à être maintenue la majeure partie du temps au QD. Sa demande de libération conditionnelle a été refusée. Des matons continuent de porter plainte contre elle après l’avoir cognée ou humiliée, pour défendre leur sale corporation et tenter de se grappiller un treizième mois. Et à la finale, c’est la date de libération de Christine qui continue toujours de s’éloigner.

Parce que le rapport dans lequel Christine se débat n’est pas un rapport individuel entre elle et les institutions, mais bien un rapport social fait d’exploitation et de domination que nous subissons tous quotidiennement,

Parce que ces même institutions mettent tout en place pour nous maintenir divisés et isolés,

Parce que, dans un tribunal ou dans une taule, un peu de solidarité peut redonner du courage ou appuyer un rapport de force trop souvent en notre défaveur,

SOYONS NOMBREUX À SOUTENIR CHRISTINE

FACE À LA JUSTICE ET L’ISOLEMENT CARCÉRAL.

RDV MARDI 17 NOVEMBRE 2015 À 8H30

devant le Tribunal d’Évry (rue des Mazières)

D’ici là et après, pour lui écrire, voici son adresse à Épinal:
Christine RIBAILLY, écrou 2824, MAF – CP d’Orléans, RD702 – les Montaubans, 4024 ancienne route de Chartres, 45770 SARAN

 

Pour plus d’informations sur la situation de Christine et lire des extraits de courriers :

http://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/

 

 

 

NOTES :

1/ Bien que la loi pénitentiaire de 2009 interdise théoriquement les fouilles systématiques des détenus, à Fleury comme dans de nombreuses autres taules, à chaque arrivée au Quartier Disciplinaire (QD) et chaque retour de parloir, les détenues son fouillées à nu. Et d’une manière générale chaque sortie de cellule est conditionnée à une palpation corporelle. La formulation du texte de loi est suffisamment floue pour que chaque taule s’en accommode à sa guise.

2/ La même loi de 2009 limite à 30 jours la période maximale des placements en QD. 24h de pause suffisent pour rembrayer sur une autre période de mitard.

 

 

 

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Ci-dessous, un récit de Christine sur cette période passée à Fleury-Mérogis

 

FLEURY MEROGIS

Je suis arrivée début juillet (je ne me souviens d’aucune date par cœur et je n’ai pas mon cahier avec moi) à Fleury, en transfert-transit entre Rennes et Vivonnes (2 CD [Centre de Détention]).Retour ligne automatique
Comme d’habitude, à l’arrivée, je refuse de donner mes empreintes au greffe. Je leur explique calmement « Soit vous rester calmes et on règle ça dans une semaine avec un prétoire où je ne risque pas plus de 7 jours ; soit vous me les prenez de force, on risque de se faire mal, ça va compliquer tout le reste de la détention ici et, de toutes façons, vous n’aurez rien d’utilisable ». Ils choisissent la force, ce qui donne une photo assez comique et pas d’empreintes palmaires. Je résiste mais ne me débat pas. Arrivée à la MAF [Maison d’Arrêt Femmes], en camion vu la taille de la taule, un chef vient me dire que je vais direct au mitard. Je lui dit qu’il va avoir du mal à le justifier mais que j’accepte. Je suis encore menottée, il y a des agents avec l’équipement pare-coups (casques, plastrons, etc.). Je redis que je vais y aller seule mais ils veulent me tenir. Du coup, je me débats et ils m’y portent de force. Là, je refuse la fouille et je rue comme je peux pendant qu’ils me pelotent.Retour ligne automatique
Le prétoire 2 jours plus tard est annulé car, comme je l’avais prévu, il n’y a pas de justificatif de mise en prévention. Je vais au QA 3 jours puis ils le refont correctement. Je prend 7 jours de QD [Quartier Disciplinaire (« mitard »)]. Durant la GAV [Garde à vue], presque 3 mois plus tard, ils me diront que 2 surveillantes ont été blessées (2 et 3 jours d’ITT) lors de la fouille. C’est la première affaire de violences.

[…]

(Lire la suite sur ici)

 

Poitiers. Nouveau report de procès (06/10/15)

Suite à un mouvement collectif des détenues du centre pénitentiaire de Vivonne en décembre 2014, Christine Ribailly devait comparaître ce mardi 6 octobre au tribunal de Poitiers pour « violences », « outrages », « menaces » envers divers membres de l’Administration pénitentiaire.  Actuellement détenue à la prison d’Orléans-Saran, Christine a été déplacée jusqu’à la salle d’audience où l’attendait une quarantaine de personnes venues la soutenir et témoigner leur solidarité aux résistances individuelles et collectives face à l’incarcération et la violence des matons.
Mais l’audience n’a pu avoir lieu et est reportée au 15 mars 2016 à 14h.
En effet, à la lecture faite par la juge de la longue convocation de Christine, énumérant les multiples faits qui lui sont reprochés, l’avocat de Christine observe que la copie qui lui avait été envoyée était incomplète et faisait état de 6 faits au lieu des 11 cités par la juge. Le procureur n’acceptant pas que ces 6 faits passent à la trappe du jugement, Christine et sa défense optent pour le renvoi.
Il apparaît d’ores et déjà que les multiples plaintes rapportées par les membres de l’AP se sont ajoutées les unes après les autres à un dossier qui promettait aux accusateurs quelques recettes pour arrondir leurs fins de mois sur le dos de l’accusée. Chacun y est allé de sa petite plainte, toutes aussi ridicules les unes que les autres.
Double peine pour de nombreux prisonniers, les mois d’emprisonnement suite à ce genre de plaintes s’ajoutent à des sanctions disciplinaires déjà prononcées, et ne cessent de gonfler les durées d’incarcération dans la plus totale impunité des matons.

Nous nous retrouverons donc aux côtés de Christine le 15 mars 2016 au tribunal de Poitiers à 14h.

Poitiers, Procès de Christine qui résiste en prison contre l’arbitraire et pour la liberté

Le 28 avril 2015, Christine Ribailly devait être extraite de la prison de Strasbourg afin de comparaître au tribunal de Poitiers pour y répondre d’ « incidents » survenus à l’automne 2014 quand elle était incarcérée à Vivonne. Pour des raisons qui ne lui appartiennent pas, Christine n’a pas été transférée ce jour-là et son audience remise au mardi 6 octobre 2015 à 13h.

« […] il arrive que des condamnés commettent le crime de parler… »

A.M. Jacob

Le 28 avril 2015, Christine Ribailly devait être extraite de la prison de Strasbourg afin de comparaître au tribunal de Poitiers pour y répondre d’ « incidents » survenus à l’automne 2014 quand elle était incarcérée à Vivonne. Pour des raisons qui ne lui appartiennent pas, Christine n’a pas été transférée ce jour-là et son audience remise au mardi 6 octobre 2015 à 13h.

Isolement, éloignement familial, transferts disciplinaires, fouilles à nu, violences, quartiers disciplinaires, humiliations… Pour les près de 70 000 prisonniers en France, chaque journée passée en prison est un défi face à l’Administration Pénitentiaire (AP). Forte d’une multitude d’outils et de dispositifs tant violents qu’insidieux, l’AP encadre l’atomisation des prisonniers et orchestre la répression de leurs résistances. Pour n’en citer que quelques exemples :

  •  casques, boucliers, équipes d’intervention anti-émeute (ERIS)
  •  sédatifs et anti-anxiolytiques
  •  chantages à la possibilité d’avoir accès à des remises de peines, activités, parloirs, UVF (Unité de Vie Familiale), … qui deviennent des faveurs à quémander à l’AP,
  •  organisation de l’espace qui vise l’atomisation des détenus (cellules d’isolement, quartier disciplinaire, segmentation par de nombreuses grilles d’accès, TV/douche/repas en cellule et donc seuls…)

Aspirateur social, prison de la misère, machine à broyer, entreprise de déshumanisation, les mots n’ont jamais manqué pour désigner la prison, la taule. Des paroles de prisonniers aux enquêtes de l’Observatoire International des Prisons en passant par les témoignages des familles et proches de détenus, les conclusions sont les mêmes : la prison détruit l’être social.

Résister en prison, c’est y survivre, c’est exister.

Au centre pénitentiaire de Vivonne en décembre 2014, les détenues du quartier femmes rédigent une plate-forme de revendications collectives (voir au dos) où elles expriment leurs frustrations et aspirations immédiates dans le cadre de leur détention. C’est dans ce contexte d’expression collective que l’Administration pénitentiaire de Vivonne décida de porter plainte contre Christine qui comparaîtra ce mardi 6 octobre pour outrage, violence et rébellion.

Face aux institutions, ne pas se laisser piétiner et tabasser est trop souvent synonyme d’ « outrage, violence, menace »…

En prison, en plus de l’insupportable privation de liberté, les situations de confrontation et d’humiliation sont le lot quotidien des prisonniers face aux agents de l’administration pénitentiaire et leurs supérieurs : refus de promenade, de séances de sport, fouilles diverses et multiples, problèmes de courrier ou remarque déplacée, palpations, annulations de parloir… D’autant plus que « les matons disent qu’ils ne font que respecter la loi. […] Mais c’est rarement le cas. »

Alors à chaque manquement à ses droits ou provocation, que Christine soit elle-même concernée ou que l’une de ses codétenues soit visée, elle réagit avec la même ardeur et, en retour, essuie des sanctions. Christine a ainsi passé la moitié de ces deux dernières années en quartier disciplinaire ou à l’isolement, et subi treize transferts d’établissement. Certaines confrontations mènent à des insultes ou affrontements physiques… A plusieurs reprises, Christine a porté plainte contre des surveillants : ses plaintes n’ont jamais été retenues. À plusieurs reprises, des surveillants ont porté plainte : ils y ont gagné du fric et de nouvelles peines pour Christine. En deux ans d’emprisonnement, Christine a ainsi accumulé plus d’une année d’incarcération supplémentaire à sa peine initiale (elle-même le fruit d’« outrages, violences et rébellions »).

Sans notre soutien, les prisonniers et leurs combats

face à l’Administration pénitentiaire sont écrasés dans le silence.

 

Soyons nombreux mardi 6 octobre 2015 à 12h devant le tribunal de Poitiers (Place Alphonse Lepetit)

LISTE DE REVENDICATIONS DES PRISONNIÈRES DE LA MAISON D’ARRÊT DES FEMMES DU CENTRE PÉNITENTIAIRE DE POITIERS-VIVONNE

Décembre 2014

Comme ailleurs, nous voulons :

  • Des payes correctes, tant aux ateliers qu’au service général
  • La suppression des QI et des régimes différenciés au CD
  • Les portes ouvertes en MA et/ou le téléphone en cellule
  • La mise en place systématique des aménagements de peine sans délais et des transferts en CD dès la condamnation
  • La facilitation du téléphone, des parloirs et des UVF avec nos proches, enfermés ou non
  • La fin des fouilles systématiques et/ou punitives
  • Les repas appétissants : marre de manger du plastique !Localement, nous demandons :
  • Des conditions dignes à la nursery : arrêt des réveils nocturnes, une cour avec de l’herbe, des temps de socialisation pour la maman…L
  • ’accès à l’école pour toutes : fin des refus avec la fausse excuse de la mixité
  • La télé à 8 euros par mois : alignement sur la loi, comme dans les prisons publiques (18 euros ici pour Eurest)
  • La fin de l’interdiction des apports aux parloirs (livres, disques, produits d’hygiène…) : on n’est pas là pour enrichir les cantines privées
  • L’ouverture d’une salle de convivialité : elle doit être systématique quand la météo est mauvaise car il n’y a pas de préau dans la cour
  • Plus d’activités : actuellement, il n’y a que « bricolages en papier » et « fitness », 2h. par semaine
  • L’accès au terrain de foot : seuls les hommes y ont droit
  • La gratuité du courrier interne : on doit timbrer les lettres pour le quartier hommes

(Ces demandes sont toutes réalisables dans l’état actuel de la législation)

« Nous avons donc affiché la liste de revendications le jeudi 13 sur le tableau des notes de services. A notre surprise, la feuille manuscrite y est restée quatre jours ! Mais nous n’avons eu aucun retour. Je l’ai donc expédiée à la direction qui n’a pas fait plus de commentaires. Alors nous avons fait une lettre, extrêmement polie, pour demander l’ouverture d’une salle aux mêmes heures que les promenades. Elle a été signée par toutes les filles de la MAF. Quand elle a été remise à la chef, j’étais déjà au mitard [NDLR : sanctionnée pour un refus de fouillà nue ].

J’ai appris que le chef de bâtiment avait convoqué toutes les filles une par une dans son bureau pour leur faire peur en disant que les revendications collectives étaient interdites. Bien sûr, ils n’ont pas osé mentir ainsi aux Basques et à moi. En effet, ce qui est passible d’un CRI (compte-rendu d’incident), c’est « une action collective mettant en danger la sûreté de l’établissement », ce qui n’est pas notre cas. Au contraire, la loi de 2009 incite l’AP à consulter les détenus sur les activités qui leur sont proposées. Il en a profité pour leur dire aussi que c’était interdit de me saluer en criant (et comment peut-on faire autrement avec le béton qui nous sépare ?). Donc depuis quinze jours, seules les Basques me parlent. Bref, c’est l’attitude classique de l’AP… »

Christine, 11/12/2014, MAF de Vivonne

Voir le site du journal anti-carcéral (envoyé gratuitement aux prisonniers sur demande) : http://lenvolee.net/

Pour des lettres, infos et nouvelles de Christine : https://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/

Suite à sa demande liée à l’amélioration des conditions de détention dans le quartier disciplinaire de la MAF de Metz, deux personnes des CGLPL (Controleur Général des Lieux de Privation de Liberté) sont venues voir Christine pour une inspection. Voici un rapport des CGLPL suite à cette démarche.

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Metz (juillet / aout 15)

Dimanche 9 août 2015

Salut !

(…)

La bagarre pour obtenir la promenade « à l’air libre » au QD de Metz (tant coté hommes que femmes) continue. J’ai fait quantité de courriers et certains ont payés car lundi dernier j’ai été appelée pour rencontrer 2 déléguées du CGLPL (Contrôleurs Généraux des Lieux de Privation de Liberté). Mais je saurai demain si la direction a décidé ou non de rester hors la loi. En effet, durant les peines de mitard précédentes (3 jours+12 jours+14 jours), j’ai fait des refus de réintégrer quotidien et ça passe en CDD demain : je risque donc 14 jours à nouveau.

A l’UHSA, on avait 6 sortie d’1/4 d’heures dans la journée pour fumer la clope puisque c’était impossible en cellule (qu’ils appellaient « chambre »). La première était à 8h, après le petit dej’, la dernière à 19h30. A Bron, il y a 3 ans, c’était seulement 3 fois 20 minutes par jours, ce qui était insuffisant et qu’ils compensaient par des patch de nicotine.

Là, je viens de passer une semaine de détention « normale », mon record à Metz. J’ai pu aller au sport mais le rameur est cassé. Il y a aussi eu une activité de 2 fois 1h30 et j’ai fabriqué un chouette petit nounours pour ma nièce. J’ai eu 2 heures de promenade collective par jour (9h-10h et 14h-15h ou 10h-11h et 15h-16h) où j’ai vu un maximum de 7 autres filles car ils séparent les ailes. Je n’ai pas trouver de potes, mais je discute en un ? Rigolo fait de français, d’allemant et d’espagnol avec une gitane serbe et une russe et c’est plutot sympa. La population de la MA est très majoritairement faite de nanas paumées et/ou toxicos, influencables sur l’instant mais difficile à politiser.

Ainsi, notre lettre collective pour obtenir des douches tous les jours et plus de promenades durant la canicule a été traitée simplement par ma mise au QD sous un pretexte bidon et le pourrissement. Quand j’ai voulu relancer la machine après 12 jours de mitard, des filles m’ont insultées dans la même logique que ce que l’AP avait fait à Epinal. Je suis dans l’aile la moins peuplée et la moins francophone pour ne pas pouvoir avoir trop d’influence. A chaque ouverture de cellule, il y a 2 matonnes et un bricard, donc je vais souvent à la douche seule, en décalé.

Ce qui me choque le plus c’est l’empressement de l’aumonnerie chrétienne (tant catho que protestante) à s’associer à cette volonté d’humiliation de a part de l’AP. En dépit de la loi, les aumoniers refusaient de faire ouvrir la grille au QD pour me rencontrer. L’aumonière protestante est allé jusqu’à me citer un passage de l’évangile de Paul : « les justes n’ont rien à craindre des magistrats, les méchants seront punis. En effet, nul ne doit s’opposer aux autorités car elles représente la volonté de Dieu » (je te résume le truc de mémoire) ! Ah, l’alliance du sabre et du goupillon…éternelle !

La rencontre avec l’imam a été bien plus sympa, mais c’était durant cette semaine et il n’avait pas à prouver qu’il me recevait correctement. On verra la semaine prochaine…

A propos de la promenade au mitard, il y a quand même une différence entre le QH et le QF. Les mecs ont droit à 2 « promenades » par jours dans cette cellule vide, une le matin, une l’après midi, soit 3 heures par jours selon le reglement interieur. Nous, c’est juste une heure, de 8h à 9h. Durant les 14 derniers jours, ils se sont même amuser à m’apporter le courrier qu’à la gamelle du soir (entre 17h et 18h selon la disponibilité du bricard) alors qu’il est distribué vers 13h30 aux filles en cellules.

(…)

Le 4 août, j’ai pu voir ma mère et ma soeur durant 1h40 au parloir, (…). Le 18 je vais voir une pote de retour de vacances (…). C’est tellement loin de venir me voir que c’est toujours cumulé à une autre occasion de sortir de Provence. Et la France est organisée de telle façon, qu’à moins qu’ils m’envoyent à Toulouse ou à Bordeaux, il faut toujours passer par Paris. Ça permet à mes parents d’aller voir assez souvent ma grand-mère qui vieillit très mal. J’aimerai bien la revoir un jour, mais rien n’est moins sur…

Une demande de condi est en route mais mon SPIP est en congé depuis 4 semaines. Comme la dernière fois, j’ai tous les papiers qu’il faut, mais je crains que cela ne suffise pas… ça devrais être examiner au plus tard le 1er novembre, quelle que soit la taule ou je serai à ce moment là.

(…)

Lundi 3 août 2015, Metz

[…]

Ce matin, alors que j’étais en promenade avec les autres filles (je faisais voir les photos du troupeau à I et on bossait du vocabulaire qui ne lui servira à rie ici!), j’ai été appelée pour voir 2 nanas déléguées du CGLPL. Elles m’ont dit qu’elles avaient fait le déplacement de Paris car elles savent qu’ils mettent beaucoup de temps à me répondre et ne voudraient pas que je sois en colère car cette lenteur les agace aussi. On a fait le point sur les bagarres où je leur avais demandé de l’aide. Et surtout, elles ont été voir la « cour de promenade » du QD. Elles ont reconnu, un peu piteuses, qu’elles n’avaient pas épinglé la direction sur ça lors de leur dernière visite, même si elles ne « validaient » rien. Deux heures plus tôt, j’avais fait partir un courrier à la DI où c’est ce que j’expliquais. Bon, en tout cas, ça avance et même si moi je n’en profiterai pas (à cette heure, je n’ai pas eu de convo pour un prétoire, mais pas non plus d’infos sur un transfert), ça payera un jour !

[…]

Je t’embrasse. Salue tous ceux qui le veulent.

Mercredi 29 juillet 2015

[…]

Ne t’inquiètes pas pour mon genou, ça fait des mois que je n’ai plus mal (début décembre 2014). Mais l’IRM a relevé des petites lésions et je veux être capable de courir derrière les brebis quand ils me lâcheront enfin. Depuis 1 an, je n’ai guère fait de sport à cause du QD à répétition alors je ne sais pas s’il tiendrait sur un effort prolongé. C’est bien qu’il y ai enfin ce RDV prévu mais je croise les doigts pour que ça ne soit pas le 4 au matin quand MJ et L viendront au parloir !

Le transfert semble remis à plus tard. J’ai eu la visite il y a une heure d’une briscarde qui me sortait 3 CRI du chapeau pour les refus de réintégrer le mitard quotidien sans promenade au QD. S’ils comptent faire une CDD c’est qu’ils pensent me garder un moment à Metz encore… J’espère quand même qu’il y aura une pause et que je pourrai t’appeler le lundi 3 au matin vers 10h comme prévu. […]

Ici, il fait nettement moins chaud. Je dois remettre la polaire dans la journée et la couverture la nuit. J’espère que c’est plus respirable aussi à Alès.

A bientôt, Bises

Christine

Jeudi 23 juillet 2015

[…]

Je n’ai pas encore été en GAV pour « l’incendie ». [la menace à Strasbourg] s’est dégonflée… Je m’emmerde tellement au mitard (et il va y avoir 2 week-end sur cette peine, donc 4 jours sans courriers…) qu’une journée de GAV ne me déplairait pas. Les gendarmes sont en général plus réglos que les flics, mais ça fait une « sortie »…

J’imagine qu’il doit faire bien chaud à Alès. Courage ! Ici ça a été très dur 5 j début juillet. Maintenant c’est supportable. […]

J’ai branché l’OIP et le Défenseur des droits à propos de l’absence de promenade au QD de Metz (tant au QF qu’au QH). J’ai aussi écrit au CGLPL. Mais je sens que ça va être long car la direction a choisi le mépris. Ils m’ont dit qu’ils ne mettaient plus de CRI quand ils me portaient pour me remettre au mitard après 1h de « promenade » dans la cellule à côté, tous les jours à 9h. Est-ce vrai ?

Ce qui est sûr, c’est que la revendication pour avoir les douches quotidiennes n’aboutira pas. Quand je sortirai du QD, ça fera 1 mois qu’on aura rédigé la lettre collective, 20 % des filles auront changé (on est en MA, pas en CD) et la météo aussi. Et même si je proposais un refus de réintégrer (où je serai seule à risquer le QD), ça ne prendrait pas, les filles sont trop institutionnalisées. Et puis, bon, j’ai déjà la bagarre pour la promenade au QD sur le feu, je peux pas tout faire toute seule…

[…] Bon, allez, puisque tu aimes les blagues, je finis sur une traditionnelle :

C’est un gars qui s’emmerde en cellule en attendant la distribution du courrier. Enfin, il arrive et le gars ouvre la lettre :

«  Cher fiston,

j’espère que tu vas bien, que tu es en bonne santé.

Moi ça va. Mais, à la ferme, il y a beaucoup de travail. Le voisin va labourer la grande terre avec son tracteur. Mais il dit que la parcelle derrière la grange est trop petite. Il va donc falloir que je la fasse au motoculteur et ce n’est plus de mon âge. Toi, bien sûr, tu serais capable de la faire à la main !

Je ne devrais pas te dire ça car je sais que tu préférerais être ici, à travailler. Mais, que veux-tu, il ne fallait pas faire le con !

Je t’embrasse et viendrai au parloir dans 2 semaines.

Papa »

Aussitôt, le gars prend son stylo et écrit :

« Cher Papa,

surtout ne touches pas à la petite parcelle derrière la grange ! C’est là que j’ai enterré toutes mes affaires ! Bises »

Le lendemain, le vieux voit débarquer à la ferme quantité de voitures bleues. Il y a les gendarmes, mais aussi la scientifique et le groupe cynophile. Il y a énormément de monde. Ça crie, ça se bouscule. Ils sortent les détecteurs de métaux, les pelles, les pioches, les balayettes, les chiens. Ils trafiquent derrière la grange. Les hommes creusent, les chiens grattent, tout le monde crie. C’est assez effrayant, très remuant et bruyant.

Le vieux, un peu affolé par ce déploiement, décide de les laisser faire et siffle son chier pour aller faire une petite ballade. Au portail de la ferme, il voit qu’il y a du courrier dans la boîte. D’habitude, le facteur lui remet en mains propres et ils boivent un godet ensemble, mais il a du avoir peur de ce déploiement de gyrophares bleus lui aussi… Alors le père ouvre la boîte et y trouve une lettre du fiston :

« Papa,

je pense que maintenant les labours doivent être finis partout et la petite terre bien retournée.

Tu peux toujours compter sur moi : je serais toujours un paysan et à tes côté.

Bises »

Bises aussi à toi, à bientôt.

Mercredi 22 juillet 2015, Metz

[…] le 5 juillet, au plus fort de la canicule, on a rédigé une lettre collective au QF pour réclamer des douches tous les jours et plus de promenade. La direction a choisi le mépris et n’a pas répondu. Durant ma petite pause de QD, le 19, on a fait une autre lettre, plus ferme, exigeant une réponse cette semaine. Ils doivent être bien contents que je sois au mitard pour ne pas avoir à gérer un refus de réintégrer la promenade à 16h vendredi… Les filles ne feront rien si je ne les pousse pas et, d’ici, ce n’est pas facile. Et puis, je suis déjà en train de me battre pour la promenade au QD… Les menaces et pressions ont déjà eu lieu sur les filles : 15 signataires à la 1ère lettre, 7 à la 2ème…

[…]

Mardi 21 juillet 2015

Salut !

J’ai reçu aujourd’hui copie d’une lettre adressée à tout un tas d’enfermeurs par un groupe « enfin pisser dans l’herbe ». […]

Je suis d’accord à 100 % avec ce qui a été écrit. J’apprécie autant le fond que la forme (l’absence de salutations finales par exemple). Ca été du bon travail d’arriver à exprimer autre chose que du dégoût et des basses insultes contre FO et Vosges Matin après avoir reçu leur merde. […]

Quadn j’ai appris vendredi 11 juin, en croisant des filles en allant téléphoner (la cabine n’est pas au QD), que cet article était sorti le 9, je leur ai demandé de me le faire passer. Mais le lundi 14, elles ne l’avaient pas laissé sous la douche. J’ai donc écrit le 15 à Vosges Matin pour leur en demander une copie et ils n’ont jamais répondu. [http://www.vosgesmatin.fr/edition-d-epinal/2015/06/09/une-detenue-qui-pousse-a-bout-le-personne ] […] puis j’ai reçu la copie chopée sur internet […]. J’ai fait quelques courriers internes aux filles pour leur dire qu’elles avaient été manipulées. J’ai aussi lancé quelques insultes à des matons encartés FO. Bref, l’info complète a été très longue à m’arriver. […]

Sinon, comme vous le savez peut-être, j’ai pris 14j pour un « incendie » après 8j pour une « inondation » et il y a un paquet de CRI en stock pour « refus de réintégrer ». Tout ça pour réclamer le minimum : 1 heure à l’air par jour, même dans une cour bétonnée et surmontée de films anti-hélicoptère. Je maintiens la bagarre en essayant de ne pas leur laisser la possibilité de m’envoyer encore au pénal. La directrice m’a fait comprendre que je ne m’éterniserais pas dans cette MA.

J’aimerai quand même avoir mon extraction médicale à l’hosto de Metz pour mon genou avant de dégager… Elle était prévue à Poitiers il y a 6 mois, puis refusée (pas l’extraction, l’examen) à Strasbourg, puis trop tardive à Epinal. L’UCSA m’a dit que « ça sera avant fin août », c’est déjà une indication sympa de leur part.

Pour finir sur une note littéraire, j’ai lu « Zonzon » de Guyard dans la nuit. C’est bien sympa, du bon polar. Ça m’a fait penser au film « Le Prophète », en plus drôle : fiction, prison, polar, crédibilité. Guyard doit même venir en parler ici (mais au QH, bien sur!) un de ces quatre.

19 juillet

Salut à toi !

(…)

Je suis désolée des galères de Nabil. J’espère que les conditions de détention sont plus vivables en Espagne qu’en France et qu’il aura vite ses permis de visite. J’espère aussi que pendant ce petit temps à l’air libre il n’aura pas chopé de nouveaux chefs d’inculpation. J’ai entendu dire qu’en Belgique le délit d’évasion n’existait pas car tout homme est en droit de chercher la liberté. bien sur, ils contournent en accusant de « prise d’otage », « violence », « dégradations de biens publics » ou autre, mais pour une évasion « propre » ( un échange lors d’un parloir ou un non retour de perm par exemple), n’est pas punissable en sus. Mais peut être est-ce une légende ?

(…) Dans 2 semaines, je verrai ma mère et ma sœur. Étant donné la distance, on devrait avoir à nouveau une prolongation.

Quand je suis arrivée à Mets, ils ont fait très fort sur la stigmatisation pour m’isoler des autres filles ( ici, il n’y a pas de QI). Mais ils en ont trop fait et se sont ridiculisés en intervenant à 12 agents dans la cour où une me cherchait la merde alors que je ne l’avais pas menacée et qu’on ne c’était pas touchées. Ils m’ont mise au mitard en prévention et je n’ai pris « que » 5 jours.

Mais ici, et c’est la seule taule où j’ai vu ça, il n’y a pas de cour au QD pour la promenade. Ils nous mettent une heure par jour ( de 8h à 9h, ce qui ne coupe pas la journée) dans une cellule vide à coté. J’ai refusé, j’ai essayé d’expliquer mais ils n’ont rien voulu entendre et osent affirmer que cette « cour fermée » a été homologuée par le CGLPL.

Le 1er jour, j’ai déclenché l’alarme incendie, le 2ème j’ai provoqué une inondation, ensuite je les obligeais à être 4 ou 5 pour me rentrer au mitard a 9h, tout ça en signe de revendication. j’ai aussi écrit au Défenseur des droits ( j’ai rencontré la déléguée lors de sa permanence le 15 juillet), au CGLPL et à l’OIP. Il y a déjà eu des retours selon la direction.

J’ai pris 8 jours de plus pour l’inondation, jusqu’au jeudi 16. Je repasse demain au prétoire pour 3 autres CRI ( les refus de réintégrer ont été classés sans suite m’a dit la directrice quand elle est venue me voir au QD le 15 au soir). J’ai comme dans l’idée que je vais prendre du confinement demain car ils savent que je continuerai à bloquer la « promenade » au QD et qu’ils vont vite se faire taper sur les doigts…je vous tiendrai au courant…

La directrice m’a fait comprendre qu’elle ne serait pas déçue si j’étais vite transférée. Ma foi, moi non plus… surtout si c’est pour un CD avec des UVF ! Je pense aussi que cane va pas traîner car j’ai entraîné les filles à revendiquer des douches quotidiennes et 3h de promenade par jour en cette période de chaleur. Ils ont bien compris que des que je ne serai plus là ça redescendra comme un soufflé : c’est le même type de population qu’à Epinal ou à Strasbourg, des toxicos influençables.

Et puis, ça leur coûte cher en énergie, à l’AP, d’essayer de me faire passer pour dangereuse. Ils doivent être au moins à 3, dont un chef, à chaque fois qu’ils ouvrent la cellule ou que j’ai un mouvement.

Non seulement ça ne prend plus avec les filles, mais ce WE on y a gagné 1/2 h de promenade, le temps que le surnombres soient disponibles 🙂

Par contre ça a bien pris avec les toubibs, ( UCSA ou SMPR) et les aumôniers qui refusent de faire ouvrir la grille pour me voir au QD.

Ils ont même dit à l’avocat commis d’office pour le prétoire du 7 qu’ils ne me démenotteraient pas pour notre entretien en tête à tête ! Et ce con a accepté… Alors j’ai sorti la main du bracelet pas trop serré quand on était tous les 2.

Et pour le prétoire du 9, il leur a bien dit d’arrêter leurs conneries et ça a été entendu…

Enfin bon, tout ça pour dire que quand ils veulent jouer la parano, il n’y a plus qu’eux qui y croient… Et c’est à nous que le JAP demande des attestations de suivi psy…

J’ai lu le bouquin que tu m’as envoyé en 3 heures [ bouquin écrit par une femme assesseur civile en commission disciplinaire dans les prison qui raconte son expérience]. J’ai été bien moins choquée que toi par la personnalité de l; auteur. Bien sur c’est une bourgeoise bien pensant, mais ça fait 2 ans 1/2 que je ne vois que ça ( ou alors des pervers violents) et ça ne me choque plus. E puis je suis sure qu’il y en a énormément comme ca dehors aussi. J’ai même trouvé que c bouquin avait du bon car cette naïve cite plusieurs textes de lois qui peuvent nous être utiles, un peu comme le guide de l’OIP. J’ai donc décidé de l’offrir à la biblio du QF après avoir corrigé 3 petites fautes dans la marge.

# on ne peut pas porter de polo bleu marine, n’en déplaise à cette amatrice de mode qui détaille nos fringues

# il n’y a pas de frigo au mitard

# si des avocats ne mettent pas leurs robes au prétoire ce n’est pas forcément un manque de respect vis à vis de nous, mais pour signaler au directeur qu’il n’a pas le droit à la déférence due aux juges puisqu’il n’en est pas un.

Vers la fin du livre, elle dit que les avocats gagnent 88 euros par prétoire et elle plus de 40 euros (…) pour 2 ou 3 heures à casser du taulard. Moi je sais par expérience que rares sont les baveux comme les assesseurs qui ont le courage et l’expérience nécessaires pour ne pas se faire manipuler par l’AP : j’en ai formé quelques uns…

Pour finir sur ce livre, il m’a fait penser à un autre « témoignage de personne humaniste qui explique aux gens biens la misère des taulards ». « dans la peau d’un maton « que j’avais trouvé à la biblio de Strasbourg sur les conseils d’une fille qui me disait « les pauvres surveillants, ils ne font pas un métier facile parfois »…

Bon allez, j’arrête les commentaires littéraires, surtout vu la qualité des bouquins en question !

(…) J’imagine que vous devez avoir bien chaud en ville. Ici, on a eu 5 jours très durs, mais maintenant c’est supportable. heureusement, moi je suis seule en cellule, alors si je veux me mettre à poil ou mouiller mon t schirt, ça ne gêne personne.

Allez, bon été à vous, à la prochaine.

Jeudi 9 juillet 2015

Salut !

J’ai été bien contente de notre parloir de ce matin. Depuis le temps qu’on l’attendait… ! C’est vrai que c’est dur de gérer le temps quand on sait qu’il est compté. […]

Je suis donc retournée au mitard à 11h15, après une fouille à nu comme je l’avais prévu bien qu’elle ne soit pas justifiée. Je n’ai pas voulu lutter sur ça, j’ai juste râler un peu pour la forme, car je savais que tu étais bloquée dans ce box depuis déjà presque 3h. Au mitard, j’avais le Canard Enchaîné cantiné durant les 4j de pause, le tabac (mais je me suis trompée dans la commande et je devrais faire cette semaine avec des cigarillos) et la gamelle. Mais toujours pas le Voltarène que je demande depuis qu’ils m’ont tordu le bras dimanche soir !

Peu après, ils m’ont remis une lettre que la directrice a faite au proc’ de Metz le dimanche 5 où elle raconte (presque honnêtement) pourquoi le plafond du sas du mitard est noir de suie. Je ne doute pas que je vais bientôt avoir le droit à une journée de GAV…puis un procès à Metz…puis quelques mois de plus… On en sort pas ! […] Tu te souviens qu’à Strasbourg aussi j’avais vu une gendarme au parloir suite à une plainte d’une matonne pleurnicharde. J’ai eu raison de ne pas en parler aux parents puisqu’elle a été enterrée par le proc’ (eh oui, des fois ça arrive…enfin, ça arrive même souvent aux plaintes que nous on dépose!) […]

Le prétoire n’a commencé qu’à 17h car il y avait des mecs à passer avant. Du coup, les membres de la commission étaient fatigués et moi pas mal tendue. Mais tout s’est mieux passé que mardi car ils ne m’ont pas menottée cette fois. […] Je passais pour 3 CRI : insultes au toubib qui refuse la visite le 30 (mais aussi mardi et je n’ai toujours pas le Voltarène!), feu à l’alarme incendie le 5 et inondation volontaire le 6. En fait, il y a eu un problème de procédure pour le CRI pour le feu et il repassera plus tard. Mais même pour l’inondation je pouvais prendre 20j. Comme mardi où je risquais 14j et où ils m’en ont mis « que » 6, ils ne m’en ont mis « que » 8. Ça mène au jeudi 16. Mais je ne doute pas qu’ils feront un autre prétoire d’ici là pour rallonger la sauce. Entre le feu et les refus de réintégrer, ils ont encore 10 CRI en stock.

Bon voilà pour ces infos, suite au prochain épisode…

Dans l’aprem’, j’ai fini « Les naufragés de l’autocar » de Steinbeck, moins revendicatif que « Les raisins de la colère » mais tout aussi bon sur le portrait des personnages. […]

À propos de Christine Ribailly, adresse à tous les enfermeurs

Ci-dessous, une lettre ouverte envoyée aux institutions judiciaires et pénitentiaires en réaction à un article paru le 9 juin 2015 dans le quotidien Vosges Matin. Cet article est une tribune sur la situation de Christine Ribailly (à l’époque incarcérée à la maison d’arrêt d’Épinal) donnant la parole à Mme Fadila Doukhi, déléguée syndicale de la section FO pénitentiaire des Vosges.

Incarcérée depuis plus de deux ans et demi, Christine se trouve dans un rapport de force quotidien avec l’administration pénitentiaire pour se faire respecter face à des conditions de détention toujours plus difficiles pour l’ensemble de la population carcérale. La corporation de matons d’Épinal, comme bien d’autres, n’aime pas les récalcitrants et cette fois-ci a voulu faire connaître ses élucubrations sur la manière dont elle voudrait voir gérer l’incarcération de Christine par l’administration pénitentiaire. Après avoir, une énième fois, pleurniché sur ses conditions de travail, cette corporation ose ici demander à ce que les protestations de Christine soient considérées comme manifestations de folie afin de la faire interner et ne plus l’avoir dans les pattes.

Le courrier ci-dessous vient rappeler à ces sordides apprentis toubibs que personne ne leur a demandé leur avis et qu’ils peuvent donc se le garder !

Pour l’instant, Christine est toujours en détention, et heureusement pas en institution psychiatrique. À défaut, ces matons d’Épinal auront obtenu, fin juin, le transfert de Christine.
Elle est aujourd’hui à la Maison d’arrêt de Metz.

Face à ces efforts pour détruire les détenus et leurs résistances en prison, restons attentifs à l’évolution de la situation de Christine.

Pour continuer de lui écrire :
Christine RIBAILLY, écrou 57937, 1 rue de la Seulhotte, BP 95020, 57071 METZ cedex 3

Pour en lire plus: https://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/

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A l’attention particulière de
FO Pénitentiaire des Vosges
la direction de la MA d’Épinal
la Direction Régionale de Strasbourg
la Garde des sceaux
la Rédaction de Vosges Matin
la direction de la MA de Metz

OBJET : Situation de Mme Christine RIBAILLY, anciennement détenue à la MAF d’Épinal  – Réaction à l’article de Vosges Matin paru le 9 juin 2015

Mesdames, Messieurs,
Nous venons ici attirer votre attention sur la situation de Mme Christine Ribailly, actuellement incarcérée à la MAF de Metz, et précédemment, à la MAF d’Épinal. Dans un même temps, nous souhaitons réagir à l’article « Une détenue qui pousse à bout le personnel » paru dans le quotidien Vosges Matin du 09 juin 2015. Véritable tribune d’une section syndicale de surveillants qui se veulent à la fois juges, psychologues et médecins, cet article autorise et soutient ces surveillants dans un exercice qui dépasse leur fonction, et vise à aggraver la situation de cette détenue dans la droite ligne du travail engagé, depuis plus de deux ans, par l’Administration Pénitentiaire et la justice. Si cet article se garde bien de la nommer, il ne fait aucun doute que la détenue dont il est question est Mme Christine Ribailly, enfermée depuis novembre 2012 pour ses insoumissions à l’autorité de différentes institutions publiques, dans la défense de ses revendications.

Dans cette tribune, la section FO Pénitentiaire des Vosges déclare, par la voix de Mme Fadila Doukhi, que la «place [de Mme Ribailly] ne serait pas en maison d’arrêt mais en hôpital psychiatrique ». Il est inacceptable qu’une corporation syndicale de surveillants s’arroge le droit de colporter les élucubrations du personnel sur l’état de santé d’une détenue. Quelle formation médicale possède ce personnel pour se permettre de tels diagnostics ?

Si par la même voix de Vosges Matin, la direction de la MAF d’Épinal veut donner à croire qu’elle ne partage pas l’avis de son personnel syndiqué, les faits montrent le contraire. En effet, rapidement la direction donnait raison à la demande de la déléguée de FO en procédant à un signalement auprès de la préfecture : le 17 juin 2015 Mme Ribailly était ainsi convoquée pour une expertise psychiatrique. Celle-ci, n’a, heureusement et pour l’instant, pas donné lieu à une décision d’hospitalisation sous contrainte.

Malheureusement, nous ne savons que trop bien à quoi peut servir le recours à l’institution psychiatrique dans la gestion des détenus par l’Administration Pénitentiaire. Loin de tout altruisme, cette pratique n’a d’autre but que de faciliter le travail du personnel pénitentiaire pour des cas de détenus trop récalcitrants au quotidien carcéral.
Dans les faits, après les traditionnels transferts disciplinaires et autres placements au mitard ou en isolement, l’internement psychiatrique vient comme ultime sanction disciplinaire appelée par l’administration pénitentiaire. L’injection de sédatifs et la camisole physique sont en effet redoutables pour ce qui est de casser toute velléité de protestation.
Le personnel pénitentiaire se voit alors rapidement soulagé. Les détenus voient leur santé rapidement et dangereusement dégradée.

Concernant Mme Ribailly, ce n’est pas la première fois que l’Administration Pénitentiaire brille par de telles pratiques ! Il y a quelques mois seulement, l’administration de la MAF d’Elsau à Strasbourg, réussissait, par un signalement similaire, à faire placer Mme Ribailly à l’UHSA de Nancy. Sitôt arrivée, la médecin psychiatre de service reconnaissait le caractère abusif de ce placement et procédait à la levée de l’hospitalisation sous contrainte.
En 2011, c’était le centre pénitentiaire de Lyon-Corbas qui faisait procéder à un même placement à l’UHSA du Vinatier à Lyon. Suite à un recours de la part de Mme Ribailly, le tribunal administratif jugea, a posteriori, ce placement abusif et demanda son annulation administrative.

Nous dénonçons ces pratiques régulières de la part de nombreuses institutions, comme l’administration pénitentiaire, mais également de nombreuses autres institutions de l’autorité publique (forces de police et de gendarmerie, justice, mairies, préfectures, etc.) qui, lorsqu’elles se trouvent face à une contestation de leur autorité, n’hésitent pas à juger comme « fous » leurs détracteurs afin de s’en débarrasser à grands coups de camisoles physiques et chimiques.

Par ailleurs, nous tenons également à dénoncer des pratiques, malheureusement trop communes, qui visent à monter les détenus les uns contre les autres. Dans le même article de Vosges Matin, il est fait référence aux soi-disant inquiétudes pour leur surveillantes, formulées par courrier, d’une dizaine de détenues de la MAF d’Épinal. Nous savons que trop bien comment fonctionne le chantage, aux sanctions d’un côté, et aux Remises de Peines Supplémentaires et petites faveurs de l’autre. Dans de telles conditions, il devient difficile de refuser quelconque demande du personnel pénitentiaire, qui quant à lui, combat toute forme de solidarité entre détenus.

Depuis maintenant plus de deux ans et demi, Mme Ribailly est incarcérée dans vos prisons. Initialement condamnée pour avoir contesté l’arbitraire dont fait preuve l’administration pénitentiaire face aux familles et proches de détenus, mais également pour son engagement contre le prélèvement ADN, le fichage de la population, la loi LOPPSI 2, le puçage et la vaccination obligatoire des brebis, et d’une manière générale, toutes les situations arbitraires générées par les autorités publiques.

Bien qu’incarcérée, Mme Ribailly continue de dénoncer les situations qu’elle subit et réprouve. En détention, il s’agit notamment des fouilles systématiques pratiquées par la plupart des établissements pénitentiaires en France et ce, malgré l’interdiction posée par la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009. Il s’agit également des cartes de circulations imposées pour tout déplacement à l’intérieur de la détention, continuum de la logique de fichage généralisé qui traverse la société. Et plus généralement, toutes les humiliations, chantages, violences, morales comme physiques, que peut produire le quotidien carcéral sur l’ensemble des détenus.

Face à toute velléité de protestation, l’administration pénitentiaire regorge de moyens disciplinaires et cela fait deux ans et demi que Mme Ribailly en fait les frais.
Nous dénonçons l’ensemble de ces pratiques :

  • Insultes, menaces et violences physiques et morales de la part du personnel pénitentiaire.
  • Chantages (suppression de parloirs, d’UVF, d’activités diverses, de repas, d’accès à la douche, de correspondances internes entre les détenu-e-s, des couvertures, des produits d’hygiène, de tabac, du droit à la défense par le refus d’appel à son avocat, de l’accès aux soins, etc.).
  • Sanctions disciplinaires telles les placements successifs au mitard puis en isolement lorsque les délais légaux sont dépassés (deux tiers de l’incarcération de Mme Ribailly passés en QD et QI), et les transferts disciplinaires à répétition et dans des établissements systématiquement loin de ses proches.
  • Plaintes à répétition de surveillants opportunistes et vindicatifs qui, par les procédures judiciaires à répétition, les lourds frais qu’elles engendrent et les ignobles dommages et intérêts qu’ils se voient accorder, ne visent qu’à user Mme Ribailly.
  • Report continuel d’une possibilité de libération par l’ajout de nouvelles condamnations prononcées en détention, par des suppressions de remises de peines et les refus systématiques des aménagements de peine auxquels elle a théoriquement droit.

Alors non, contrairement à ce qu’en disent les élucubrations des surveillants de FO, si traitement spécifique il y a avec Mme Ribailly, ce n’est certainement pas un « traitement de faveur » mais bien un ensemble de pratiques qui ne visent qu’à la faire renoncer à ses revendications, quitte à rallonger son incarcération et à mettre à mal son intégrité physique et morale, ainsi que celle de ses proches.

Dans l’immédiat, nous exigeons que cessent, sans délais, toutes les exactions précitées dont fait l’objet Mme Ribailly. Nous réclamons :

  •  Que cesse toute pression et tout acharnement,
  •  Que cesse l’ensemble des sanctions disciplinaires,
  •  Que soit abandonnée toute tentative de placement en hôpital psychiatrique,
  •  Que soit donné droit aux aménagements de peine auxquels Mme Ribailly a théoriquement accès,
  •  Que soit donné droit à sa demande de transfert dans un établissement pour peine à proximité de ses proches.

Sachez que nous restons attentifs à l’évolution de la situation de Mme Ribailly que nous continuerons de dénoncer et de rendre publique ; et que nous ne cesserons de réagir de toutes les manières nécessaires aux traitements qui lui sont faits derrière les murs de vos prisons.

Mercredi 15 juillet 2015,
Enfinpisserdanslherbe, regroupement de personnes en soutien à Christine

Pour tout contact : christinecontact@riseup.net

Rassemblement à Evry le 29 juin

Le procès du 29 juin à Evry a été renvoyé.
Ce renvoi a été obtenu à l’initiative de l’avocat qui a relevé dans la procédure un « problème de compétences ».
Le 29 juin, Christine aurait du passer devant une « collégiale », c’est-à-dire 3 juges. Or les faits pour lesquels elle est convoquée relèvent d’une cour à « juge unique ». L’extraction et le procès sont annulés pour le 29. Pas d’audience avant octobre ou novembre.

Incarcérée depuis novembre 2012, Christine purge plusieurs peines écopées ces dernières années suite à de multiples insoumissions à l’autorité de différentes institutions (flics, Administration Pénitentiaire, institution psychiatrique,..). Tous ceux qui, quotidiennement, ont pour rôle de réguler et réprimer nos vies, d’assurer le contrôle social. À l’intérieur, Christine ne faiblit pas et continue de résister. Régulièrement en conflit avec l’Administration Pénitentiaire (AP) et son personnel, elle se bouge contre ce qu’elle ne supporte pas : par exemple le fichage à l’entrée en détention, et les fouilles et palpations corporelles répétées. En réponse, l’AP et la justice ne manquent pas de moyens pour, chaque jour, tenter de la broyer un peu plus.

Lundi 29 juin 2015, à 13h30, Christine sera jugée par le tribunal d’Évry pour quatre chefs d’inculpation de violences sur cinq matons de la Maison d’Arrêt des Femmes (MAF) de Fleury Mérogis.

Fin juin 2014, quand elle arrive à la MAF de Fleury Mérogis en transfert disciplinaire depuis Rennes, ce n’est qu’en transit, le temps qu’une place se libère au Centre de Détention de Poitiers-Vivonne. (voir ici sur son parcours : http://rebellyon.info/spip.php?page=recherche&recherche=Ribailly )
Comme ailleurs, à son arrivée, elle refuse de donner ses empreintes, de prendre la carte de circulation et refuse aussi toute fouille ou palpation[1]. La réponse de la matonnerie est directe, violente et sans concession. Elle est  directement envoyée au mitard. A partir de là, elle n’en sort, à chaque fois, que pour quelques jours, voire les seules 24h légales[2], le temps qu’une autre commission de discipline ait lieu et l’y renvoie. Chaque déplacement à l’intérieur de la taule se fait avec une escorte de matons casqués où Christine ne manque pas de se faire molester (plusieurs points de sutures à l’index dès son arrivée). À chaque retour au mitard, la fouille à nu obligatoire se transforme en une mêlée où une dizaine de matons s’affairent à forcer Christine à se déshabiller, quand ils ne lui arrachent pas littéralement ses vêtements. En plus de servir de sanction, le placement au mitard permet à l’AP de maintenir Christine isolée des autres détenues. Pas question de donner le « mauvais » exemple ! En effet, durant les quelques jours passés en détention normale, elle est la seule à sortir en promenade sans carte de circulation et sans palpation.
Une petite victoire que l’AP et ses matons vont faire payer cher à Christine.
Le 25 septembre, elle est placée en garde à vue afin d’être entendue à propos de plusieurs plaintes pour des soit disant violences sur des matons de Fleury. Le 29 juin c’est le tribunal d’Évry qui la jugera sur ces plaintes.

En trois mois passés à Fleury, Christine aura passé 87 jours au mitard.
Aujourd’hui, après un nouveau transfert disciplinaire, elle est incarcérée à la MAF d’Épinal, dans les Vosges. La onzième taule depuis le début de son incarcération, toujours dans la moitié nord de la France, le plus loin possible de sa famille et de ses proches. Elle continue à être maintenue la majeure partie du temps au QD. Ses demandes de libération conditionnelle ont été refusées. Des matons continuent de porter plainte contre elle après l’avoir cognée ou humiliée, pour défendre leur sale corporation et tenter de se grappiller un treizième mois. Et à la finale, c’est la date de libération de Christine qui continue toujours de s’éloigner.

Parce que le rapport dans lequel Christine se débat n’est pas un rapport individuel entre elle et les institutions, mais bien un rapport social fait d’exploitation et de domination que nous subissons tous quotidiennement,
Parce que ces même institutions mettent tout en place pour nous maintenir divisés et isolés,
Parce que, dans un tribunal ou dans une taule, un peu de solidarité peut redonner du courage ou appuyer un rapport de force trop souvent en notre défaveur,

SOYONS NOMBREUX À SOUTENIR CHRISTINE FACE À LA JUSTICE ET L’ISOLEMENT CARCÉRAL.

                              LUNDI 29 JUIN 2015 À 13H
                     devant le Tribunal d’Évry (rue des Mazières)

D’ici là et après, pour lui écrire, voici son adresse à Épinal:
Christine RIBAILLY, écrou 15863, MAF d’Épinal, 13 rue Villars, BP21069, 88060 ÉPINAL Cedex9

Pour plus d’informations sur la situation de Christine et lire des extraits de courriers :
http://enfinpisserdanslherbe.noblogs.org/

NOTES :
1/   Bien que la loi pénitentiaire de 2009 interdise théoriquement les fouilles systématiques des détenus, à Fleury comme dans de nombreuses autres taules, à chaque arrivée au Quartier Disciplinaire (QD) et chaque retour de parloir, les détenues son fouillées à nu. Et d’une manière générale chaque sortie de cellule est conditionnée à une palpation corporelle. La formulation du texte de loi est suffisamment floue pour que chaque taule s’en accommode à sa guise.
2/   La même loi de 2009 limite à 30 jours la période maximale des placements en QD. 24h de pause suffisent pour rembrayer sur une autre période de mitard.

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Ci-dessous, un récit de Christine sur cette période passée à Fleury-Mérogis

FLEURY MEROGIS

Je suis arrivée début juillet (je ne me souviens d’aucune date par cœur et je n’ai pas mon cahier avec moi) à Fleury, en transfert-transit entre Rennes et Vivonnes (2 CD [Centre de Détention]).
Comme d’habitude, à l’arrivée, je refuse de donner mes empreintes au greffe. Je leur explique calmement « Soit vous rester calmes et on règle ça dans une semaine avec un prétoire où je ne risque pas plus de 7 jours ; soit vous me les prenez de force, on risque de se faire mal, ça va compliquer tout le reste de la détention ici et, de toutes façons, vous n’aurez rien d’utilisable ». Ils choisissent la force, ce qui donne une photo assez comique et pas d’empreintes palmaires. Je résiste mais ne me débat pas. Arrivée à la MAF [Maison d’Arrêt Femmes], en camion vu la taille de la taule, un chef vient me dire que je vais direct au mitard. Je lui dit qu’il va avoir du mal à le justifier mais que j’accepte. Je suis encore menottée, il y a des agents avec l’équipement pare-coups (casques, plastrons, etc.). Je redis que je vais y aller seule mais ils veulent me tenir. Du coup, je me débats et ils m’y portent de force. Là, je refuse la fouille et je rue comme je peux pendant qu’ils me pelotent.
Le prétoire 2 jours plus tard est annulé car, comme je l’avais prévu, il n’y a pas de justificatif de mise en prévention. Je vais au QA 3 jours puis ils le refont correctement. Je prend 7 jours de QD [Quartier Disciplinaire (« mitard »)]. Durant la GAV [Garde à vue], presque 3 mois plus tard, ils me diront que 2 surveillantes ont été blessées (2 et 3 jours d’ITT) lors de la fouille. C’est la première affaire de violences.
[…]
(Lire la suite sur ici

Epinal ( mai juin 15)

Mardi 23 juin 2015

Salut !

Je t’écris tout de suite après reçu ta lettre postée le 19 car, vu le temps que met le contrôle, j’aimerai que tu saches que je l’ai reçue avant le 29. Il y avait tout dedans : l’article de Vosges Matin et la brochure sur A.Jacob.

Donc, deux semaines après qu’il soit paru, j’ai pu lire ce torchon. Je suis rassurée sur plusieurs points :

-il n’y a pas mon nom : donc pas de recherche internet possible

-il n’y a pas d’info sur JL qui n’a rien demandé

-les bleus s’engueulent entre eux : ça ne m’apporte rien mais c’est toujours jouissif…

Par contre, je suis outrée qu’une syndicaliste s’érige en psy et me déclare barjot. Ça corrobore malheureusement le signalement que l’AP a fait au psychiatre qui m’a reçu la semaine dernière.

Je ne reconnais pas les deux matons pris en photo, mais je ne suis pas du tout physionomiste.

Hier, j’ai vu les 2 directeurs pour une discussion à propos du QI. Ils ont justifié cette décision, prise bien avant le 19, par les 11 lettres des filles qu’ils ont reçues et où elles se plaignaient de moi. Ça confirme ce que dit la matonne FO dans l’article. Ainsi, le dirlo a osé me dire : « Plus de la moitié de vos co-détenues se plaignent de vous, disent que vous criez trop, que vous ne respectez pas les surveillantes et que vous les tutoyez. Je ne peux donc pas décemment vous laisser retourner en promenade collective. A 11 contre 1, il en va de votre sécurité ». Au début, j’ai cru qu’il se moquait de moi. En effet, j’ai eu des courriers internes sympas de 8 d’entre elles (je te rappelle qu’on n’était que 17 – moi comprise – le 1er juin). […] Il est […] tout à fait probable qu’elles aient fait le papier demandé par la matonne, juste pour lui faire plaisir sans réfléchir une minute qu’elles se comportaient comme des poukaves. Ça me désole et me met en colère, je préférerai qu’il mente tout simplement. Peut-être que l’homme n’est pas un loup pour l’homme, mais la violence est l’autre face de la peur. Et par peur de l’AP, elles ont fait acte de violence (uniquement morale) contre moi. J’en ai eu la gerbe une bonne partie du samedi (quand ils ont refusé de me laisser retourner en bâtiment) et de la journée (quand j’ai « digéré » cette info d’instrumentalisation des taulardes les unes contre les autres).

J’ai refusé d’aller au QI samedi, ils m’ont donc laissée au mitard. Mais ils se sont embrouillés dans les papiers et les dates. Au final, cette peine finira le vendredi 3 au matin. Pourras-tu t’organiser pour qu’on ait un parloir le 2 puis un le 3 ?

Ensuite, j’irai au QI, maintenant qu’ils m’ont fourni une explication (malhonnête au possible certes, mais sûrement réelle). Il n’y aura plus qu’à attendre le prochain prétoire. Et, comme à Joux et à Sequedin, je naviguerai entre QD et QI au gré de leurs envies en attendant le transfert. Statistiquement, ça sera pour mi-août.

J’espère que l’extraction pour voir le chirurgien à l’hôpital aura lieu avant. J’aimerai être capable de courir après les brebis quand ils se décideront à me lâcher !

Pour répondre à ton interrogation sur le contrôle des courriers de ton précédent envoi, voici un extrait de la discussion d’hier :

LUI : – Et en plus vous mentez à vos correspondants !

MOI, baissant la tête, piteuse : – C’est vrai. Quand j’écris à mes parents, j’édulcore. Mais c’est pour qu’ils ne s’inquiètent pas trop.

LUI : – Non, ça c’est respectable. Je parlais de votre récit sur Fleury.

MOI : – Quoi ? Mais il n’y a aucun mensonge là !

LUI : – On verra ce qu’en dira le juge le 29…

[…]

Il reste demain à m’emmerder. Jeudi et vendredi, je vois les parents. Puis le week-end au mitard, 23h/j, à part peut-être la visite de l’aumônière 1/2h samedi après-midi. Lundi sera occupé et je serais contente de vous (aperce)voir. Il ne restera plus que 3j, puisque la sortie du QD se fait le matin et j’espère bien qu’on aura au moins un parloir de 1h45. […]

Dimanche 21 juin 2015

J’avais prévu de te téléphoner ce matin, de te tirer du lit et qu’on partage un café virtuel en papotant. Tu as vu, c’est raté.

Voilà ce qui s’est passé : vendredi matin, il y a eu le prétoire pour 3CRI anodins en soi mais précurseurs de la suite (dont le 1er juin, mais aussi le 9). Je suis arrivée à rester calme même si la veille j’avais été convoquée chez le psychiatre à qui l’AP avait fait un signalement (comme à Strasbourg avant l’HO). Je savais que je prendrais 14j, ça n’a pas loupé. Mais ils ont dit que ça commencerait le 22, donc le week-end hors du mitard pour qu’il n’y ai pas plus de 30j d’affilé. Là où ça a commencé à merder c’est que le dirlo a dit que ces 2j je les passerai au QI. Or, avant le prétoire, je lui avais demandé un entretien, qui devait impérativement avoir lieu avant ma sortie du QD. Je voulais lui dire d’arrêter le surnombre pour que ça reparte normalement avec mes voisines. D’ailleurs, depuis qu’elles m’ont parlé de l’article du 9 juin, le courrier interne ne passe plus (ou alors elles n’y répondent plus sur ordre de l’AP).

Donc hier midi j’étais remontée et bien décidée à ne pas aller au QI. La seule différence avec le QD (outre la télé dont je n’ai rien à foutre) c’était que j’aurai eu accès au téléphone. Mais ils n’avaient toujours pas enregistré ton numéro ces salauds ! Bref, j’ai refusé de sortir du mitard avant de voir le directeur et j’ai chopé un CRI du 2ème degré (refus de se soumettre à une mesure de sécurité) alors que je n’ai fait aucun blocage et qu’il n’y a pas eu de contact physique. Ça leur permet de me mettre en prévention jusqu’à demain…où commencera la peine de 14j. C’est bien calculé et ça m’énerve ! Ce qui m’énerve c’est que c’est reparti comme à Joux ou à Sequedin : je vais rester bloquée au QI-QD jusqu’à mon transfert, sans revoir les filles que je n’ai jamais menacées, volées, rackettées, violées ou autres. Statistiquement, je serai partie mi-août vers une autre taule.

Le seul truc que le dirlo m’a concédé c’est que j’aurai un parloir double avec les parents les 25 et 26. Par contre, avec toi, il y a fort à parier qu’on devra se contenter du 2. Renseigne-toi de ton côté, moi je ne veux pas leur donner l’impression que je fais la manche.

Je devrais donc sortir du QD le 4 juillet. Mais d’ici là, ils ont plusieurs CRI en stock et vont pouvoir refaire un prétoire. Même s’ils le font plus tard, je parie qu’ils me colleront au QI en attendant. Je serai obligée d’accepter car je téléphone tous les mois environ à ma grand-mère et elle va finir par s’inquiéter si c’est trop long. […]

Mercredi 17 juin 2015

[…]

Eh oui, nos courriers sont très probablement lus. Il suffit de le savoir. Je ne me suis jamais auto-censurée (et je compte pas le faire) pour autant. Parfois, j’utilise cette donnée pour fair eun peu de provo, c’est tout. […]

Je serai contente de te voir début juillet. Comme je te l’ai dit, j’ai un prétoire dans 36h pour les 3 CRI de mai. Les faits sont anodins en soit mais ils ont motivé leur parano qui a abouti à la provo du 1er juin. Je ne risque « que » 14j de mitard. Ils ont le droit, légalement, de faire commencer la sanction samedi, quand celle-ci finira. On verra…

[…] Le dirlo avait demandé un apaisement mais il n’a pas eu lieu longtemps, du moins pas avec les matons encartés FO. Comme je te l’ai dit dans une précédente lettre, ils ont joué la carte de la diffamation par voie de presse. Une matonne (celle qui m’a bousculée le 1er) continue à chercher la merde. Un briscard aussi, qui m’a collé un CRI tout bidon dimanche 17 juste pour que je l’insulte (et donc en avoir un plus sérieux). Avec les autres, ça va.

Mais cet après-midi, il y a eu du nouveau. Ils m’ont proposé d’aller à l’infirmerie pour voir « le psy ». Je croyais que c’était la psychologue que j’ai relancée depuis que je suis au mitard pour avoir de l’occupation. Mais c’était un psychiatre qui avait eu un signalement par l’AP. Ça m’a fait peur car c’est comme ça qu’a eu lieu l’HO à Strasbourg. Du coup, j’étais super tendue lors de cet entretien. Il a eu beau me dire qu’il ne demanderait pas d’HO, il m’a quand même proposé un « traitement pour être plus calme » que j’ai bien sur refusé. Du coup, je suis sur mes gardes. Et c’est pas bon car ça me rend plus réactive (eux disent agressive). Il va falloir que j’assure face au dirlo vendredi matin !

Le week-end du 13 & 14 juin 2015

[…] J’ai appris que le syndicat FO-Pénitenciaire avait commandé un article sur ma pomme au journal local, un torchon nommé « Vosges Matin ». Ce journal est distribué tous les jours gratuitement aux prisonnier(e)s d’Epinal. Le but est donc d’essayer de me stigmatiser encore plus que par un surnombre d’agents à chacun de mes mouvements. Il est paru le 9 juin, alors que j’étais au mitard (où je suis encore). J’ai alerté David [l’avocat de Christine] mais, sur internet, il n’a pu lire que la une du journal qui renvoyait à un article (gros a priori) en page intérieure. Ce qui me dégoûte c’est que c’est nettement une commande syndicale pour nuire : le « journaliste » n’a pas entendu parler de moi en flânant au tribunal d’Epinal ou en monnayant les infos auprès des gendarmes en train de faire une GAV… Perso, je n’ai pas encore pu avoir le journal entre les mains mais David a lu en une « La détenue qui pousse à bout les surveillants. FO-Pénitenciaire soutient les surveillants qui ont maille à partir avec une détenue qui a déjà fait 12 transferts et 80 commissions de discipline. Lire page 5 ». […]

Jeudi 18, je repasse au prétoire pour les 3 CRI récupérés avant le lundi 1er juin. C’est assez anodin et c’est à la base ou les conséquences de mon « traitement spécial » lors des ouvertures de cellule. Je risque 14 j au maximum (insultes et tapages). On verra s’ils les collent tout de suite après le 20 (date de fin de la peine actuelle) ou s’ils attendent le 26 que j’ai vu mes parents…[…]

Pour le procès du 29, David a l’air plutôt au point et confiant. Mais, vu l’escorte que je vais me traîner, ça va être difficile que ça n’impressionne pas la cour. Bah ! Ça me fera toujours une journée hors du QD. Et puis, je verrai quelques tronches amies…

Pour l’instant, les conditions de vie au mitard sont correctes. J’ai toutes mes affaires auxquelles j’ai droit (je peux donc fumer, bouquiner, écrire et écouter la radio). Comme on est en centre ville, justement, la radio capte bien plus de stations qu’à Réau ou Joux. Mais je n’ai qu’une promenade par jour, de 9 à 10h, dans une petite cour bétonnée. Par contre, je reçois les aumôniers très correctement, en discrétion et sans temps imparti tous les jeudis. […] Après avoir du batailler, le médecin fait aussi ses visites grille ouverte sans maton à proximité immédiate. Ils ne m’emmerdent pas non plus sur le fait que j’ai mis le matelas hors d’atteinte du panoptique : ils savent que je crèverai pas ici !

A nouveau, un RDV est promis « prochainement » à l’hôpital pour voir un chirurgien pour mon genou. J’espère que ça sera avant le prochain transfert !

[…]

Le 7 juin

Salut !

Pour ne pas changer les habitudes, je t’écris du mitard. Après trois semaines en bâtiment, j’ai pris vingt jours de QD : la parité est respectée.

En fait, dès le début, j’ai été éberluée par le manque d’imagination, l’institutionnalisation des filles ici. Il y en a dans toutes les taules, mais là je ne trouvais personne avec qui j’aurais envie de discuter. L’une d’elle, par exemple, a dit à un prof, pendant un cours intéressant : « Ça vous gêne pas Monsieur qu’elle vous tutoye ? » Des auxi-matons, je ne vois pas d’autre nom ! Le pire c’est que les matons, sentant que je dénote, ont pris peur et, suite à un accrochage complètement anodin et sans conséquences physiques (le refus que je sorte en promenade le jeu d’échecs cantiné, comme je le faisais en promenade depuis une semaine), ont décidé d’être en surnombre à chacun de mes mouvements. Des agents mecs au QF, ça ne passe pas inaperçu, et donc ça a renforcé chez chacune (matonne ou voisine) l’idée que j’étais un « cas dangereux ».

J’ai essayé d’en parler à l’officier QF mais il n’a pas voulu écouter. Du coup, lundi dernier, une matonne se sentant la bride sur le cou a décidé de pousser la provocation jusqu’à venir en civil me bousculer sur le lit lors du contrôle de 12h30. D’où les vingt jours de mitard…

Ceci dit, au prétoire, si le dirlo a bien sûr validé les mensonges de ses agents, li m’a quand même écoutée. Du coup, je les sens vachement plus sur leurs gardes, attentifs à ne pas déconner. Ainsi, jeudi, les aumôniers ont été tout étonnés qu’on nous ouvre une pièce propre et sans contrôle pour une heure de discussion ; ils étaient plus habitués à rester derrière la grille… Le téléphone avec [son compagnon incarcéré] est mis en place, comme à Rennes et à Vivonne. Bon on verra si ça dure car cette surveillante en particulier l’a mauvaise et ne va sûrement pas en rester là…

A plus.

Le 7 juin

J’accuse réception de ton courrier avec la dépèche de l’AFP sur le rapport du CGLPL, à propos de la MA de Strasbourg, et je t’en remercie.
Quand ils étaient venus nous faire leur visite de contrôle en mars, j’en avais recu au mitard pendant presque 1 heure. Je leur avais parlé de ce que j’avais remarqué : les fouilles par palpation systématiques avant les promenades, l’unique promenade quotidienne au QD, les humiliations ( coupure d’eau, prise de matelas et de couvertures, violences…) au mitard.
Je n’avais pas parlé de l’hygiène car la cour des femmes est agréable, à la différence de celle des mecs et les douches valent celles des campings où je vais dehors.

J’ai été transférée à Epinal le 11 mai : une MA à 2heures de route (1h30 avec le gyrophare) de Strasbourg et un QF de 20 lits et 8 cellules.
Peu de temps après j’étais dans la salle de « convivialité » avec une autre fille, une grande gueule. On met BFM pour avoir l’heure. Sur l’écran un plan fixe de la MA de Strasbourg et la voix off qui dit que le contrôleur général a rendu un rapport tres négatif. Puis apparait un maton syndicaliste qui dit « Strasbourg n’est pas la pire prison de France. On a des problèmes, certes, mais on fait tout pour les gérer. Si le CGLPL trouve à y redire, il faudrait toutes les fermer ! ».
Je me mets à rire en disant  » C’est bien la première fois que je suis d’accord avec un maton ! Bien sûr qu’il faut fermer toutes les taules de France ! ». Alors la fille apeurée me rétorque  » Mais on irait où nous ? »  Je t’assure que ce n’était pas de l’ironie… Juste une preuve de plus de l’institutionnalisation !
Quelques jours plus tard arrivent 2 filles de Strasbourg dans le cadre d’un transfert de désencombrement. Elles me donnent des nouvelles des autres et de l’ambiance à la MAF : encore 4 nouvelles arrivées. Puis elles m’apprennent qu’il y a eu un viol entre mecs. Grâce au papier que tu m’as envoyé, je comprends maintenant comment elles ont eu cette info largement périmée.
Je leur passerai l’info correcte quand je sortirai du mitard. Car bien sûr, rien de plus original à Epinal que dans les autres taules : après 3 semaines en bâtiment, me voici pour 20 jours au QD. Ils avaient préparé le truc : ca faisait 10 jours qu’ils étaient en surnombre à chacun de mes mouvements. L’effet sur mes voisines était assez efficace : la plupart se transformaient en auxi maton. Putain que c’est énervant !
Là j’ai appris que la matonnerie avait fait passer le mot que je « m’étais calmée ». Effectivement, depuis le prétoire de mercredi, ils font gaffe à ne plus sortir des clous, je n’ai donc plus à revendiquer. Je crois que, même s’il refuse de le reconnaitre, le dirlo a compris qu’ils avaient merdé et essaye de récupérer.
Ainsi, en plus de l’appel hebdo à mes parents, le téléphone inter prison avec J. a été maintenu vendredi.
Bon, voilà les news de mon coté. (…)

Jeudi 4 juin 2015

Salut !
Normalement, à cette heure-ci, on devrait être en train de papoter face à face au parloir. Mais bon, voilà, tu le sais, ils m’ont collé en prévention lundi et je suis passée au prétoire hier. Fait chier !
La procédure était totalement foireuse, ça aurait pu faire annuler le prétoire. Mais le commis d’office ne valait pas grand-chose et le directeur préfère passer pour un con aux yeux de la DI dans 2 mois plutôt que de désavouer ces matonnes menteuses. Donc, j’en ai pris pour 20 jours (pourquoi pas 30??). J’espère que je pourrai te téléphoner dès le dimanche 21 à 7h30 (prépare-toi au réveil!;)) car ton numéro devrait enfin être enregistré.
G. t’a peut-être raconté les provocations avec le surnombre d’agents à chaque mouvement depuis le 23. J’ai essayé d’en parler avec l’officier QF mais il n’a rien voulu entendre. Une matonne plus hargneuse que les autres s’est ainsi senti la bride sur le cou et est venue me bousculer alors que j’étais assise sur le lit. Ses collègues sont arrivés dans la minute : le piège était bien en place !
Je savais que j’avais 3 CRI en stock, mais comme le prétoire n’était pas encore programmé lundi, ça ne mettait pas en danger nos 3 parloirs. Hier, le directeur m’a dit qu’il aurait lieu durant ces 20 jours, comme s’il voulait pouvoir faire une confusion de peines. Il a été bizarre hier, presque à l’écoute malgré l’irrégularité de cette commission de discipline. J’ai l’impression qu’il a passé le message pour que les matons lèvent le pied sur la provocation. J’ai moins peur maintenant d’aller au QI dès le 20 à 10h.
[…] [A propos du procès prévu le 29 juin 2015 à Evry] On a bien bossé le dossier avec l’avocat qui semble plutôt confiant. […] Je lui ai encore téléphoné ce matin, notamment pour qu’il s’occupe de faire annuler cette sanction de 20j. Ça sera facile mais ça tombera quand je les aurais finis depuis longtemps. J’ai confiance en lui et ça aide, on commence à bien se connaître maintenant. On a un nouveau RDV téléphone mercredi prochain.
G. m’a apporté des cahiers de jeux. A la biblio, j’ai trouvé un bouquin technique intéressant sur la communication canine. La bibliothécaire m’a aussi fait passer une saga préhistorique style « Ayla et le clan de l’ours ». Bref, j’ai de quoi occuper les 16j restants, même si, aussi ici, il n’y a qu’une promenade par jour (et dans une petite cour bétonnée). La cellule est vaste et le soleil y rentre un peu. J’ai mis le matelas au sol contre le mur pour me protéger de la panoptique la nuit et ils ne me font pas chier avec ça. J’ai du tabac et des allumettes (même s’il a fallu un peu batailler). Je devrais avoir la visite des aumôniers que j’avais pris la précaution de contacter avant. Ça le fera car ça fait longtemps que le mitard ne me fait plus peur. En plus, comme ce n’est « que » 20j, ça ne met pas en danger les 2 parloirs avec les parents les 25 et 26 juin. Le courrier m’arrive avec un peu de retard à cause du contrôle, mais je l’ai au complet. J’ai fait un courrier interne à 2 filles, on verra ce que ça donne (même si depuis le 23, l’AP cherchait à me stigmatiser comme folle et violente à leurs yeux).
[…]

27 mai
(…)
C’est chouette que le blog serve aussi à entrer en contact avec d’autres familles dans les mêmes galères avec l’AP. Je suis touchée par ce salut inconnu et j’espère que l’union de la lutte va payer. A Vivonne, je n’avais aucun contact avec le quartier hommes.
L’ambiance, ici, est très différente.
On est 17 nanas, plus une mineure, isolée de fait. C’est un petit quartier, très tranquille. Moi, je suis seule en cellule, mais la plupart sont 2, voire 4.
Et quasi toutes attendent leurs médocs chaque jour, que ce soit la métha ou d’autres psychotropes. Et toutes, absolument toutes, ont des discours hyper chiants, pleins de compromissions avec l’AP à base de « on n’est pas en prison pour rien » et « les surveillantes sont gentilles ».
Ca ne m’étonne pas que des gosses qui sont passées direct du foyer à la prison confondent matons et éducs et causent avec les bleues comme s’il y avait du respect mutuel. Mais je suis plus choquée quand j’entends le discours de femmes plus agées et plus cultivées.
Ainsi une nana de 30 ans, responsable d’un accident de la route qui a fait 2 morts et un blessé grave alors qu’elle n’avait que 0,5g d’alcool me sort   » c’est normal que je sois ici, je dois ca à la famille de mes victimes, ca les aidera à faire leur deuil ».
Bien sûr, outrée j’ai répondu « quoi ? ca ne te suffit pas qu’ils pleurent leurs morts, tu veux en plus les accuser de perversité, les rendre responsable de l’enfermement d’un être humain ! non mais sérieux, quels avantages ont-ils à ce que leurs impôts servent à payer des gens qui te font foutre à poil après chaque parloir ? Ca ne leur rendra pas leurs proches ! Et que tu les prennes pour des salauds avides de vengeance, que tu les confondes avec le proc ne leur apportera rien non plus… » Mais elle m’a achevée en disant  » même si ce n’est pas important pour eux, c’est important pour moi. Si je n’avais pas été punie j’aurais pu me dire que ce n’était pas grave. Mais maintenant je sais que je ne conduirai plus jamais après avoir bu. Et puis ca me permet de payer ».
J’ai été incapable de répondre à ca…
Enfin bon, en résumé le contact avec mes potes basques de Vivonne me manque. Il n’y a aucune possibilité de remise en question de l’AP ici, aucun espoir d’action collective. Le pire c’est quand je revendique seule, sur des trucs anodins, les filles comme les matonnes prennent peur. Le WE dernier, ils ont fait venir un bricard du QH à chacune de mes ouvertures de cellule : la paranoia n’aura pas mis longtemps à se réinstaller !
Je connais par coeur ce scénario et je sais que le QD non plus ne va pas tarder, dans ces conditions… (…)

Procès de Christine à Poitiers reporté !

Mardi 28 avril 2015, Christine RIBAILLY, toujours détenue à la prison de Strasbourg, devait être extraite de sa cellule pour comparaître au tribunal de Poitiers et s’y défendre d’accusations d’outrages et de violences envers des personnes dépositaires de l’autorité publique. L’extraction n’a pas eu lieu, et le procès est renvoyé au 6 octobre 2015… Nous y serons !

Mardi 28 avril, Christine, toujours détenue à la prison de Strasbourg, devait être extraite de sa cellule pour comparaître au tribunal de Poitiers et s’y défendre d’accusations d’outrages et de violences envers des personnes dépositaires de l’autorité publique. L’extraction n’a pas eu lieu, et le procès est renvoyé. Motifs ? : couper l’herbe sous le pied de la dynamique de soutien à Christine, qui s’amplifie ? Punir une fois de plus Christine, qui sortait tout juste du mitard, en lui interdisant cette sortie de cellule, de quelques 24h, que représente une audience à des centaines de kilomètres de son lieu actuel d’incarcération (pratique sadique assez commune de la direction pénitentiaire) ? Retarder l’affrontement du parquet aux conclusions de l’avocat de Christine, qui posent les nullités de la procédure et exigent la relaxe ? Quoiqu’il en soit des vraies motivations des autorités sur ce faux bond de dernière minute, les explications du greffe puis du juge ont été plus qu’évasives et obscures : Christine n’a pas été extraite « compte-tenu de la personnalité particulière de la prévenue », a rapporté le procureur (voir l’article de La Nouvelle République en lien). Incompétences administratives ?
Ce nouveau report entretient une tension et contribue à la tentative d’épuisement de la résistance de Christine. Il équivaut à un nouveau sursis durant lequel elle-même et ses proches sont encore une fois éconduits et maintenus dans l’incertitude de sa libération. Face à la justice et l’administration pénitentiaire, notre mobilisation de solidarité à Christine et contre la société carcérale ne peut que se réaffirmer dans ces circonstances et ne faiblira pas !

Malgré ce renvoi, un rassemblement de solidarité a eu lieu devant le tribunal ce mardi 28 de 15h à 16h30. Entre 20 et 30 personnes ont souhaité manifester leur soutien à Christine et faire connaître sa situation au plus grand nombre. Un journaliste aussi a tenu à informer, au-delà de la brève, sur ce renvoi d’audience et la situation de Christine dans  cet article

L’audience est donc reportée au mardi 6 octobre à 14h au tribunal de Poitiers.

Nous y serons !